« Il ne faut pas se décourager »

À l’arrêt depuis le début du confinement, une poignée de sportifs seulement ont pu reprendre leur entraînement cette semaine. Christophe Dabin, président du Comité territorial olympique et sportif (CTOS), qui fédère 45 ligues et comités régionaux, ce qui représente plus de 60 000 licenciés, fait le point sur la reprise des activités, mais également sur les difficultés économiques du secteur.

 

REPRISE DES ACTIVITÉS

DNC : Depuis le début de la semaine, quelques pratiques sportives sont de nouveau possible avec des subtilités parfois un peu complexes à comprendre. Est-ce que vous pouvez nous expliquer concrètement ce que les sportifs peuvent faire ou non ?

Christophe Dabin : On est cette semaine dans un confinement adapté avec une reprise progressive des activités. On a été, comme n’importe quel secteur, très touché par le confinement et le fait de pouvoir reprendre satisfait le plus grand nombre. Sauf que, dans l’arrêté qui est sorti, on s’aperçoit que les choses ne sont pas aussi claires que cela.

On a bien compris que les activités des salles commerciales étaient rouvertes, avec naturellement des protocoles et le pass sanitaire, mais également les activités qui concernent les lieux publics. Un professeur de judo peut, par exemple, décider d’aller sur la Promenade avec huit enfants et mettre en place des activités pour s’entraîner, mais sans contact, bien évidemment. De la même manière, n’importe quel voileux peut naviguer seul sur l’eau avec sa planche à voile ou son kitesurf.

On reste cette semaine dans une phase de réflexion pour savoir de quelle manière le sport pourra recommencer plus généralement.

 

L’arrêté du gouvernement fait la différence entre les structures commerciales privées et les associations sportives, cela ne crée-t-il pas un décalage ?

Un exemple : la salle de l’Institut océanien d’haltérophilie, au Mont-Dore, qui est gérée par une association sportive, ne peut pas rouvrir d’après les textes, alors même que cette discipline est en droit d’être pratiquée dans une salle de sport commerciale. Donc, c’est vrai que les associations sportives sont les plus touchées.

 

Est-ce que les associations pourraient elles aussi accueillir leur public dès lundi prochain ?

On travaille depuis le début du confinement avec la Direction de la jeunesse et des sports de la Nouvelle-Calédonie (DJS) et avec les directions provinciales pour anticiper la reprise afin qu’elle se fasse le plus rapidement possible. On est actuellement en train de finaliser les protocoles sanitaires. On a demandé à l’ensemble des ligues et des comités de regarder les protocoles de reprise édictés par leurs fédérations de tutelle en Métropole afin de voir comment ils peuvent être adaptés localement. Une fois mis en place, ces protocoles pourront permettre de reprendre une activité sportive.

On est tous partants pour dire que cela pourrait rouvrir le 18 octobre, mais il faut quand même prendre en compte l’aspect sanitaire. Il faut rester prudent pour ne pas que les activités sportives, qui rassemblent beaucoup de monde, provoquent de nouveaux clusters.

 

La fin de la saison est gravement compromise, certaines disciplines comme le hippisme, le trail ou le football ont déjà annulé la plupart de leurs rendez- vous. Avons-nous une chance de voir des compétitions organisées avant la fin de l’année ?

Quand on regarde le dernier arrêté, on se rend compte que toutes les manifestations de plus de 10 personnes sont interdites, dont les compétitions sportives. C’est certain que c’est quelque chose d’important dans le monde sportif, c’est cela qui donne l’envie aux athlètes de continuer à s’entraîner. Donc, c’est vrai que si l’on n’a pas de compétitions jusqu’à la fin de l’année, cela va être difficile.

Mais cela va surtout dépendre de l’évolution de la crise sanitaire. Le plus important, c’est d’abord qu’il y ait une reprise normale de l’activité sportive, on verra ensuite de quelle manière les compétitions pourront suivre. Toutes les disciplines sont dans la même situation et certaines ont déjà décidé de mettre un terme à leur saison, puisque l’on n’a pas de visibilité sur les mois à venir et qu’il est donc trop compliqué d’anticiper. Surtout qu’à la suite du confinement de mars, tous les calendriers étaient déjà bien chargés en cette fin d’année, puisqu’ils avaient été modifiés pour rattraper le retard. Dans tous les cas, ce sera aux ligues et aux comités de voir chacun de leur côté comment ils pourront s’arranger.

