Le soutien financier de l’État prévu pour cette année ne suffira pas. Le gouvernement l’a confirmé, mercredi 19 août. Et il faut réussir à construire le budget 2027. Le déplacement de la délégation transpartisane à Paris, début septembre, sera déterminant.
Le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, avait sonné l’alerte, mercredi 5 août, sur la recherche de 13 milliards de francs et le risque de « shutdown complet » de la collectivité. Avant et après le signal d’urgence, le chef de l’exécutif a échangé avec Amaury Decludt, inspecteur des finances et directeur de la Mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie. L’annonce est tombée mercredi 19 août, sans grande surprise, à la suite du feu vert donné par l’État la nuit précédente depuis Paris : le versement d’une nouvelle tranche du prêt garanti accordé à la Nouvelle-Calédonie à hauteur de 115 millions d’euros, soit environ 13,7 milliards de francs. Et ce, afin de satisfaire les besoins du Ruamm, du régime retraite, des provinces, des communes, etc.
Ce décaissement « sans condition », selon Milakulo Tukumuli, est attendu à la fin du mois. Ce qui « nous permettra de passer le cap de septembre » et ainsi éviter l’ombre de la cessation de paiements à très court terme, éventualité mentionnée mercredi 5 août.
« CREUSER LA PLAIE »
En loi de finances, l’État a prévu un soutien de 51,6 milliards de francs pour le territoire cette année : 7,2 milliards en subvention et 44,4 milliards en prêt garanti par l’État. Dans ce dernier montant, 16,8 puis désormais 13,7 milliards ont été et vont être décaissés. Le disponible s’élève donc à 21,1 milliards. Une part certaine – la dernière tranche du PGE de près de 14 milliards de francs – devra être mobilisée dès octobre, mais cette fois, la décision de versement sera très probablement assortie d’une condition de réformes.
Toutefois, « il ne faut pas encore creuser la plaie qui fait déjà mal », prévient, à travers une image, Pierre-Chanel Tutugoro, président du groupe Kanaky NC au Congrès. Ces projets de révision profonde devraient être précisés et déposés sur le bureau du boulevard Vauban, à la suite d’un séjour déterminant à Paris. La mission transpartisane, composée de membres du gouvernement et du Congrès ainsi que des parlementaires calédoniens, rencontrera, en effet, dans la capitale tricolore, du 1er au 5 septembre, le Premier ministre, les ministres des Finances et des Outre-Mer, mais aussi les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale. L’ambition est claire, « nous avons besoin d’avoir des moyens », reconnaît Virginie Ruffenach, présidente du Congrès.
DÉPENSES DE SANTÉ
Milakulo Tukumuli l’a confirmé, l’enveloppe globale, chiffrée à 51,6 milliards de francs, ne permettra pas de tenir jusqu’à la fin de l’année et de couvrir le mois de janvier 2027. Il manquerait entre 12 et 13 milliards de francs. Sans compter le montant nécessaire au fonctionnement de la Nouvelle-Calédonie pour l’an prochain, estimé à 60 milliards de francs, à aller chercher auprès de l’État. Puisqu’avec un taux d’endettement à plus de 400 %, nul organisme bancaire ne veut prêter.
Le pacte de refondation prévoit l’octroi de 44 milliards de francs sur la période 2027-2030. Ce qui exigerait donc une sollicitation supplémentaire de 20 milliards, environ, pour assurer le budget à venir du territoire. Des élus du Congrès ont mentionné cette somme souhaitée en sus, au terme d’une commission plénière sur la situation financière et budgétaire de la Nouvelle-Calédonie, mercredi 19 août. La seule voie possible pour l’inscription de ces 20 milliards s’avère le prochain projet de loi de finances national.
À Paris, il va donc falloir se battre. La construction du budget 2027 de l’archipel va « dépendre, pour l’instant, de la générosité de l’État, des équilibres qui vont être trouvés dans la discussion, qui va être difficile », admet Philippe Blaise, membre du gouvernement en charge du secteur. Pour l’élu loyaliste, l’indispensable relance économique à soutenir permettra de sortir de l’aide annuelle de 50 milliards de la République. De plus, « la grosse marge de manœuvre, c’est sur la centaine de milliards de dépenses de santé du Ruamm », ainsi « sans remettre en question la qualité du service rendu aux Calédoniens, nous devons regarder si l’on peut aller chercher quelques pourcents d’économies ». Le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, prononcera sa déclaration de politique générale lundi 24 août devant le Congrès. Cet exercice imposé dessinera certainement les contours des proches réformes attendues et la trajectoire financière espérée.
Yann Mainguet
Coup de pouce
Le gouvernement a attribué, mercredi 19 août, une subvention exceptionnelle d’un montant de près de 500 millions de francs à la Cafat. Cette somme est destinée à financer l’allocation exceptionnelle de maintien dans l’emploi (AEME), créée par la loi du pays du 19 août 2025 instituant des mesures de soutien à l’emploi en Nouvelle-Calédonie et des régimes de chômage total de droit commun. Prolongée une première fois du 1er janvier au 31 juillet, l’AEME doit bénéficier d’une nouvelle prolongation prévue du 1er août au 31 décembre.

