Hommage aux Calédoniens d’origine asiatique

La ville de Nouméa propose une nouvelle exposition à la maison Higginson rendant hommage aux pionniers ayant apporté leur pierre à la construction de la Nouvelle-Calédonie. Après les familles de souche européenne, c’est le parcours des Calédoniens d’origine asiatique qui est mis en lumière.

Quand et comment sont arrivés les ancêtres javanais, vietnamiens, indiens ou japonais ? Où et comment ont-ils vécu ? Quelles ont été leurs difficultés ? Comment se sont-ils intégrés ? Quel héritage ont-ils laissé à leurs descendants et, plus largement, à la Nouvelle-Calédonie ? Autant de questions que la ville de Nouméa a souhaité soulever et éclairer en consacrant ce nouveau chapitre du cycle d’expositions Hommage, lancé en 2016, aux Calédoniens d’origine asiatique. Une exposition inaugurée mardi 6 juillet en présence de très nombreuses familles issues de cette immigration.

Travailleurs sous contrat

Aux descendants asiatiques « fiers de leurs racines », Sonia Lagarde, maire de Nouméa, a expliqué que la ville se devait de retracer leur histoire tout comme elle l’avait fait pour les familles de souche européenne issues de la colonisation libre et pénitentiaire. « Vous faites partie intégrante de ce pays, vous avez participé à sa construction ! » Arrivés sous contrat dès la fondation de la colonie en 1853, l’instauration du bagne, puis par vagues successives jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale en passant par l’époque de la Révolution industrielle, ils ont œuvré à Nouméa et en Brousse.

Et là encore, les récits ne sont pas faciles, les parcours tumultueux. « Il y a eu les difficultés, les séparations, parfois le retour au pays ou l’intégration », comme l’a relevé Sonia Lagarde. Véronique Defrance, conservatrice des musées de la ville, ne la contredira pas : « C’était une vie de misère. Mais ces gens ont fait au mieux pour justement transmettre une vie meilleure à leurs descendants qui sont là depuis quatre ou cinq générations avec souvent des places honorables ». Selon la conservatrice, « chaque histoire fait mal aux tripes, mais les dénouements sont magnifiques ».

400 photos et des récits

Cette exposition, qui a nécessité plus de neuf mois de préparation à la Direction de la culture, s’appuie principalement sur des photos (près de 400) et la retranscription de récits.

Ces documents et témoignages proviennent principalement de 39 familles qui ont accepté de livrer leurs connaissances sur le parcours de leurs ancêtres. Une partie a également été collectée par le biais du Cercle des musées de la ville, les amicales vietnamienne, indonésienne et japonaise, la province Sud ou encore des fonds privés.

Le parcours muséographique propose un espace pour chacune des quatre communautés citées où sont évoquées des trajectoires individuelles, puis un autre sur les familles de musiciens (Sakumuri, Tran Van Chuc, Yamamoto, Chu Van, Somohamad, Panatte…) et un dernier sur l’impact de ces familles à Nouméa. On peut trouver ici des informations générales sur les constructions, comme la chapelle Christ-Roi, Vallée-du-Tir, mais aussi sur les apports culturels, d’art, de littérature (œuvres du musée), les différentes religions. « C’était vraiment merveilleux à monter. On a partagé beaucoup de choses avec les familles. Elles se sont beaucoup investies », nous dit Véronique Defrance.

Les visiteurs sont appelés à voir ou revoir cette exposition, qui, notons-le, prend un peu de temps étant essentiellement basée sur des écrits.

Sonia Lagarde a précisé que par la suite d’autres communautés seront mises en lumière comme les Vietnamiens du Vanuatu, lesChinois de Polynésie française, les Tahitiens, les Wallisiens-et-Futuniens, promettant encore « de belles expositions en perspective ».


Un peu d’histoire

Dès la fondation de la colonie en 1853, le manque de main-d’œuvre se fait ressentir et le problème demeure malgré l’installation du bagne. On fait donc déjà venir des Indiens, des Chinois. Un service de l’immigration vient régir les conditions d’introduction des travailleurs asiatiques, africains et océaniens en 1874 ainsi que leur régime de protection.

Le manque d’ouvriers s’accentue à la fin du siècle avec la Révolution industrielle et la demande grandissante en minerai. Les convois de condamnés doivent cesser. Les compagnies se tournent alors vers l’Asie. Des Japonais arrivent en 1892, des Javanais en 1896, des Indiens en 1901. La présence de femmes dans les convois de Javanais et d’Indochinois favorise les unions entre membres d’une même communauté. Les Japonais et les Indiens, en revanche, épousent des Calédoniennes.

