Fin mal barrés … et ça fait du bien d’en parler !

Son téléphone sonne. Mais « il est mieux planqué qu’un délinquant de Saint-Louis ! » Voilà qui commence fort. Sur scène, Marithé Siwéné présente son nouveau one-woman- show. Comme tous les soirs, la salle Sisia du centre Tjibaou affiche complet. On s’est donné le mot et, franchement, on n’est pas déçu… 

Fin mal barrés, c’est l’histoire contemporaine des Calédoniens. De tous ceux qui peuplent la Calédonie. Et de ce fameux référendum « qu’on attend depuis 30 ans » et qui, peut-être d’ailleurs, « comme une compagnie low cost, ne viendra jamais ». Un contexte un peu particulier qu’ont décidé d’évoquer Jenny Briffa, journaliste, et la comédienne Marithé Siwéné, amies depuis leurs années collège à Boulari au détour d’une conversation sur leur Caillou et ses travers. Finalement, c’est sur les écrits de son amie que Marithé Siwené campe une métisse kanak- caldoche plutôt urbaine, coquette, qui hésite entre l’indépendance ou le maintien du pays dans la France. Et elle interprète, comme à son habitude, d’autres personnages, une belle brochette de portraits calédoniens. La mise en scène est signée Sarkis Tcheumlekdjian.

Le choix d’un spectacle comique s’est imposé comme une évidence. Et on rit bien volontiers à gorge déployée quand on apprend que pour pouvoir voter, « être né à Gaston-Bourret, c’est comme avoir un diplôme de Harvard », ou quand on imagine « un mec qui sort du coma après trente ans et qui se rend compte que rien n’a avancé », si ce n’est que Frogier a « hissé le drapeau kanak », que « Gomès est indépendantiste » et que « Néaoutyine est loyaliste ».

Qu’on se rassure, tout le monde en prend pour son grade : les politiques, le Congrès (ou les « Feux de l’amour »), les « Experts » de l’avenir institutionnel, les « Coyotes » de l’avenue de la Victoire, les liftées des quartiers sud, Air Calédonie, la société « Le Chaud », les médias (superbe Radio bananée !), les journalistes, les fonctionnaires, le haut- commissariat, Saint-Louis, les couleurs des sportifs cagous (gris et rouge) qui sont « moches » (enfin, c’est dit), ou encore de ces moments où il faut « se transformer en Colombo pour commander un café dans les îles ». On parle aussi et, c’est encore plus caustique… des femmes qui se prennent des marmites en pleine tête, des enfants à qui l’on « casse les dents »…

On reconnaît la plume journalistique dans ce spectacle. Jenny Briffa voit juste avec ce portrait d’une Calédonie pleine de dureté, de contradictions, mais aussi de richesses. Et surtout, elle tape là où ça fait mal, sans pour autant trop gêner, usant plutôt de l’humour pour rassembler, au-delà des clivages identitaires et politiques à l’approche de ces échéances, qui, c’est vrai, nous pèsent à tous un peu lourd sur les épaules. Le spectacle fait du bien. Et montre, si besoin était, qu’il est temps de « libérer la parole ».

Fin mal barrés a rajouté deux dates à Nouméa (vendredi et samedi), mais elles sont déja complètes. Le spectacle voyagera  à Koné et Koumac la semaine prochaine (4 et 7 juillet). On ne peut que le recommander.

C.Maingourd.

©Gweltaz Kergoat

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