Gil Brial : Le projet loyaliste, « une solution qui respecte la majorité des Calédoniens »

Le 7 septembre, les Loyalistes ont présenté leur projet dans le cadre de la prochaine consultation. Il se veut le plus rassembleur possible autour de valeurs en adéquation avec celles de la République française. Sur le plan institutionnel, les Loyalistes souhaitent redonner davantage de pouvoir aux provinces, qui sont les collectivités les plus proches de la population et les plus à même de répondre à leurs besoins. Questions à Gil Brial, le porte-parole des Loyalistes.

DNC : Quels sont les points forts de votre projet ?

Gil Brial : Il prévoit deux temps forts autour des valeurs. Il est important d’expliquer ce que c’est d’être loyaliste en 2020. Nos valeurs reposent sur les valeurs calédoniennes qui sont portées par la République française : le travail, le partage, la reconnaissance de la propriété, quelle que soit l’ethnie, une société qui permet de s’ouvrir sur le monde et qui n’exclut personne. Et puis il y a une deuxième partie, institutionnelle, qui est une première. L’enjeu, c’était de savoir si l’on était capable, à six mouvements politiques différents, de proposer un cadre juridique pour l’après-Accord de Nouméa. C’est important, à quelques semaines du référendum, de dire que l’on a une solution de sortie qui permettra de respecter ce que veut la majorité des Calédoniens, c’est-à-dire de rester au sein de la République française, mais permettra également aux indépendantistes de continuer à gérer des collectivités pour mettre en place des politiques qui correspondent à leur préoccupation identitaire.

Quels sont les principes de cette organisation institutionnelle que vous envisagez ?

Eh bien, c’est tout d’abord de redonner du poids aux provinces. L’Accord de Nouméa a donné davantage de poids à la Nouvelle-Calédonie. L’idée est de redonner du pouvoir aux provinces et d’avoir un Congrès de la Nouvelle-Calédonie qui soit juste dans sa répartition. Avec 42 % aux élections provinciales, les indépendantistes peuvent prendre la présidence du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Nous souhaitons aussi créer un véritable espace de dialogue qui n’existe pas aujourd’hui. C’est pour ça qu’avait été créé le gouvernement collégial de la Nouvelle Calédonie, en 1998. Finalement, on voit qu’au gouvernement, comme au Congrès, on débat de textes, mais pas de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Cet espace est important pour nous, pour préparer la sortie de l’Accord de Nouméa, pour qu’il y ait un endroit où les Calédoniens loyalistes et indépendantistes puissent se retrouver entre eux et avec l’État pour commencer à ébaucher ce que sera l’après-Accord de Nouméa.

Votre proposition n’est-elle pas une forme de statu quo, voire un retour en arrière, à la situation de 1988 ?

Non, parce que l’objectif, c’est de faire le constat des 30 dernières années. Il y a eu des choses qui ont réussi, il y a des belles choses dans les accords de Matignon et de Nouméa, et il y a eu des échecs dans le rééquilibrage, notamment sur le plan social. Il faut que l’on réorganise nos politiques pour pouvoir y répondre. Peut-être qu’un retour à plus de poids des provinces permettra d’avoir une politique plus réactive et plus en lien avec le besoin des populations. Pour nous, ce n’est pas un retour en arrière, mais un vrai progrès pour l’ensemble des Calédoniens parce que notre projet est basé sur les valeurs que l’on porte et avec un accompagnement de la France. On voit qu’il y a eu un rééquilibrage territorial qui a été gigantesque ces dernières années en matière de routes, de ponts, de structures culturelles, de bâtiments, d’éducation… Il faut continuer à développer la Nouvelle-Calédonie pour que les chances d’un enfant de la côte Est soient les mêmes que celui d’une enfant des Îles et de Nouméa.

L’Accord de Nouméa et la construction de l’usine du Nord ont permis le développement du pôle VKP, mais le Grand Nouméa continue d’attirer une grande partie de la population pour des questions d’emploi. Est-ce que supprimer la clef de répartition, comme vous le suggérez, ne va pas contribuer à renforcer le déséquilibre entre Nouméa et le reste du territoire ?

Non, parce que nous sommes pour le rééquilibrage. Mais pour un rééquilibrage qui vise le bienfait des populations. Nous regrettons l’évolution négative entre le rééquilibrage prévu en 1989 et celui que l’on observe aujourd’hui, avec plus de population dans le Sud qu’à l’époque. Mais le rééquilibrage que l’on connaît, c’est la province Nord qui achète un hôtel en province Sud ou encore des boulangeries. Ces investissements ne permettent pas le développement de l’emploi en province Nord. Nous disons que le rééquilibrage doit être au bénéfice des populations. Nous considérons donc, au contraire, qu’il faut maintenir le rééquilibrage au travers des contrats de développement et mieux le cibler avec l’aide de l’État. Il faut être sûr que cet argent investi soit au bénéfice des populations et c’est quand on aura réussi ce développement que l’on aura une Nouvelle- Calédonie plus apaisée.

