Gérer le risque requin

Après la disparition d’un windsurfeur et la signalisation d’un requin agressif dans la zone où il avait évolué (récif Ricaudy), la mairie de Nouméa et la province Sud ont procédé à l’élimination de deux requins-tigres. D’autres signalements sont survenus ces derniers jours.

Quelque 200 personnes ont rendu hommage, dimanche, à Nicolas Baucher, le windsurfer disparu le 10 juin, alors qu’il naviguait près du récif Ricaudy. Les recherches, on le rappelle, n’ont pas permis de le retrouver. Seul son harnais – qui présentait des traces de morsures attribuées à un requin-tigre de grande taille – a permis de privilégier la piste d’une attaque. Dans la foulée, plusieurs témoignages concordants faisant état de la présence dans cette zone d’un squale de grande taille, au comportement déviant et agressif, ont convaincu les autorités à agir. À la demande de la mairie de Nouméa, dans le cadre d’une dérogation prévue par le code de l’environnement, les services de la province Sud ont procédé à l’élimination de deux requins-tigres. Contrairement aux opérations de régulation menées sur les requins bouledogues, cette initiative ponctuelle visait à protéger les usagers du lagon d’un autre accident. Les conclusions des autopsies n’ont, pour l’instant, pas permis de déterminer si ces squales étaient à l’origine de la mort du jeune homme, mais fait e rayant, la tête d’un gros chien avec un épais collier a été retrouvée dans le corps d’une des bêtes. Des analyses complémentaires sont attendues.
Dans les jours suivants, des signalements ont été donnés à la Baie-des-Citrons, en baie de Toro et baie Maa (Païta) obligeant les autorités à interdire l’accès à la plage. Début juin, Poé et Pandop ont aussi été concernés.

Un risque pour la vie humaine

Cet évènement a une nouvelle fois animé les conversations. Sur Facebook, la page Nouvelle-Calédonie Prévention requin, au même titre que de nombreux Calédoniens, a trouvé cette opération parfaitement légitime au regard du contexte, et ce, afin d’éviter d’autres drames. On a trouvé que les autorités prenaient leurs responsabilités, avec une réponse proportionnée, visant à protéger les personnes pratiquant des activités nautiques. A contrario, plusieurs associations dont Sea Shepherd, WWF, Caledoclean, SOS Mangroves continuent de s’opposer aux pratiques létales qu’elles jugent « inefficaces et obsolètes ne traitant que superficiellement le risque requin en Nouvelle-Calédonie ». Pour Sea Shepherd, cette décision s’est en l’occurrence basée sur un accident dont l’origine n’est pas clairement identi ée et sur un « délit de sale gueule » du requin « sacri é sur l’autel de notre ignorance ». De son côté, Ensemble pour la planète, évoque « une boucherie inutile et dangereuse ». EPLP regrette que les ateliers tenus en septembre dernier sur cette question « trouvent ce genre d’aboutissement ».

Axes de travail

Les « ateliers de la biodiversité : de la prévention à la gestion du risque requin – solutions partagées », organisés par la province et réunissant une soixantaine d’acteurs du monde de la mer, ont bien permis de dé nir plusieurs grands axes de progression qui ne sont pas oubliés de part et d’autre : la nécessité de mieux connaître les requins et les dispositifs de gestion (déplacements, comportements, attaques, technologies et mesures de protection…) ; de réglementer, contrôler et sanctionner fortement les comportements attirants ou sédentarisant les requins ; d’accélérer le rétablissement de la qualité des eaux côtières (assainissement des eaux urbaines, rejets agricoles et industriels…) ; d’accompagner la lière pêche « sans la pénaliser » ou encore de renforcer la communication permettant une connaissance des requins, leur rôle et les bons comportements.
La régulation, en revanche, n’a jamais fait consensus. Ses détracteurs évoquaient déjà un manque de fondement scientifique, la place du requin dans l’écosystème, sa qualité d’espèce protégée ou encore le fait que la régulation « n’agit pas sur la cause » du problème. D’autres acteurs étaient favorables, dans le cadre d’un plan d’action intégrant une maîtrise des causes, à une régulation en cas de prolifération, de présence continue dans une zone de baignade, de sédentarisation. Ils évoquaient la xation d’un quota en fonction d’un recensement avec valorisation des carcasses. L’impact sur l’image touristique et le stock de poissons avait aussi été discuté. On parlait surtout du requin bouledogue dont certains spécimens ont depuis été bagués, ce qui n’est pas le cas des requins-tigres. Les autorités, à qui il revient de protéger à la fois les populations et la biodiversité, doivent s’attacher à trouver un juste équilibre. Et vu la tournure que prennent les choses en bord de mer, le sujet est loin d’être clos.


Le Sénat coutumier contre les abattages

La commission environnement du Sénat coutumier a pris position, le mercredi 24 juin, contre l’abattage des requins décidé par la province Sud à la demande de la mairie de Nouméa. Les sénateurs ont jugé urgent de se prononcer sur la question et ont qualifié ces pratiques de « gratuites ». Pour les coutumiers, les requins sont des animaux totémiques et sont protégés dans certains districts.

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