« Juste contribution » ou « idéologie de gauche », deux visions s’affrontent

Pour Philippe Blaise (Avenir en confiance), la réforme répond à une vision « antilibérale » de l’économie et risque de nuire aux entreprises. Gilbert Tyuienon défend une vision davantage guidée par « l’intérêt général » que par « l’intérêt privé ».

Parmi les adversaires de la réforme fiscale, certains ne mâchent pas leurs mots. Philippe Blaise fait partie de ceux-là, lui qui voit de « l’incompétence économique » dans les orientations choisies par le gouvernement. Mais à bien y regarder, le membre du groupe Avenir en confiance au Congrès ne désapprouve pas l’intégralité de la réforme. « Revoir la TGC, c’est nécessaire. Tout ce qui figurait dans l’agenda partagé, on est d’accord aussi. »

Dans le compromis trouvé en 2014 entre politiques, syndicats et patrons figuraient notamment les taxes sur le sucre, sur l’extraction et l’export de minerai. Celle sur les plus-values immobilières, aussi. « C’est une question de justice sociale. On ne fera pas accepter aux syndicats un effort sur les revenus et la consommation s’il n’y a pas d’effort sur les plus-values. » Voilà pour les points de convergence, qui représentent 15 milliards de francs, le « besoin réel » pour les budgets et les régimes sociaux, selon Philippe Blaise.

« En revanche, on est totalement opposés au train de mesures qui vont au-delà », à commencer par la taxation des dividendes à l’impôt sur le revenu. « C’est de l’idéologie de gauche antilibérale. » Réduire les inégalités par la redistribution, inutile ? « Nous avons déjà des dispositifs de redistribution extrêmement généreux, à commencer par la clé de répartition aux provinces. Le poids des dépenses sociales est devenu un vrai problème. » S’il faut réduire les inégalités, c’est « par la création d’emplois, grâce à un cadre fiscal incitatif ».

« Tout le monde devra contribuer »

Gilbert Tyuienon, membre du gouvernement en charge de la fiscalité.

 

Le terme « idéologie » fait sourire Gilbert Tyuienon. « Je renvoie les loyalistes à leur propre idéologie : la France, la France, toujours la France. Aujourd’hui, la Calédonie est endettée. Mais si l’on avait fait ce qu’il fallait, si l’on avait développé une autonomie financière, on n’en serait pas là. On n’aurait pas à engager les générations futures avec de tels emprunts. »

Le membre du gouvernement chargé de la fiscalité ne se reconnaît pas dans l’idéologie décrite par Philippe Blaise. « Chacun doit contribuer à la hauteur de ses moyens. Une juste contribution, c’est le B-A-BA de la fiscalité et c’est tout simplement ce que nous voulons faire. » Il se défend de vouloir uniquement taxer les riches. « La situation est telle que tout le monde devra participer. On n’a pas le choix. La TGC, les petits revenus la paieront aussi. » Sa réforme doit, par ailleurs, « financer une relance économique dont bénéficieront les entreprises ».

Quelle proximité avec le privé ?

Philippe Blaise ne croit guère à l’investissement public. Quinze milliards pour une relance, « c’est marginal », assure- t-il. « Les bonnes années, l’investissement privé était largement supérieur. Ce qu’il faut, c’est un cadre fiscal incitatif. » L’ancien financier regrette une « méconnaissance des mécanismes de l’investissement » chez les responsables indépendantistes, qu’il juge éloignés du monde de l’entreprise.

« Le contraire est beaucoup plus nocif, rétorque Gilbert Tyuienon. La chose publique, c’est la chose publique. L’intérêt général prime sur l’intérêt privé. » Ses liens avec les organisations patronales sont relativement faibles ? « Je suis plus libre que d’autres. » Les deux visions peuvent-elles se rejoindre et accoucher d’un accord sur l’ensemble de la réforme ? Les nombreuses réunions du comité de suivi apporteront la réponse.

 

Gilles Caprais (© G.C.)

 

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