Korehito Masuda : « Ce bureau consulaire est le fruit d’une bonne relation franco-japonaise »

Le Japon a ouvert son bureau consulaire le 1er janvier à Nouméa. Un diplomate francophone, Korehito Masuda, assure cette nouvelle mission qui répond à la stratégie japonaise dans le Pacifique et à l’histoire locale. Il est le nouveau consul du Japon en Nouvelle-Calédonie.

DNC : Le Japon a inauguré une ambassade à Kiribati et un bureau consulaire à Nouméa en début d’année. Pourquoi maintenant ?

Korehito Masuda : L’un des piliers de la diplomatie japonaise est d’avoir un « Free and Open Indo-Pacifique » (un Indo- Pacifique libre et ouvert, NDLR). Il est absolument important d’assurer la stabilité, l’État de droit et le libre-échange dans cette zone avec la situation géopolitique actuelle. La Corée du Nord fait des essais nucléaires balistiques. La tension monte entre la Chine et les États-Unis autour du détroit de Taïwan.

Ma mission est de collecter des informations et de jouer le rôle de liaison. »

Le service consulaire n’est pas un consulat ou un consulat général. Le bureau est sous la tutelle de l’ambassade du Japon à Paris. Ma mission est de collecter des informations et de jouer le rôle de liaison.

Cette ouverture nous rapproche des gouvernements locaux et de nos partenaires : la France, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les États- Unis et l’Angleterre. Nous avons instauré des exercices militaires avec ces pays amis, comme l’opération La Pérouse.

Ce n’est pas seulement sur le plan militaire. Les calamités naturelles se multiplient ces dernières années. D’ici 20 ou 30 ans, des îles vont peut-être disparaître. Ces exercices conjoints entre les Fanc (Forces armées de Nouvelle-Calédonie, NDLR) et nos forces d’autodéfense nous préparent à des évacuations ou à des déploiements d’aides humanitaires.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de la Nouvelle-Calédonie ?

Vous savez qu’ici, il y a des descendants de Japonais. Les premiers immigrés japonais sont arrivés au XIXe siècle. On peut compter aujourd’hui environ 10 000 de ces descendants.

En plus, sous l’influence du roman de Katsura Morimura, L’île la plus proche du paradis, édité en 1966, la Nouvelle-Calédonie est une destination touristique prisée par les Japonais, surtout les jeunes couples mariés.

Avant le Covid-19, entre 20 000 et 30 000 touristes japonais venaient chaque année. C’est énorme pour un pays francophone. D’après nos statistiques, 270 ressortissants japonais sont installés ici. C’est quand même beaucoup.

En cas d’accident ou de maladie, jusqu’à aujourd’hui, le consulat général de Sydney était chargé des dossiers consulaires. Tokyo et Paris sont très loin, c’était une obligation d’ouvrir un bureau pour soutenir nos ressortissants.

Avant le Covid-19, entre 20 000 et 30 000 touristes japonais venaient chaque année. C’est énorme pour un pays francophone. »

Les Calédoniens d’origine japonaise descendent principalement de ces hommes déportés après l’attaque de Pearl Harbour, puis renvoyés au Japon après la Seconde Guerre mondiale. Comment votre pays appréhende ce drame oublié ?

Peu de professeurs ou de chercheurs ont fait des études sur le sujet. C’est le moment de faire des recherches scientifiques. Il faut recueillir tous les témoignages pour empêcher que ça devienne tout à fait du passé. Je suis un homme d’écoute. J’ai envie de collecter ces informations. Ce n’est pas une de mes missions, mais je suis déterminé à le faire.

Je raconte toujours cette anecdote. En 1991, à peine entré au ministère des Affaires étrangères à Tokyo, ma première mission a été d’accueillir la délégation calédonienne.

À cette époque-là, je me suis demandé « C’est où la Nouvelle-Calédonie ? ». J’ai accueilli le chef de cette délégation, André Nakagawa, l’ancien consul honoraire du Japon. En le voyant, je me suis dit qu’il était japonais et je me suis adressé à lui dans ma langue. Il ne parlait pas du tout japonais !

J’ai commencé à essayer de comprendre, à étudier l’histoire. Je me suis rendu récemment à Nouville, où se trouve actuellement le Théâtre de l’Île.

Là-bas, 1 124 Japonais sont restés jusqu’à leur envoi en Australie. C’est inimaginable sur cette petite place.
Les jeunes chercheurs, étudiants japonais, doivent comprendre cette chose-là. Je fais beaucoup d’interventions dans les lycées ou à l’université, je pense que je vais en parler maintenant. C’est ma mission privée.

À Nouville, 1 124 Japonais sont restés jusqu’à leur envoi en Australie. C’est inimaginable. »

Quelle est la position du Japon par rapport à ce qu’il s’est passé ?

Cela appartient à l’histoire. Pour le moment, notre rôle est d’établir des relations franco- japonaises pour le futur. L’histoire du Japon est marquée par des calamités naturelles, des typhons, des tremblements de terre ou des guerres. On essaie de s’adapter, de toujours mettre le malheur de côté, sans oublier. C’est notre mentalité, c’est pour ça qu’il n’y a jamais de revendication.

On ne peut pas oublier le passé, mais j’ai envie de travailler pour les jeunes générations. J’envisage par exemple d’organiser le premier concours de langue japonaise.

À Paris, j’étais attaché culturel à l’ambassade du Japon et je travaillais avec la Japan Expo. Pourquoi ne pas faire une Japan Expo en Nouvelle-Calédonie ? On pourrait envisager des échanges universitaires avec le Japon aussi.

Je pense que la Nouvelle- Calédonie est très intéressante pour mieux comprendre l’importance de la protection des écosystèmes.

Photo : Korehito Masuda est passé par la France, la Belgique, plusieurs pays africains et l’île Maurice avant d’être nommé à Nouméa. / © B.B.

Back to Top

Web Design BangladeshBangladesh Online Market