Jacques Chirac, un Président qui a marché aux côtés de la Calédonie

le prÈsident Jacques Chirac (D) prend un bain de foule avant de prononcer une allocution le 25 juillet 2003 ‡ KonÈ, au 3e jour de sa visite officielle en Nouvelle-CalÈdonie. M. Chirac a ÈtÈ accueilli ce jour par des manifestations hostiles d’indÈpendantistes et a fait la coutume sous les gaz lacrymogËnes. AFP PHOTO PATRICK KOVARIK (Photo by PATRICK KOVARIK / AFP)

« Jacques Chirac est mort ! » Une phrase que la majorité des Calédoniens ont prononcée dans le plus grand respect, vendredi matin, après l’annonce de son décès quelques heures plus tôt. Car jeunes comme moins jeunes, qui ne connaissait pas Jacques Chirac, cette figure majeure de la politique qui aura marqué de son empreinte l’histoire calédonienne ?

Jacques Chirac a toujours eu une relation particulière avec l’outre-mer, c’était une histoire d’amour. « En fait, c’est le seul homme politique qui aime l’outre-mer », disait de lui le député centriste, Jean-Paul Virapoullé, en 1996. Il aimait l’outre-mer et particulièrement la Nouvelle-Calédonie où il est venu six fois.

Sa première visite remonte à 1978, à l’époque où Valéry Giscard d’Estaing est président de la République. Il vient sur le Caillou en tant que maire de Paris, mais surtout en tant que fondateur du RPR pour avancer des propositions en faveur de l’avenir de la Calédonie. Travaillant à l’agrandissement de son parti, il croise sur son chemin l’écoute et le soutien du RPC de Jacques Lafleur, qui devient le RPCR.

Jacques Lafleur, avec qui il va nouer des relations à part et qu’il retrouve lors de sa deuxième visite sur le territoire, en septembre 1982. Jacques Chirac est venu certes soutenir Jacques Lafleur aux législatives, mais il est aussi en Calédonie, en tant que chef de l’opposition pour critiquer la politique socialiste.  Jacques Chirac prononce un discours à Nouméa prônant la « réalité locale » et défendant « la volonté des Calédoniens de rester dans la France », à l’inverse des orientations de François Mitterrand.

Bleu-blanc-rouge

Toujours dans l’opposition, Jacques Chirac revient en 1985. Fidèle à ses convictions pour la Nouvelle-Calédonie, il anime un grand meeting « bleu-blanc-rouge » devant 7 000 personnes en prônant la mise en œuvre de la paix civile et critiquant l’indépendance-association lancée par le haut-commissaire de l’époque, Edgard Pisani. Jacques Chirac mettant en avant plutôt la richesse ethnique de la Calédonie et de ses communautés « dans un destin commun ». Un an plus tard, en 1986, il vient en Calédonie en tant que Premier ministre de la première coalition Mitterrand, avec, dans ses valises, la volonté cette fois de rechercher un consensus le plus large possible avec un regard tourné vers le référendum d’autodétermination du 13 septembre 1987. Année où il vient pour un nouveau séjour, pour célébrer les résultats de ce scrutin, en Concorde et dont bon nombre de Calédoniens se souviennent. Là, il va plaider encore une fois pour une autonomie accrue en précisant que ce « référendum n’est que la première page du livre de la Nouvelle Calédonie » et inviter les Calédoniens « à en écrire l’histoire ». Il veut rétablir l’autorité de l’État et en profite pour débloquer 10 milliards de francs pour relancer l’économie calédonienne.

Jacques Chirac aimait la Nouvelle-Calédonie, Dominique Perben, ministre de l’Outre-mer entre 1993 et 1995, avait dit de lui : « Chirac voulait faire quelque chose en Nouvelle-Calédonie qui aurait ressemblé à une réconciliation. Jacques Lafleur l’a fait, mais seulement après Ouvéa ».

Ouvéa justement, en 1988. La tragédie a lieu dans le débat national entre les deux tours de l’élection présidentielle où Jacques Chirac est candidat et toujours Premier ministre. Son entourage le pousse à opter pour une opération militaire de libération, malgré un désaccord avec l’Élysée qui finalement cède. 19 militants indépendantistes et deux militaires sont tués. Une page sombre qui a contribué à son échec à la présidentielle : François Mitterrand est réélu pour sept ans.

Le gel du corps électoral

Président en 1995, Jacques Chirac ne s’est jamais éloigné de la Nouvelle-Calédonie, mais il faudra attendre son deuxième mandat en tant que Président pour qu’il revienne sur le Caillou, en juillet 2003. C’est la première visite du Président Chirac et lors de ses discours, il parle de « destin original dans la République » et s’engage sur la voie du gel électoral. Fidèle à sa promesse, Jacques Chirac arrive finalement à faire modifier la Constitution pour instaurer un « corps électoral figé » pour les élections au Congrès et aux Assemblées de province. Un dispositif qui prévoit que seules les personnes présentes en Nouvelle-Calédonie avant le 6 novembre 1998 peuvent participer à ces deux élections. Un principe antidémocratique contesté par bon nombre de Calédoniens et qui fait encore largement débat aujourd’hui.

Jacques Chirac, maire, ministre, Président, a marqué l’histoire de la Calédonie.

Comme l’a justement rappelé le communiqué du gouvernement : « C’est sous sa présidence que l’Accord de Nouméa a été signé en 1998, prolongeant ainsi la paix revenue avec les accords de Matignon-Oudinot. Plus d’une fois, le Président Chirac s’est attaché à reconnaître les ombres et les lumières de l’histoire calédonienne et française. » Le président de l’institution Thierry Santa, à titre personnel, a rajouté : « C’est cette conviction gaulliste affirmée d’un avenir de la Calédonie dans la France que je garde en mémoire. » Pour Pierre Frogier, c’était un homme hors du commun : « Sans Jacques Chirac, le destin de la Calédonie aurait été très différent. C’est grâce à lui, grâce à son engagement, grâce à l’aide qu’il nous a apportée sans réserve que nous avons résisté de 1981 à 1988 » et enfin, le message de l’ancien sénateur, Simon Loueckhote : « La Nouvelle-Calédonie lui doit beaucoup. C’est un grand ami que nous perdons, que je perds… »

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