[DOSSIER] Gilbert Tein, à l’origine de la légende

Compagnon de route de Jean-Marie Tjibaou, Gilbert Tein a pris le micro dans les années 80 à la demande du leader indépendantiste. Il est devenu l’une des voix emblématiques du kaneka avec son groupe Bwanjep, du nom de l’instrument en écorce de figuier.

Pas facile de faire remonter Gilbert Tein sur scène. La dernière fois, c’était quelque part entre la fin des années 1990 et 2008. Il estime appartenir au passé. À ces souvenirs nécessaires pour le futur, selon sa chanson « Le passé » (Vie, 1994). En participant à Kaneka Legend, le chanteur de Bwanjep, mythique groupe de Bas-Coulna, renoue avec le trac, entre excitation et appréhension. « La joie vient derrière le stress », précise-t-il. À 64 ans, l’enfant de la chaîne de Hienghène n’a rien perdu de son exigence, ni de son sens de l’autodérision. Celui qui avoue volontiers ne pas être « satisfait » de sa carrière noie sa peur de ne pas être à la hauteur dans les répétitions. « La grande scène te donne l’occasion de te brûler les doigts, ce n’est pas comme jouer dans un nakamal à Nouméa », tacle-t-il.

Sa voix, accompagnée des rythmes traditionnels et des notes blues de ses chansons, n’a pas perdu de sa douceur. Ni de sa profondeur. C’est toujours celle qui, incitée par Jean-Marie Tjibaou, a porté « la jeune musique kanak », appelée kaneka en 1986. « Si on avait un drapeau, il nous fallait une musique. À l’époque, c’était ma participation à la lutte, j’ai tiré parti de mes dons. »

SANS FORMATION

Il n’y avait pas de partition. Pas d’antécédent. Son groupe Bwanjep émerge en 1985. Son tempo s’inspire du bruit des cascades, ses textes de la dualité qui l’entoure. L’artiste autodidacte devenu conteur, compositeur, musicien et interprète a puisé dans la musique cérémonielle des anciens pour imaginer les titres « Loulou », « Taaru » ou « Kanaky mon pays ». Jusqu’où jour où il a tout arrêté. Fatigué du manque d’encadrement professionnel. « J’étais chauffeur, manager, compositeur, chanteur… J’étais tout seul et je faisais tout ! » Son omniprésence était devenue trop lourde. Elle l’empêchait de prendre du recul et de trouver l’inspiration. « Je n’avais pas le temps d’écouter notre musique, il faut s’écouter jouer pour s’améliorer. »

En délaissant la scène après son second et dernier album Hiwec, sorti en 1996, Gilbert Tein n’abandonna jamais la culture. Il a continué à y contribuer à travers ses différentes missions à la tête du centre culturel de Hienghène, à la province Nord, à la présidence du Sénat coutumier ou en tant que conteur. Le sexagénaire jette aujourd’hui le même regard critique sur ce style qu’il a participé à voir naître que sur sa carrière. « Le kaneka, c’est comme un humain. Il vieillit avec des habitudes, sont-elles bonnes ou mauvaises ? »

Le militant culturel souhaite voir leur musique évoluer avec les influences de « maintenant », un maintenant qui commencerait dès 1990. « En 1986, nous avons donné un nom, mais pas de contenu. Nous aurions dû nous réunir neuf mois après pour poser les bases », insiste-t-il. Peu importe le nombre de sièges de l’Arène du Sud occupés le 12 novembre, Gilbert Tein espère seulement qu’une nouvelle réflexion en sortira. Parce qu’il reste beaucoup de choses à faire pour continuer à réinventer la musique des anciens.

Photo : © B.B.

Brice Bacquet

Gilbert Tein est considéré comme l’un des pionniers du kaneka. Ses titres résonnent encore comme des références du genre.

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