Francofolies 2026 : l’œil du fin connaisseur

« C'est vers cela que doit tendre, selon moi, notre réseau : non pas une succession de festivals qui portent le même nom, mais une véritable communauté artistique qui échange, crée et fait circuler les talents », appuie Gérard Pont. © Guillaume Souvant / AFP

Le festival musical gagnera, vendredi 11 et samedi 12 septembre, le Centre culturel Tjibaou pour une nouvelle édition. Gérard Pont, le grand patron des Francofolies, un événement implanté en Métropole, mais aussi à l’étranger, analyse la place de Nouméa dans le réseau, détaille ses souhaits et exprime sa vision.

  • FAMILLE

Le festival s’est installé à Nouméa en 2017. Une nouvelle édition illuminera le Centre culturel Tjibaou, vendredi 11 et samedi 12 septembre. « Les Francofolies de Nouvelle-Calédonie occupent une place très singulière, et je dirais même très précieuse, dans la famille des Francofolies, observe Gérard Pont, cofondateur et codirigeant du groupe Morgane, propriétaire de l’événement international. Lorsque les Francofolies sont nées à La Rochelle, il y a plus de quarante ans, l’idée était de donner une scène à toutes les expressions de la chanson et des musiques francophones. »

Les artistes de toute la Francophonie ont figuré à l’affiche et « au fil du temps, cette idée a voyagé, s’est enrichie au contact d’autres territoires et d’autres cultures. Et c’est exactement ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie. Nouméa est géographiquement très éloignée de La Rochelle, mais c’est justement ce qui rend ces Francofolies passionnantes : nous sommes au cœur du Pacifique, à la rencontre de cultures, d’identités et de sensibilités différentes ». Selon Gérard Pont, « des Francofolies réussies, ce ne sont pas des copies de La Rochelle à l’autre bout du monde. Elles doivent ressembler au territoire qui les accueille. Celles de Nouvelle-Calédonie ont cette personnalité-là, grâce à Chris [Tatéos- sian, directeur de l’événement à Nouméa] et son équipe. Et c’est ce qui fait sa force ».

Outre dans la Charente-Maritime et sur le Caillou, l’oriflamme des Francos est planté à Tahiti, à Montréal au Canada, à Esch-sur-Alzette au Luxembourg, à Spa en Belgique et à La Réunion. D’ailleurs, « nous allons créer une association des maires des villes des Francofolies, et j’espère que Sonia Lagarde en fera partie ».

  • À VENIR

La programmation de l’édition 2026 à Nouméa est « particulièrement réussie parce qu’elle raconte plusieurs générations et plusieurs visages de la musique francophone », apprécie le successeur du fondateur des Francofolies, Jean-Louis Foulquier. L’inoxydable Jean-Louis Aubert, âme du groupe Téléphone, croisera, par exemple, Helena, représentante des nouveaux talents de la pop en langue française. Qui foulera les mêmes planches que les artistes locaux Red Lemons ou encore Mayura. Le rock renverra la balle au rap et au reggae… « C’est exactement la philosophie que je défends : provoquer des rencontres, insiste Gérard Pont. Entre des artistes reconnus et des artistes à découvrir », mais aussi « entre ceux qui arrivent et ceux qui sont d’ici ».

  • TERRITOIRE

Le copilote de Morgane Production est frappé par la « diversité » de la scène musicale calédonienne « et surtout sa capacité à faire dialoguer plusieurs influences ». Même si la Nouvelle-Calédonie possède « une identité culturelle extrêmement forte », sa musique se dirige aisément vers « le reggae, le kaneka, le rock, le rap, la chanson, la pop ou les musiques électroniques ».

Cette ouverture est « une richesse ». Gérard Pont croit « beaucoup à la nécessité de créer des passerelles pour les artistes calédoniens ». La grande famille des Francofolies peut ainsi faciliter cette circulation artistique. Le festival est un tremplin pour des Calédoniens leur permettant d’être repérés et, possiblement, de s’exprimer dans le réseau francophone. « Il faut que la route fonctionne dans les deux sens, note ce fin connaisseur des scènes musicales. Ce fut le cas avec Gulaan, Tyssia, Ykson, Atelemo Laualiki, Boagan, Vincent C… »

  • PARTAGE

Ces soirées, telles que celles des Francofolies, créent « un moment où une population se retrouve », souligne Gérard Pont, Brestois de naissance. « Et je pense que cela prend une résonance particulière aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie », profondément marquée par les crises successives. Cet homme du spectacle, qui gère également le Printemps de Bourges, est toujours fasciné par l’écrin des Francofolies, le Centre culturel Tjibaou, « un lieu extraordinaire, porteur d’une histoire et d’une identité très fortes ».

Et pour le réseau des Francofolies, « la Nouvelle-Calédonie est tout aussi importante. Notre vocation est précisément de montrer que la francophonie musicale n’a pas un centre avec une périphérie. Elle est faite d’une multitude de territoires qui ont chacun quelque chose à apporter aux autres ».

  • DEMAIN

Question : vers quelles évolutions peut tendre le festival de Nouméa ? Gérard Pont conseille d’abord de ne pas céder à une tentation : « vouloir grandir uniquement en faisant plus gros ». Parce que « le succès d’un festival ne se mesure pas seulement au nombre de spectateurs ou de têtes d’affiche. L’enjeu, à mes yeux, est plutôt de devenir encore plus profondément calédonien tout en étant encore plus connecté au reste du monde francophone ». Ce qui signifie l’accueil d’artistes reconnus et réputés, mais aussi l’accompagnement de musiciens et interprètes locaux, la mise en place de résidences et la création entre Calédoniens et talents venus d’ailleurs, le travail avec les jeunes ou encore la circulation des artistes entre les différentes Francofolies…

La structure calédonienne a d’ailleurs bâti une stratégie de développement 2027-2029 intégrant différents points. Gérard Pont en est convaincu, « la Nouvelle-Calédonie, par sa position au cœur du Pacifique et par la richesse de ses cultures, a énormément à apporter aux Francofolies du monde ».

Yann Mainguet

À l’affiche

Vendredi 11 septembre, de 19 heures à minuit : Jean-Louis Aubert, Helena, Guillaume Amarnier et Red Lemons.

Samedi 12 septembre, de 17 heures à minuit : Jok’Air, Blaiz Fayah, Kuby et Mayura.

Au Centre culturel Tjibaou
Billetterie : www.tickets.nc/francofolies-nc-2026