Dopé par la signature des accords de Matignon et de Nouméa, le partenariat entre le Palika – et par effet ricochet, le FLNKS – et le Parti socialiste s’est éteint pour des raisons bien souvent nationales. Au fil des récents épisodes de tension, le Front nouveau format a construit une relation politique soutenue avec LFI, La France insoumise.
L’intervention a rappelé de vieux souvenirs. Arthur Delaporte, député du Parti socialiste originaire du Calvados, a proposé, lundi 27 octobre, en commission mixte paritaire, une nouvelle rédaction du titre du texte de loi visant à reporter la tenue des élections provinciales au plus tard le 28 juin 2026. L’intitulé, adopté par les élus, n’intègre plus la mention de l’accord de Bougival, mais invite à « la poursuite de la discussion en vue d’un accord consensuel sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie ».
Une remarque du parlementaire en dit long d’ailleurs sur la position du groupe politique, à l’heure déjà des calculs sur le probable vote du Parlement réuni en congrès à Versailles : « Les socialistes ne soutiendront pas de réforme constitutionnelle qui se ferait sans consensus. » L’initiative d’Arthur Delaporte éclaire une connexion ancienne entre sa bannière, celle du PS, et la Nouvelle-Calédonie, ou plus exactement, le FLNKS et sa composante Palika, avant de grands bouleversements.
« LIAISON DIRECTE »
Peu après sa naissance, en 1984, le Front de libération nationale kanak et socialiste reçoit, dans une mouvance anti-impérialiste, le soutien de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) d’Alain Krivine et de Lutte ouvrière (LO) d’Arlette Laguiller. C’est-à-dire, de l’extrême gauche. Cependant, la signature des accords de paix, de Matignon, avec le Premier ministre, Michel Rocard, en 1988, puis de l’accord de décolonisation, de Nouméa, avec Lionel Jospin en 1998, amène à un rapprochement avec le Parti socialiste.
Le Palika entretient ce lien, car les deux partis partagent « des valeurs de gauche, comme la solidarité et le progrès social », explique l’élu des îles Loyauté, Charles Washetine. « La liaison est même directe entre ici et Paris » quand la formation à la rose est au pouvoir, estime un observateur de la vie politique. Le Parti de libération kanak de Paul Néaoutyine organise quelques primaires sur le territoire pour la désignation du candidat PS à l’élection présidentielle, et converse régulièrement avec le siège national des socialistes sur des points d’actualité.
Certains voient même dans le nom de baptême du lycée Michel-Rocard, à Pouembout, inauguré par Najat Vallaud-Belkacem en octobre 2016, une traduction de ces rapports soutenus. Néanmoins, le PS ne franchit pas, dans ses déclarations officielles, la ligne de la revendication de la pleine souveraineté, mais évoque davantage l’autonomie la plus large et la collectivité « sui generis ».
De leur côté, le Palika et le FLNKS n’ont pas une relation exclusive avec l’organisation politique nationale, échangent avec d’autres mouvements de gauche, et tentent de multiplier leurs contacts à l’international.
EFFONDREMENT
Et les fils de la coopération se sont distendus. « Une longue éclipse », constate un commentateur calédonien. Il y a diverses raisons. Tout d’abord, le saut générationnel. Michel Rocard est décédé… Alain Christnacht, Pierre Joxe, Lionel Jospin… qui s’étaient occupés de la Nouvelle-Calédonie, ne sont plus aux affaires. Le flambeau n’a pas été repris. Une seule personnalité s’est inscrite dans ces pas : Manuel Valls… qui a quitté le Parti socialiste. Au-delà de la fragmentation du bloc de gauche dans la représentation nationale, l’effondrement même de la direction du parti et de ses scores électoraux a ensuite joué fortement. Des militants voient une rupture globale en 2017, au moment de la candidature ratée de Benoît Hamon à l’élection présidentielle.
Le temps s’est écoulé, jusqu’à la transformation du FLNKS l’an dernier, sous le coup de l’examen contesté du projet de loi constitutionnelle sur le corps électoral provincial et des émeutes. La recomposition du Front, avec l’entrée de cinq structures politiques et le retrait de deux « historiques », plus modérés, le Palika et l’UPM, a scellé une orientation plus extrême vers le mouvement de La France insoumise. La visite des parlementaires LFI, Mathilde Panot et Bastien Lachaud, en mai, réclamant la libération « des prisonniers politiques » de la CCAT, a confirmé haut et fort le soutien à la coalition indépendantiste. « De l’opportunisme, même une instrumentalisation du dossier calédonien, dans le but d’une déstabilisation d’Emmanuel Macron », condamne un élu à Nouméa.
Dans un article du média L’Express titré « Pourquoi LFI ne jure plus que par la «Kanaky» », la journaliste Alexandra Saviana estime qu’« après des décennies d’oubli, une partie de la gauche fait de la Nouvelle-Calédonie un symbole central de la lutte anticoloniale ». Les partisans FLNKS nouveau format du rapprochement avec l’enseigne de Jean-Luc Mélenchon voient, eux, une convergence d’idées, défendues par 71 députés au palais Bourbon.
Signe d’une ligne PS désormais lointaine, Emmanuel Tjibaou et Robert Xowie, tous deux cadres de l’Union calédonienne, siègent dans le groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) à l’Assemblée nationale pour le premier, et dans les allées Communiste républicain citoyen, écologiste – Kanaky au Sénat pour le second. Le S, pour socialiste, dans le sigle FLNKS, interroge dorénavant.
Yann Mainguet

