La bonne santé, ça se travaille dès l’enfance

Dans le cadre du plan Do Kamo, le gouvernement vient de présenter son projet Réussir, être bien, être ensemble, fruit de plus de deux ans de travail des enseignants et des professionnels de la promotion de la santé. Ce projet innovant est soutenu par la chaire « Écoles, éducation et santé » de l’Unesco et associe étroitement les Directions de l’éducation et de la santé du gouvernement.

Trop de Calédoniens ont des problèmes de santé. Ce triste constat se confirme d’année en année avec les baromètres et enquêtes sur la question. Le plan Do Kamo veut responsabiliser les Calédoniens sur le fait qu’ils sont les premiers acteurs de leur santé. Un objectif qui passe notamment par la sensibilisation et la prévention. Une méthode que les politiques publiques pratiquent peu, les moyens étant essentiellement curatifs plutôt que préventifs. Le projet Réussir, être bien, être ensemble, innove donc de par sa méthode, mais surtout par son côté transversal. Il associe, en effet, les services gouvernementaux de la santé et de l’éducation.

Concrètement, des fiches permettent d’accompagner les enseignants dans l’animation d’ateliers autour de problématiques telles que l’alimentation, la santé bucco-dentaire, les microbes, les conduites addictives ou encore la connaissance de soi. Quelque 200 fiches ont été rédigées avec une grande diversité de thématiques pour apporter des connaissances aux enfants, mais aussi et surtout pour développer leur confiance en eux.

Travail sur l’estime de soi

« Le cœur de Do Kamo est la valorisation de l’estime de soi, insiste Claude Gambey, le responsable du projet Do Kamo au gouvernement. Il y a des problématiques sanitaires et sociales et les politiques publiques doivent agir sur plusieurs curseurs. L’école en est un. » Les enseignants se sont largement mobilisés puisque 106 d’entre eux ont travaillé pendant près de deux ans et demi pour produire les fiches. C’est d’ailleurs une autre « innovation » de ce projet que d’avoir créé un outil localement au lieu d’en récupérer un ailleurs, pas forcément adapté. L’idée est précisément que les enseignants s’approprient au mieux ces fiches.

Tous seront formés en 2020 afin de pouvoir mettre en œuvre les ateliers le plus rapidement possible. Une session est actuellement en cours pour les 140 formateurs, cadres de l’éducation et de la promotion de la santé. Le docteur Didier Jourdan, enseignant, chercheur et titulaire de la chaire de l’Unesco « Écoles, éducation et santé », a salué l’engagement des enseignants et le caractère innovant. Il en a également profité pour rappeler le rôle de conseil de l’Unesco qui a apporté son expertise scientifique sur les déterminants des problématiques de santé qui touchent la Calédonie.

Améliorer la santé et lutter contre les inégalités

Dans un premier temps, ces ateliers seront proposés aux élèves du CP au CM2, mais l’idée est bien de construire un parcours adapté de la maternelle à la terminale. Les équipes ont d’ores et déjà commencé à travailler sur les fiches pour les maternelles. Et si le programme entre en application en 2020, son évaluation commencera au même moment. Là encore, il s’agit d’un énorme progrès pour les politiques publiques calédoniennes qui n’intègrent que très peu voire jamais le volet d’évaluation pour mesurer l’efficacité des mesures. Deux types d’évaluation sont d’ailleurs envisagés : l’un sur le court terme, correspondant au temps politique, et l’autre, sur un temps plus long, plus adapté aux besoins scientifiques. Le programme sera aussi suivi par six personnes de la chaire de l’Unesco qui réalise ce suivi pour l’ensemble des programmes qu’elle soutient.

Mais la santé, aussi bien physique que mentale, n’est pas le seul objectif de ce projet. Il vise également à lutter contre les inégalités. « Ce programme peut aussi se voir sous l’angle de la réussite scolaire, explique Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement en charge de l’enseignement. On sait que les élèves qui sont en mauvaise santé ont un parcours contraint. Les douleurs bucco- dentaires, par exemple, ont une incidence sur le sommeil. Cela a indirectement des conséquences sur le décrochage scolaire. » Plusieurs études ont montré que l’école, telle qu’elle fonctionne actuellement, agit en reproducteur des inégalités sociales, voire les renforce. Ce programme est un premier pas pour inverser la tendance.

M.D.

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