 

SITUATION ÉCONOMIQUE

Le président de la Ligue d’escalade, Philippe Boquet, avait appelé les différents dirigeants et adhérents des ligues, mais aussi des clubs à venir manifester hier devant les locaux du gouvernement afin d’alerter les autorités sur la situation du mouvement sportif calédonien. Qu’en pensez-vous ?

La difficulté à laquelle font face les associations sportives, c’est un élément pour lequel on se bat depuis maintenant plusieurs années. Car ce n’est pas la crise d’aujourd’hui qui fait que ces associations sont en difficulté, c’est la situation économique de la Nouvelle-Calédonie qui a entraîné depuis des années une baisse drastique des subventions. On essaye de trouver des solutions et on a fait pas mal de propositions aux membres du gouvernement.

On est tous bien conscients de ces problèmes. Après, au regard de la situation sanitaire, on est en droit de se demander si c’est le meilleur moment pour aller manifester dans la rue. Surtout que depuis cet appel, de nombreuses avancées ont déjà été faites : la province Sud va, par exemple, attribuer plusieurs subventions à des associations sportives.

 

De quelles aides peuvent bénéficier les associations sportives en cette période de confinement ?

C’est presque la totalité des aides accordées aux entreprises. Tous les clubs, les infrastructures sportives et les associations sportives qui ont des employés avaient demandé le chômage partiel au mois de mars et la majeure partie l’ont reçu. Dans l’arrêté du gouvernement de mercredi dernier, une quinzaine d’associations sportives en plus sont éligibles au chômage partiel, c’est notamment le cas pour l’escalade. Nous avons également relancé l’État sur les aides qu’il avait accordées l’année dernière aux petites entreprises et associations, qui était de l’ordre de 1 500 euros (environ 180 000 francs), afin de voir s’il est en mesure de poursuivre cet effort.

La principale difficulté aujourd’hui, c’est cette demande de trésorerie, dont le manque est criant pour l’ensemble de nos associations sportives. Car ce n’est pas parce qu’on est éligible au chômage partiel que l’on va toucher l’argent dans les semaines qui suivent, cela prend plusieurs mois. C’est d’autant plus problématique que les têtes de réseau que sont les ligues et les comités n’ont touché aucune subvention en 2021 de la part de la Nouvelle-Calédonie. Si chacun recevait ces subventions-là, cela redonnerait un bon bol d’air frais à l’ensemble de nos disciplines.

On a déjà relancé le gouvernement à ce sujet et on espère que cela apparaisse à un moment ou un autre dans la décision modificative du budget. Car ces associations ont, par le sport, un rôle sociétal extrêmement important et nos bénévoles s’essoufflent. Si l’on ne leur apporte pas une aide, de nombreux jeunes ne pourront plus être accueillis dans les clubs et pourraient se retrouver sur le bord de la route. On risque alors de rencontrer d’autres problèmes.

 

Quelles sont les disciplines les plus touchées par cette crise ?

Les difficultés concernent toutes les associations sportives qui ont des employés. Il n’y a plus de rentrée d’argent à cause de la crise sanitaire, mais les charges restent les mêmes et il faut continuer à payer les salariés. C’est de plus en plus compliqué chaque jour.

 

Si vous aviez un message à faire passer aux sportifs calédoniens, quel serait-il ?

Je leur dirais de ne pas se décourager et de continuer à pratiquer une activité physique régulière, car malgré le confinement, il est au moins possible d’aller courir ou autre. Après, on espère que cette période passe très rapidement afin que nos sportifs puissent reprendre le chemin des terrains, mais également qu’ils puissent quitter le territoire pour aller en Australie, en Nouvelle-Zélande ou encore en Métropole afin de pour pouvoir se confronter à d’autres, ce qu’ils n’ont pas pu faire depuis deux ans. Car on a des échéances importantes pour pas mal de disciplines, comme par exemple les Mini-Jeux du Pacifique l’année prochaine aux îles Mariannes du Nord et les Jeux du Pacifique en 2023. Il faut tenir pour pouvoir rester compétitif.

 

Propos recueillis par Titouan Moal (© T.M.)

 

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