Johanito Wamytan : « Une province plus juste socialement et plus proche des habitants »

Actuel directeur de cabinet du groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès, Johanito Wamytan indique avoir exercé différentes responsabilités qui lui « ont permis d’être au contact direct des réalités vécues par les Calédoniens ».©Y.M.

Candidat du FLNKS dans le Sud, Johanito Wamytan défend la construction d’un pays souverain, fondé sur « la justice sociale, le respect des identités et un avenir partagé entre toutes les communautés qui vivent en Nouvelle-Calédonie ».

DNC : L’UC, avec le FLNKS, a opté pour le renouvellement. Était-ce compliqué dans un parti où les figures historiques sont centrales ?

Johanito Wamytan : L’Union calédonienne est un mouvement qui s’inscrit dans l’histoire du pays, mais qui a toujours su préparer l’avenir. Nos figures historiques nous ont transmis des valeurs, une vision et un engagement au service du pays. Le renouvellement n’est donc pas une rupture avec cet héritage, il en est la continuité.

Notre liste rassemble des femmes et des hommes d’expérience, mais aussi une nouvelle génération engagée dans les quartiers, les tribus, les associations, le monde économique et la jeunesse. Face aux défis que traverse notre pays, nous avons considéré qu’il fallait ouvrir davantage les responsabilités et permettre l’émergence de nouveaux visages tout en conservant le cap politique fixé par nos anciens.

Face aux défis que traverse notre pays, nous avons considéré qu’il fallait ouvrir davantage les responsabilités et permettre l’émergence de nouveaux visages

La Cour des comptes a condamné votre gestion de la Case des artistes. Est-ce un handicap dans cette campagne ?

Je souhaite rappeler que cette affaire relève d’une procédure juridictionnelle spécifique concernant la gestion d’une association et non d’un enrichissement personnel. J’ai toujours exercé mes responsabilités avec honnêteté et dans l’intérêt du projet politique et culturel porté par la Case des artistes. Les décisions rendues portent sur des questions d’interprétation de règles de gestion.

Je respecte naturellement les institutions de contrôle. Pour autant, je refuse que cette question occulte les véritables préoccupations des Calédoniens, c’est-à-dire l’emploi, le pouvoir d’achat, le logement, la santé ou encore l’avenir de notre jeunesse. Les électeurs jugeront avant tout notre projet, notre équipe et notre capacité à répondre à la crise sociale que traversent aujourd’hui la province Sud et le pays.

Quelles seraient les caractéristiques d’une province Sud gérée par l’UC-FLNKS ?

Ce serait d’abord une province plus juste socialement et plus proche des habitants. Depuis plusieurs années, nous assistons à une politique qui a souvent privilégié les logiques budgétaires et les effets d’annonce plutôt que les besoins réels des familles. La crise de 2024 a aggravé les inégalités et beaucoup de nos concitoyens ont le sentiment d’avoir été abandonnés. Notre priorité sera de protéger le pouvoir d’achat en agissant sur les dépenses contraintes : logement, transport, énergie, alimentation et accès aux soins. Mon engagement est guidé par une conviction simple, la politique doit améliorer concrètement la vie des populations, notamment les plus démunies.

Nous voulons également remettre l’emploi au cœur de l’action publique. Plus de 13 000 emplois ont été détruits en 2024. La province doit redevenir un moteur de la relance économique à travers la commande publique, le soutien aux entreprises locales et l’insertion professionnelle des jeunes. Enfin, nous voulons une province qui rassemble. Une province qui considère que chaque habitant a sa place dans le destin commun du pays.

Nous voulons une province qui rassemble 19

Comment faire pour que la population sorte de la précarité ?

La précarité ne se combat pas uniquement par l’assistance. Elle se combat d’abord par l’emploi, la formation et l’accès aux services essentiels. Notre programme repose sur l’idée que le premier revenu est celui que l’on n’est pas obligé de dépenser. Nous proposons de renforcer le « bouclier qualité-prix », de lutter contre les monopoles qui entretiennent la vie chère, de développer davantage la production locale et de réduire notre dépendance aux importations.

Nous voulons également relancer la construction et la rénovation de logements, rétablir des critères d’accès plus justes au logement social, renforcer les aides à l’accession à la propriété et soutenir les familles les plus fragilisées.

Pour la jeunesse, nous proposons des dispositifs d’insertion, un accompagnement vers le permis de conduire, des parcours de formation adaptés aux besoins des entreprises et le développement de médiateurs de proximité pour prévenir l’exclusion. Notre ambition est de redonner des perspectives à celles et ceux qui ont le sentiment d’être oubliés.

Notre ambition est de redonner des perspectives à celles et ceux qui ont le sentiment d’être oubliés.

Quel lien souhaitez-vous établir avec les entreprises si vous êtes élu ?

Nous voulons bâtir une relation de confiance et de partenariat. Les entreprises créent l’emploi et la richesse dont notre pays a besoin. Elles doivent être considérées comme des partenaires du développement, à condition que ce développement bénéficie aussi aux populations. Nous défendons une économie productive qui crée de la valeur localement. Cela passe par le soutien aux PME, à l’agriculture, à la pêche, à l’économie bleue, à l’artisanat et aux filières innovantes. Nous voulons également privilégier les entreprises calédoniennes dans la commande publique, développer les clauses d’insertion dans les marchés et mieux adapter les formations aux besoins du tissu économique.

Notre objectif n’est pas d’opposer le monde économique et le monde social. Au contraire, nous pensons que la relance passera par une alliance entre les salariés, les entrepreneurs, les collectivités et les forces vives du pays. La province Sud doit redevenir un acteur du développement économique et non un simple gestionnaire administratif. Elle doit investir, accompagner et préparer la souveraineté du pays.

Propos recueillis par Yann Mainguet et Chloé Maingourd