[DOSSIER] Jean-Yves Marinacce : les courses, « un plaisir et un peu d’orgueil aussi »

Jean-Yves Marinacce a vu les plus beaux champs de course en France et en Australie. (©C.M)

À 80 ans, Jean-Yves Marinacce, dit « Coucoune », n’a manqué qu’une seule Coupe Clarke, en 1967 : il était alors en France pour son service militaire. Figure des courses hippiques calédoniennes, il est intarissable sur le sujet.

DNC : On dit que vous êtes le plus fin connaisseur de la Coupe Clarke. C’est vrai ?

Jean-Yves Marinacce : J’ai beaucoup d’archives, certaines ayant 70 ou 80 ans. Mon grand-père était passionné de courses, il a même couru. On était à La Foa. J’ai récupéré des documents de mes grands-parents et de vieux copains et j’ai annoté, chaque année, les programmes. J’ai commencé en 1968, à mon retour de l’armée. À partir de là, j’ai été dans les comités organisateurs pendant plus de trente ans. Georges Guillermet, président à La Foa, a vu que j’étais intéressé : il m’a mis la main dessus. Lui, président du comité hippique, moi, trésorier, secrétaire. C’était mon père spirituel. Je me suis retiré quand j’ai pris ma retraite.

Pourquoi la Coupe Clarke est-elle toujours autant appréciée ?

Parce qu’elle a été conservée quasiment comme M. Clarke l’avait voulue, il y a cent ans. On a gardé la distance, les conditions de poids pour âge, pour les meilleurs chevaux locaux, point barre. Dans les courses, il faut garder les mêmes épreuves : les entraîneurs et les propriétaires calculent, se fixent des objectifs. Comme la Coupe Tenant, très ancienne aussi.

Quels ont été les grands propriétaires ?

Les famille Brun, De Rios, ont importé beaucoup de chevaux et enrichi la génétique calédonienne. Les Lafleur aussi, Henri, Jacques, Claude, la famille Johnston… Il y avait des fortunes, mais aussi des fanatiques, qui se privaient peut-être pour donner un sac de maïs à leur cheval. Georges Guillermet était de ceux-là. Il a gagné treize fois la Coupe Clarke, dont sept d’affilée avec le même cheval, le même jockey et le même entraîneur, de 1964 à 1970.

Son cheval, Balto, a-t-il vraiment été le meilleur ?

Incontestablement. En plus de ses sept Coupes Clarke, il a, de mémoire, remporté 68 victoires en 81 courses, sur 1 000 à 2 400 mètres. Il a même quitté l’hippodrome Henry-Milliard sur une victoire. C’était un cheval difficile, mais les bons chevaux sont souvent durs à gérer. Il y a aussi eu Farouk avant lui, avec Jacques Hillier, le jockey de Canberra, qui a gagné avec Balto et qui a beaucoup échangé avec Guillermet. J’ai bap- tisé Balto, Hillier, Guillermet le trio infernal de la Coupe Clarke : pendant sept ans, il y en a qui ont plus vu la queue de Balto que son naseau !

Finalement, on doit beaucoup à l’Australie ?

Énormément… D’ailleurs, même si je suis Français, je regrette qu’on ne soit pas affilié, pour les paris, au TAB australien plutôt qu’au PMU français. Le TAB est plus performant. Avant, un monsieur Kinel tenait les paris avec les comités de La Foa, Bourail, Nouméa. Mais avec la Fédération française et France Galop, on a franchi un pas en matière de structuration*. Avant, on avait un code des courses à la bonne franquette. Les règlements français nous ont aussi fait reconnaître au niveau génétique et hippique.

Par le passé, il y avait beaucoup de très bons jockeys locaux. Quels ont été les meilleurs ?

Henri Dubois, Yvan Creugnet qui a gagné la première Coupe Clarke de Guillermet, avec Massu, en 1961. « Bébé » Braza, Popol Candide, Paul Marcias ou Paul Draghiceviz pour ne citer qu’eux.

Qu’est-ce qui a le plus changé depuis ces années-là ?

L’amour des courses dans le public. Avant, les gens étaient vraiment partie prenante. Quand j’avais 20 ans – j’en ai 80 aujourd’hui – chacun avait son petit préféré dans une écurie. Il y avait une concurrence terrible et une ambiance folle ! On grignotait, comme maintenant, mais on ne voyait jamais de gens en claquettes ou en short.

Les chevaux ont-ils beaucoup évolué ?

Oui, énormément. Grâce aux importations, la génétique a évolué. Ils sont plus beaux, plus coursiers. Avant, on avait des chevaux plus mastoc, des demi-sang. Maintenant, on a souvent des pères et mères importés. Jusqu’à 1 200 ou 1 400 mètres, on peut se mesurer du point de vue génétique et morphologique à ce qui se fait ailleurs.

Mais les chevaux d’aujourd’hui sont peut-être moins résistants. Balto, lui, se tapait deux courses dans l’après- midi et le lendemain matin, c’était bon ! On a lancé la Société d’encouragement de la race chevaline calédonienne pour améliorer la génétique locale. Je suis le seul survivant du premier conseil d’administration, créé en 1968. Avec Georges Milliard, Claude Peyrolle, Henri Leoni. Aujourd’hui, on en récolte les fruits.

Quel rôle a eu la Société sportive ?

L’association qui encadre les courses a d’abord été dirigée par Henri-Louis Milliard, père de Georges, puis par Roger Laroque et Jean Lèques. Il y a d’ailleurs un trophée Jean-Lèques et aussi un trophée Édouard-Pentecost, grand mécène.

Est-ce qu’on peut faire beaucoup d’argent sur les chevaux ?

Aujourd’hui, il y a de beaux prix. Mais à l’époque, ils couraient pour 5 000 francs. Le sac de maïs coûtait 250 francs… tout est relatif. Les chevaux sont chers, mais c’est un plaisir. Et puis il y a un peu d’orgueil personnel aussi. Certaines familles ont la défaite très amère !

Comment sentez-vous cette édition ?

Moi, je souhaite que The Star, de Steven Adam de Villiers, confirme parce que cela fait longtemps qu’on n’a pas vu un doublé. Le dernier était New York Magic, de l’écurie Nasser, qui en avait fait quatre, dont trois d’affilée entre 2008 et 2012. Mais Harry Potter, deuxième de la Coupe 2025, peut revenir, comme Luna Rose, gagnante en 2023.

Propos recueillis par Chloé Maingourd

* La Fédération territoriale des sociétés de courses, créée en 1988, est devenue la Fédération des sociétés de courses hippiques en 2000, puis la Fédération des courses hippiques de la Nouvelle- Calédonie en 2013. L’affiliation au PMU (Pari mutuel urbain) date de 2014, avec un partenariat et un encadrement technique impliquant notamment France Galop.