Fruits et légumes : Unis pour davantage de compétitivité

Les acteurs des filières fruits et légumes viennent de créer une interprofession autour du gouvernement. Un grand pas pour l’agriculture calédonienne qui a souffert durant de nombreuses années d’actions indépendantes les unes des autres, sans concertation ni logique. Cette avancée marque une évolution qui devrait également toucher d’autres filières, mais est aussi une nécessité à la veille de l’instauration de la taxe générale sur la consommation. 

Elle n’a pas suscité la liesse populaire et pourtant, la création de l’interprofession fruits et légumes est un événement pour le monde agricole et plus largement pour les consommateurs. Le chemin promet d’être long et caillouteux mais la création de cet espace, présenté officiellement au gouvernement jeudi 5 novembre, constitue une avancée significative. Ce rapprochement des professionnels marque un véritable changement pour l’agriculture calédonienne dont la grande majorité des acteurs a longtemps joué cavalier seul. Des habitudes qui ont pesé sur la diversification, la qualité et, plus généralement, sur la compétitivité de notre agriculture.

Rapprocher les « ennemis » d’hier

Cette interprofession va notamment rapprocher les producteurs calédoniens des distributeurs, ce qui serait un pas pour donner aux premiers une meilleure visibilité pour l’écoulement de leurs produits. Des commandes sûres et régulières sont un gage pour une augmentation de la production (la production de fruits et légumes couvre aujourd’hui un peu moins de la moitié des besoins), une baisse des prix et donc une meilleure compétitivité. Plutôt que de se concurrencer, producteurs et importateurs pourront également saisir des opportunités de se spécialiser, offrant au passage une plus grande diversification de l’offre au profit des consommateurs.

L’idée est bien de faire en sorte que la production locale de fruits et légumes soit davantage présente dans la consommation des Calédoniens. C’est le cas pour la grande distribution, mais pas seulement, puisqu’elle ne constitue qu’une petite partie de l’écoulement de la production. Hôtels, services de gamelles, restauration collective et plus précisément scolaire (dans laquelle les fruits et légumes frais sont trop peu présents). Pour être davantage présente, l’offre locale devra donner des garanties d’approvisionnement. Cet « événement » est à remettre dans un contexte d’évolution plus générale pour l’agriculture calédonienne. Il y a tout d’abord l’adoption de la nouvelle politique agricole lancée par la province Sud en juin 2014. Une politique ambitieuse qui doit permettre de rendre le pays autosuffisant du point de vue alimentaire d’ici 2025.

Les premières mesures concrètes commencent d’ailleurs à être déclinées (c’est le cas des baux ruraux accompagnés d’une incitation fiscale dont le projet a été déposé au Congrès et qui vise à favoriser l’installation d’agriculteurs, en particulier des jeunes). Seul problème, cette politique à visée territoriale reste provinciale. La province Nord semble toutefois intéressée par l’initiative. Son président a reçu son homologue du Sud au mois d’octobre, précisément sur cette question. Un point positif qui rappelle les limites des répartitions de compétences, en particulier sur ce type de dossier.

Compétitivité et risque inflationniste

Autre action, privée et un peu plus ancienne, la création du cluster ou grappe d’entreprises Cap agro en novembre 2013. Il permet de tisser un réseau de professionnels dans le but de mener des opérations de lobbying et, plus largement, de trouver des synergies pour développer les filières, en particulier en matière d’export. Si le fait d’en parler fait parfois sourire, l’exportation pourrait être un des leviers du réveil de la production calédonienne. Notre système souffre de l’étroitesse du marché. Une fois le marché saturé, les producteurs se retrouvent dans l’incapacité d’écouler leurs produits, ce qui les prive du même coup de revenus, un phénomène renforcé par la saisonnalité de la production calédonienne (moindre en période chaude). Un moyen d’éviter l’alternance de pénurie et de surproduction serait précisément l’exportation.

Derrière ces avancées se dessinent la question de la vie chère et le risque inflationniste lié à l’instauration de la taxe générale à la consommation (TGC), prévue en juillet 2016. Si l’on ne sait pas encore très bien quelle forme elle prendra, le gouvernement prend très au sérieux l’augmentation des prix qui pourrait l’accompagner et qu’aurait bien du mal à avaler les Calédoniens qui en attendent précisément l’effet inverse. Un des enjeux de l’interprofession, grâce à l’amélioration de la compétitivité, est de contenir cette possible flambée des prix. Reste à savoir si les professionnels parviendront à se mettre d’accord.

M.D.

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