Ida Palene est volontaire service civique en anthropologie à l’IRD, Institut de recherche pour le développement. À seulement 25 ans, l’ingénieure en agro-développement a travaillé dans plusieurs régions du monde. Aujourd’hui, elle participe aux recherches pour comprendre comment les populations du Pacifique Sud s’adaptent au changement climatique.
De la Martinique au Vanuatu, en passant par l’Équateur, Ida Palene l’assure : ce qu’elle préfère dans son métier, c’est « le terrain » : « On ne se contente pas de poser des questions aux populations. Notre travail, c’est aussi de manger avec eux, dormir avec eux, et de participer aux activités de la journée, comme la pêche et le champ. »
La jeune femme de 25 ans est volontaire service civique en anthropologie à l’IRD depuis décembre dernier. Elle a intégré les programmes MaHeWa et Clipssa*, menés dans le Pacifique Sud. Le premier s’intéresse aux canicules marines et aux solutions d’adaptation. Le second vise à améliorer les projections climatiques de la région et leurs impacts sur l’agriculture, tout en intégrant les savoirs locaux de ses archipels. Un « coup de cœur » pour Ida qui, déjà en 2024, avait intégré ce projet durant son stage de fin d’études à l’Istom, école supérieure d’agro-développement international. « Cela me permettait de revenir travailler en Nouvelle-Calédonie ou dans un pays voisin », souligne-t-elle.
ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Dans ce cadre, elle passe deux mois au Vanuatu, aux côtés d’habitants de l’île d’Esperitu Santo et d’Efate. Cette expérience lui permet de réaliser son mémoire intitulé « Femmes, savoirs agricoles et dynamiques d’adaptation aux changements climatiques, sociaux et environnementaux : pratiques, circulation et reconfigurations sociales dans deux communautés du Vanuatu ».
Sur place, elle se rend compte que l’adaptation de ces communautés féminines ne s’observe pas uniquement face au changement climatique. « En plus des fortes pluies, des sécheresses et des cyclones, elles doivent aussi faire face aux migrations des hommes, qui partent en Australie ou en Nouvelle-Zélande réaliser des travaux saisonniers, décrit Ida. Elles doivent donc gérer le foyer, les enfants et la nourriture. Ainsi, leur adaptation n’est pas que technique, elle est aussi sociale. »
Elle relève des « stratégies d’agencement » spécifiques dans le travail des cultures. « Puisqu’elles doivent faire plusieurs choses, l’organisation de leur temps est importante. Par conséquent, les légumes qu’elles consomment tous les jours, comme le « chou des îles » (« chou kanak » en Nouvelle-Calédonie) ou les taros et ignames, sont disposés à proximité de leur habitat, afin qu’elles puissent y avoir facilement accès ».
Aussi, afin de réduire le risque alimentaire, les cultures situées à proximité du village – zone connue comme étant « plus vulnérable à la sécheresse et aux cyclones » – sont davantage diversifiées que celles qui y sont éloignées. Ainsi, « si l’une des cultures ne survit pas à cause de la sécheresse, peut-être qu’une autre résistera et pourra être récoltée », explique-t-elle.
Le mois dernier, en compagnie de ses collègues**, elle est repartie au Vanuatu, restituer les données de ses recherches. Une présentation que la jeune femme, originaire de Maré, a effectué en bichlamar. « Mes deux grands-mères sont vanuataises, donc je le comprenais un peu avant, mais j’ai réellement appris à le parler là-bas », explique-t-elle.
Dans son travail, Ida aime utiliser la cartographie participative, qui consiste à réaliser des cartes à l’aide des habitants d’un lieu. Un outil méthodologique qu’elle a découverte durant sa quatrième année d’études, lors d’une mission effectuée en Équateur, auprès des Cañaris, une population autochtone. « Cette mission m’a vraiment ouverte à la recherche. C’est à partir de ce moment-là que j’ai choisi d’en apprendre davantage sur la cartographie participative. »
DIFFÉRENCES
Durant ses études, elle a aussi réalisé un stage en Martinique, au sein de l’Atelier fruité, une structure qui prépare des fruits séchés à partir des invendus de producteurs locaux. Cette aventure lui a « beaucoup appris » et fait prendre conscience de certaines « différences » entre les outre-mer français. « On pense avoir les mêmes réalités, mais en fait, pas du tout. » Une anecdote autour d’un atelier qu’elle a animé en Martinique l’a particulièrement marquée. « Je me suis rendu compte qu’ils ne connaissaient pas la râpe à coco », raconte-t-elle, amusée.
Une prise de conscience qu’elle fera de nouveau au Vanuatu, un peu plus tard. « J’ai été impressionnée par ces femmes qui font énormément de choses seules. Pour elles, c’était normal. Pour moi, c’était extraordinaire. »
À l’avenir, Ida aimerait travailler sur le lien entre la terre et la mer. Deux éléments qui, selon elle, sont intimement liés dans le Pacifique. « Sur le terrain, les personnes nous le disent tout le temps : ils vont au champ le matin, mais la pêche fait aussi partie de leurs activités. On ne peut pas les séparer. Clipssa a travaillé sur l’agriculture. MaHeWa, sur la pêche. Moi, j’aimerais lier les deux. »
Nikita Hoffmann
*Climat du Pacifique, savoirs locaux et stratégies d’adaptation
**Catherine Sabinot (anthropologue et ethnoécologue) et Samson Jean Marie (ingénieur agronome, anthropologue et géographe).
Promouvoir les vocations scientifiques chez les femmes
Jeudi 28 mai, en compagnie de quatre autres chercheuses, Ida Palene a participé au programme international « Éclaireuses : à la rencontre de celles qui font la science », organisé par l’IRD. Elle a eu l’occasion de présenter son parcours et d’échanger avec des élèves des lycées du Mont-Dore et Blaise-Pascal. L’objectif : promouvoir les vocations scientifiques chez les femmes et déconstruire les stéréotypes de genre.
Ida Palene connaît l’importance de ce type d’évènement, elle qui a découvert l’Istom lors d’une intervention similaire au lycée Lapérouse, lorsqu’elle était en classe de seconde. Elle se souvient : « J’étais subjuguée et je me suis tout de suite dit : c’est cette école que je veux faire ! »

