Isabelle Wabete : « Madagascar est un pays fascinant »

La nomination d’Isabelle Wabete intervient dans le cadre de la transition de gouvernance, faisant suite au départ à la retraite du président du conseil d’administration, Ny Fanja Rakotomalala, après 29 années d’engagement au service de QMM et de Rio Tinto. © DR

Isabelle Wabete, première femme kanak à diriger une entreprise minière en Nouvelle-Calédonie, poursuit son ascension. Après deux années passées au poste de directrice générale de QIT Madagascar Minerals SA (QMM), filiale du géant anglo-australien Rio Tinto, l’ingénieure de formation s’est vu confier, en plus la fonction de présidente début juillet.

DNC : Quelle est l’ampleur du groupe Rio Tinto à Madagascar ?
Isabelle Wabete : Rio Tinto Iron & Titanium Ltd. (RTIT) est l’actionnaire majoritaire de QIT Madagascar Minerals SA (QMM), aux côtés de l’État Malagasy [Malgache]. Présente à Madagascar depuis plus de 40 ans, QMM exploite à Fort-Dauphin, dans le sud-est de l’île, une mine de classe mondiale d’ilménite et constitue le premier investissement minier majeur du pays. L’entreprise est un acteur majeur de l’économie régionale grâce à ses activités minières, à ses infrastructures, notamment le port en eau profonde d’Ehoala, à son réseau de partenaires locaux ainsi qu’à sa contribution à l’emploi, à la formation et au développement territorial.

Quelles sont les spécificités de l’ilménite ?
L’ilménite est un minerai qui constitue l’une des principales sources de dioxyde de titane. Celui-ci est utilisé pour produire un pigment blanc, indispensable à de nombreux produits du quotidien, notamment les peintures, les plastiques, le papier et d’autres applications industrielles. Le marché est donc étroitement lié à la demande mondiale en matériaux de construction, biens de consommation et produits manufacturés. Depuis Madagascar, notre production est exportée vers différents marchés internationaux.

QMM à Madagascar évolue dans un contexte environnemental, politique et industriel compliqué. Comment abordez- vous votre nouvelle fonction de PDG ?
J’aborde cette fonction avec responsabilité, détermination et optimisme. Les défis sont nombreux, mais ils constituent une réelle source de motivation, et un moteur de progrès et d’innovation. Mon ambition est de poursuivre le développement de Rio Tinto QMM en veillant à concilier sécurité, performance, responsabilité environnementale et contribution positive au développement de Madagascar et de l’Anôsy, au-delà de la vie de la mine. Je peux, pour cela, m’appuyer sur des équipes engagées, des partenaires de longue date et plus de 40 ans d’ancrage de Rio Tinto et de QMM dans le pays.

Gardez-vous un œil sur le secteur minier et métallurgique calédonien ?
Bien sûr. La Nouvelle-Calédonie, c’est mon pays et demeure une partie importante de mon parcours professionnel et personnel. J’y ai construit l’essentiel de ma carrière dans l’industrie minière et j’y conserve des liens forts. Je continue donc à suivre avec attention les évolutions du secteur, notamment celles liées à l’industrie du nickel, qui reste un pilier essentiel de l’économie calédonienne.

Existe-t-il des liens professionnels entre Madagascar et la Nouvelle-Calédonie ?
Oui, plusieurs liens existent, notamment à travers le secteur minier. Même si les ressources exploitées diffèrent, les deux territoires partagent de nombreux défis : valorisation responsable des ressources naturelles, attentes des communautés, transition environnementale, développement des compétences locales et création d’un héritage durable. Les échanges d’expériences, de savoir-faire et de bonnes pratiques sont précieux et peuvent contribuer à renforcer les capacités des acteurs des deux îles.

La nouvelle fonction laissera-t-elle du temps libre pour continuer à explorer cette île immense ?
Je l’espère. Madagascar est un pays fascinant par sa diversité culturelle, ses paysages et la richesse de ses traditions. Même si les responsabilités de PDG sont exigeantes, j’essaie de conserver des moments pour découvrir davantage le pays, rencontrer ses habitants et mieux comprendre les réalités des différentes régions. Ces découvertes nourrissent également ma compréhension du territoire et renforcent mon attachement à Madagascar. J’ai déjà pu me rendre à Diego Suarez, dans la mer d’Émeraude, et également à Sainte-Marie, magnifique île à l’est où l’atmosphère est sereine.

Propos recueillis par Yann Mainguet

Une battante

Ingénieure mine diplômée de l’École nationale supérieure de géologie, à Nancy, en Métropole, Isabelle Wabete, dont les parents sont originaires de Tiga et de Poindimié, a gravi les échelons en Nouvelle-Calédonie : adjointe au chef de centre SMSP de Ouaco, directrice de la Sonarep, responsable du département port et maintenance engins mobiles à KNS, présidente de la Nickel Mining Company… Avant le grand saut à Madagascar.

QMM, une coentreprise entre la filiale de Rio Tinto Iron & Titanium Ltd. (RTIT) (80 %) et le gouvernement de Madagascar (20 %), produit principalement de l’ilménite, mais aussi un mélange de minéraux et un minéral : le zirsill, utilisé dans la fabrication de tuiles de céramique et certains types d’écrans électroniques, et la monazite retrouvée dans les technologies d’énergie renouvelable, comme les aimants à haute puissance appliqués dans les éoliennes et les véhicules électriques.

Les activités de QMM comprennent également la gestion du port en eau profonde d’Ehoala pour l’expédition des produits vers les clients en Amérique du Nord et en Asie. QMM compte 530 salariés (2 000 emplois indirects).