Les Japonais seront expulsés durant la guerre du Pacifique. À l’indépendance de l’Indonésie en 1945, de nombreux Javanais repartent et des Indochinois se réinstallent au Vietnam dans les années 60. D’autres viendront encore dans les années 80 et 90.


Des mémoires sur une bande magnétique

La famille Vu Duc est venue en nombre pour célébrer l’hommage au grand-père Vu Duc Khuy (1908- 1977) et son histoire retracée grâce à une bande magnétique sur laquelle il avait enregistré ses mémoires. Cet homme a fui une enfance de misère en Indochine pour la Nouvelle-Calédonie. Arrivé en 1935, il est envoyé avec sa femme, Maria Nguyen Thi Nguyen, aux mines de Thio. Il évoquera le manque d’eau, de nourriture, mais surtout les brimades. « On nous regarde comme des bêtes sauvages et on nous considère comme des ordures. Ceux qui ne parlent pas français sont les plus humiliés et les plus malheureux. » Il ne pourra pas rentrer dans son pays en raison de la guerre qui y fait rage. « Il a ensuite appris à faire des pâtisseries au temps des Américains et a fait de la vente ambulante », raconte son petit-fils, Joseph Vu Duc Minh.

Il obtient son livret de résidence libre en 1943, construit une maison à la Vallée-des-Colons, avec le soutien de la communauté, et ouvre un restaurant « café-thé-la soupe » tandis que ses enfants font de la livraison. L’ancêtre, catholique, a eu neuf enfants scolarisés dans les écoles vietnamiennes de la Vallée-du- Tir et de la Vallée-des-Colons. Ses descendants sont au nombre de 74 et tous vivants. Alors que dans la première génération, les couples se formaient au sein de la communauté, dans la troisième, tous, à une exception près, sont mixtes. Les plus anciens évoquent un certain « éloignement » de la culture asiatique. « Nous sommes Calédoniens à 200 % et nous ne remercierons jamais assez nos grands-parents de nous avoir permis de prospérer ici », conclut Joseph Vu Duc Minh, dont toute la famille se dit très touchée par cet hommage.


La famille Van Phao devant l’hommage à Dominique Trinh Thi Huong, figure nouméenne décédée en 2020, et son mari, Guy Phao You (Van Phao) et leurs parents respectifs. Le couple avait lancé la « première roulotte » de Nouméa, au Rocher-à-la-Voile et à la sortie du Tahiti cabaret. Le tout jeune Guy avait fait plusieurs séjours en prison. À 10 ans, il chapardait pour subvenir aux besoins de son père qui, ayant perdu ses jambes, en était réduit à se déplacer avec deux fers à repasser et à vendre des cacahuètes devant le cinéma Hickson.


L’ancêtre de la famille Appaganou, Valère-Samy Appacanou, est arrivé en 1903 de Pondichéry où sévissait
la pandémie de choléra. Il survivra de son côté au scorbut attrapé sur le trajet. Il épousera Marie-Céline Maillet-Chauviré, à Kaala-Gomen, et ils auront six enfants dont Berthe, au centre. « C’est un grand hommage pour eux, ils ont trimé », nous dit-elle.


Les descendantes de Matsutaro Oghino, arrivé de Fukui en 1910, employé comme mécanicien à Pouembout, puis forgeron. Les correspondances qu’il entretenait avec sa famille au Japon et récupérées par sa famille, à Fukui, ont permis de retracer l’histoire de cet homme « peu bavard ». Arrêté en 1941, il n’a pas été déporté ayant pris
la nationalité française en 1930.


L’ancêtre Trân Quât (1913-1982) et son épouse Lê Thi Oanh (1915-1997) sont arrivés à Voh en 1937 et ont été envoyés à la mine 215. Ils auront huit enfants. Un seul fils n’est pas rentré au Vietnam, Tran Van Hong, membre fondateur de l’amicale vietnamienne, marié à Pham Thi Tâm, puis à Madeleine Auclain après le décès de sa première femme. Il sera rejoint en 1988 par une de ses soeurs, Tran Thi Quê et sa famille. Cette exposition C’est une fierté et une reconnaissance. C’est important aussi de faire connaitre aux autres ethnies comment on est arrivés ».

C.M.

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