Après 25 années passées au service des habitants de Koné et Pouembout, Julia Ciwé a rangé son casque de pompier volontaire. Retour sur le parcours d’une femme engagée, qui a consacré sa vie au secours des autres.
En mars dernier, Julia Ciwé a fété ses 60 ans. Un nouveau cap, qui a aussi marqué la fin de sa carrière en tant que pompier volontaire. « C’est ce que prévoit nos statuts. Dès 60 ans, on doit arrêter. Si ça ne tenait qu’à moi, je serais bien restée encore… », sourit-elle. Née à Thio, d’un père mineur, elle intègre le centre de secours de Koné en 1999, un an après la création de la structure. Elle fait d’abord du bénévolat, en répondant aux appels d’urgence. « Ce n’était pas évident, car je devais calmer les personnes à l’autre bout du fil. Elles étaient généralement très stressées », se souvient-elle.
Encouragée par le chef du centre – le père de ses trois enfants –, Julia Ciwé décide de tenter l’aventure de pompier volontaire en 2000. Elle a alors 34 ans. Très investie dans son travail, elle anime par la suite des formations en secourisme, en collaboration avec l’association de la protection civile, qui se rend régulièrement à Koné. « Mon rôle était de former les jeunes et les nouvelles recrues de la caserne », en leur montrant les premiers gestes à réaliser en cas de malaise, d’hémorragie ou de chute, mais aussi l’utilisation de certaines machines et outils, comme les colliers cervicaux, les appareils respiratoires, le masque à oxygène ou l’aspirateur de mucosités.
POLYVALENCE
Originaire de Lifou et Maré, elle se voit confier la mission d’effectuer ces mêmes formations aux Loyauté. Ce qui n’a pas été une mince affaire. « Chez nous, on a des tabous. Par exemple, on ne doit pas toucher notre frère ou sœur. Alors, pour effectuer un massage cardiaque ou faire du bouche- à-bouche, ça pouvait être très compliqué, quelquefois. Mais j’ai essayé de leur faire comprendre l’importance de leur rôle. Je leur disais : il faut le faire. Ce n’est pas quand la personne sera partie qu’il faudra regretter », relate Julia Ciwé.
En 2008, elle enfile une nouvelle casquette, en devenant cheffe d’équipe de mesures d’urgence à l’usine de Vavouto. Là-bas, elle dirige un petit groupe de « pompiers industriels », chargés de protéger les infrastructures et équipements de l’usine et de surveiller les départs de feu. Elle évoque cette partie de sa vie avec un brin de nostalgie : « Ça me manque », avoue-t-elle. Elle assurera ce travail durant 17 ans, en parallèle de son activité de pompier volontaire à la caserne de Koné, devenue sa « deuxième maison ». Des liens se sont naturellement créés avec ses collègues. « Chez les pompiers, il n’y a ni religion, ni politique, ni couleur ».
Parmi les expériences qui l’ont marquée durant sa carrière, elle se souvient avoir aidé une maman à accoucher dans une tribu à Koné. « Ce jour-là, nous n’avions pas notre ambulance, car elle était en réparation. Nous n’avions pas non plus de sage-femme pour nous accompagner, mais nous y sommes quand même allés, avec un véhicule du dispensaire, et avons réussi à la faire accoucher ».
CONTACT HUMAIN
Mais la vie de pompier n’est pas faite que de parenthèses enchantées. Julia Ciwé a également dû intervenir après « de nombreux suicides », des AVC ou encore des meurtres. Avec le temps, elle s’est habituée à certaines réalités du métier, notamment l’odeur du sang, qu’elle trouvait si « forte » à ses débuts. Aujourd’hui, « j’en suis vaccinée », assure-t-elle.
Le contact humain est ce qui compte le plus pour elle. Parfois, « il m’arrivait de me retrouver seule à l’arrière de l’ambulance avec la victime. Dans ces moments-là, j’aime poser des questions : quel est son vécu, pourquoi elle se retrouve dans cette situation, etc. Cela permet de mieux comprendre les gens ».
À ses enfants, elle a su transmettre le sens de l’engagement et le goût de l’effort. Tous les trois ont, à un moment de leur vie, été pompiers volontaires ou occupé des postes de secours. Au centre de secours de Koné, son fils, Charles, assure aujourd’hui la relève. Après 25 ans de service, elle referme ce chapitre pour prendre enfin « un peu de temps » pour elle. Mais pas question de rester inactive. Deux mois après son départ du centre de secours, elle entamait déjà une formation TRP, transport routier de personnes. « On ne sait jamais, glisse-t- elle. Au moins, si à Vavouto, ils cherchent un chauffeur, je pourrais me proposer. Ou alors, je monterai mon entreprise et je ferai moi-même la navette pour les gens qui iront à l’usine. »
Nikita Hoffmann