Vous avez expliqué que, contrairement à ce que l’on entend généralement, votre projet est progressiste et celui des indépendantistes est plus conservateur…

C’est malheureusement une réalité. Quand vous prenez le temps de regarder notre projet, c’est une ouverture sur le monde et la reconnaissance de l’identité calédonienne dans ce qui forme la Nouvelle-Calédonie, nos différences identitaires et nos cultures, mais avec une ambition, celle de faire progresser tout le monde. Nous sommes convaincus que pour faire progresser l’ensemble des populations, il nous faut la France. Il faut être au sein de la République française qui ne nous accompagne pas que financièrement, mais aussi techniquement, en matière de ressources humaines. Avec un territoire de 270 000 habitants nous n’avons pas les compétences humaines que peut avoir un État de 70 millions d’habitants.

On a besoin de cet accompagnement-là pour garantir un développement humain pour l’ensemble des populations, y compris les Kanak. Nous sommes convaincus qu’en cas d’indépendance, les populations les plus malheureuses seront celles qui sont déjà en grande difficulté aujourd’hui et notamment, une partie de la population kanak. C’est ça, la différence entre nos projets. Le nôtre veut faire évoluer la Nouvelle-Calédonie et eux, ils veulent la figer avec une ethnie qui prend le dessus par rapport aux autres.

La stratégie de votre campagne est-elle différente de celle de la consultation de 2018 ?

Une de nos erreurs de la campagne de 2018, c’est d’avoir juste dit non à l’indépendance. Moi, je ne suis pas contre l’indépendance, je suis pour une Nouvelle-Calédonie dans la France avec large autonomie. Je ne suis pas pour un retour à une départementalisation, nous sommes fiers de cette autonomie-là. Jusqu’à présent, les Loyalistes avaient peur de porter des projets parce que l’on voulait juste s’opposer à l’indépendance. Cette erreur, on a voulu la rattraper et se dire : « Mais qu’est- ce qui nous unit en termes de valeurs et est- ce que l’on est capable d’ébaucher un projet institutionnel ? ». Nous pensions, au début, ne pas y arriver et, finalement, on s’est rendu compte que l’on ne partage pas seulement les mêmes valeurs, mais la même vision de la Nouvelle-Calédonie alors que nous sommes six mouvements de droite, du centre droit à une droite plus ferme. Malgré cela, on a cette même envie de faire progresser la Calédonie avec notre projet institutionnel.

Votre projet aborde aussi la question foncière, qui est importante pour vous…

On a voulu nous faire croire que le lien à la terre est réservé à une ethnie, les Kanak. Ce n’est pas vrai, on a tous un lien à la terre très fort. C’est une valeur calédonienne et pas une valeur ethnique. Pour nous, les revendications foncières doivent s’arrêter. Il y a eu le rééquilibrage sur cette question. Aujourd’hui, il y a plus de terres coutumières que privées. Il y a, par ailleurs, encore des terres qui n’ont pas été distribuées par l’Adraf. Elles ont été revendiquées, mais pas redistribuées parce qu’il y a des désaccords entre les clans. On considère que quand on porte un projet comme le nôtre, l’objectif est plutôt de développer l’économie, développer l’habitat sur ces terres coutumières pour que les gens puissent développer ce qu’ils ont, plutôt que d’aller prendre chez le voisin sans que les terres soient valorisées derrière.

Les indépendantistes ont des revendications qui reposent sur l’identité. Est-ce que des arguments économiques peuvent s’opposer à cela ?

Cela a été une des erreurs du premier référendum. Nous nous sommes basés sur ce qu’apporte la France en matière d’aides financières, sur la santé, l’économie et le développement de la Calédonie en général. On parlait au cerveau avec, en face, des personnes qui parlaient au cœur. Ce que l’on dit, c’est que s’il peut y avoir différentes identités aujourd’hui, c’est parce qu’il y a la France qui nous cadre là-dessus. Quand vous prenez tous les pays voisins qui ont accédé à l’indépendance, il y a toujours une ethnie qui a pris le dessus et les identités des autres ont disparu. Aujourd’hui, sur l’identité kanak, nous avons le centre culturel Tjibaou. C’est bien la France qui l’a payé, mais la gestion relève de la Nouvelle-Calédonie. Il y a dans les contrats de développement, la rénovation du centre culturel de Hienghène, la construction du centre culturel de Houaïlou. Et ça encore, c’est financé par la France.

Aujourd’hui, des différents pays du monde, celui qui reconnaît le plus les identités, c’est la France et on est convaincu que l’identité kanak peut se développer comme l’identité calédonienne en général parce que l’on a un système qui nous encadre, qui nous protège de nos propres erreurs et de nous-mêmes. Cette reconnaissance identitaire ne doit pas s’arrêter. Nous estimons qu’il ne doit plus y avoir de revendications foncières, en revanche, la revendication identitaire, qui était la base de la revendication indépendantiste, celle-là, il faut continuer à la valoriser. Mais il faut le faire dans nos collectivités. Les provinces ont cette compétence-là. Dans l’enseignement, celle qui la travaille plus, c’est la province Sud par rapport au Nord et aux Îles, ce qui est quand même aberrant.

M.D. ©M.D.

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