La bataille sur l’accord de Bougival voyage

Les dirigeants des territoires insulaires du Pacifique posent pour la photo de famille lors du sommet du Forum des îles du Pacifique à Honiara, le 11 septembre. L’événement a une nouvelle fois été marqué par la division des membres sur le rôle croissant de la Chine dans la région. © Ben Strang / AFP

Le président du gouvernement, Alcide Ponga, par ses interventions, et le FLNKS, par son lobbying, ont investi le registre diplomatique, au Forum des îles du Pacifique à Honiara, pour, chacun, défendre des positions contraires sur le projet d’accord de Bougival. L’opposition atteint un degré régional.

La 54 édition du Forum des îles du Pacifique (FIP), tenue du lundi 8 au vendredi 12 septembre à Honiara aux Salomon, s’est achevée par la proclamation d’« un océan de paix », en fait un appel au respect de la souveraineté régionale. Outre la lutte contre les conséquences du dérèglement climatique, l’épineux point de l’influence chinoise a marqué les débats. Pour la première fois depuis la création du FIP en 1971, les partenaires du dialogue, au nombre de 21, dont la France, n’ont pas été invités à l’événement.

Cette absence est due, selon la presse internationale, aux tensions entre les membres du Forum sur la question Chine-Taiwan. « Il y a une dizaine d’années, six États du Pacifique reconnaissaient Taiwan. Aujourd’hui, il n’y en a plus que trois : Tuvalu, Palaos et Îles Marshall », énumère Véronique Roger-Lacan, ambassadrice de France pour le Pacifique. La Chine se déploie avec ses méthodes. « Pour préserver l’unité du FIP » selon la diplomate, la présidence salomonaise aurait ainsi décidé de ne convier aucun des partenaires cette année. Selon certains observateurs, rapporte l’AFP, Honiara aurait agi sur demande de Pékin pour exclure Taïwan, dont la Chine revendique la souveraineté.

« UNE MISSION INTERNATIONALE »

Un autre bras-de-fer a animé l’édition du FIP, dont dix-huit territoires sont membres à part entière : celui sur l’actualité politique calédonienne. Dans un courrier daté du septembre, le président du FLNKS, Christian Tein, après avoir condamné le projet d’accord de Bougival, a sollicité « le soutien du Forum des îles du Pacifique pour engager un dialogue avec la France afin de faciliter le déploiement d’une mission internationale en Nouvelle-Calédonie, composée de personnalités indépendantes, possédant une expertise reconnue en matière de résolution des conflits ».

Un cadre de l’Union calédonienne, Johanito Wamytan, était présent à Honiara pour faire du lobbying auprès des représentants océaniens. Et « pour rappeler à nos soutiens du Pacifique tout l’appui diplomatique développé à l’égard du FLNKS depuis trente ans » souligne Mickaël Forrest, en charge des relations extérieures du Front.

Dans sa déclaration prononcée le 10 septembre aux Salomon, le patron loyaliste du gouvernement calédonien, Alcide Ponga, a prôné, à l’inverse, le « compromis politique » signé le 12 juillet à Bougival, en région parisienne. Ce texte ouvre une « perspective : une voie où chacun peut prendre toute sa place et contribuer à l’effort commun ». En clair, à entendre le discours, la solution réside entre les lignes de « Bougival » et relève des affaires internes à la Nouvelle- Calédonie.

LE RAPPORT ?

Le ton rappelle l’épisode d’octobre 2024 quand, à la suite des émeutes urbaines, des membres du Forum des îles du Pacifique avaient été reçus à Nouméa par le chef de l’exécutif d’alors, l’indépendantiste de l’UNI Louis Mapou. « Une mission d’information, pas de médiation », a resitué vendredi 12 septembre l’ambassadrice Véronique Roger-Lacan. « Si une organisation régionale ou internationale vient se renseigner, s’informer, il faut ensuite qu’elle restitue à ses membres et au public, une information équilibrée, qui reflète l’ensemble des points de vue en jeu en Nouvelle-Calédonie. » Le rapport devait être agréé durant la 54e édition du FIP. Beaucoup s’interrogent sur son contenu à l’issue de divers examens.

La déclaration finale du Forum à Honiara évoque la situation de la Nouvelle-Calédonie, archipel dont les processus politiques se trouvent « à un tournant décisif ». Sur le terrain diplomatique, l’expression peut englober à la fois le rejet par le FLNKS du projet signé dans les Yvelines et les extrêmes difficultés à l’Assemblée nationale à Paris. En outre, « les dirigeants ont pris note des discussions en cours sur l’accord de Bougival et ont encouragé la poursuite d’un dialogue inclusif entre toutes les parties prenantes en vue d’une transition politique pacifique ».

Le terme « pris note » est très neutre, comme figé entre la position du Front et celles du gouvernement calédonien et de l’État. Cette 54e session du FIP démontre que les actuels échanges politiques sur l’avenir institutionnel ont logiquement gagné un espace régional. Et que les acteurs impliqués comptent bien l’utiliser.

Yann Mainguet

L’Académie arrive

Après avoir dressé un bilan très positif du premier Forum des entreprises UE-Pacifique, organisé à Nadi, aux Fidji, du 3 au 5 septembre, et listé les diverses interventions financières à travers l’Agence française de développement (AFD) en faveur de programmes de lutte contre les effets du changement climatique, l’ambassadrice Véronique Roger-Lacan a précisé un projet en voie de finalisation évoqué par le président de la République en juillet 2023 à Nouméa : l’Académie du Pacifique.

Cette innovation va intégrer « des programmes de formation professionnelle dans le domaine de la sécurité, avec un volet militaire pour tous les États du Pacifique qui disposent d’une armée – Tonga, Fidji, et Papouasie- Nouvelle-Guinée. Mais ce sont aussi la police, les douanes, la bonne utilisation des fonds publics et leur gouvernance… » L’ambassadrice de France pour le Pacifique coordonnera les travaux de cette Académie à Nouméa, en coopération avec les deux hauts-commissaires ou encore les commandants supérieurs des forces armées…