Feux de forêt, une année de triste record

2019 est la pire année en matière d’incendies depuis 2001. Alors que la saison n’est pas terminée, plus de 30 000 hectares sont déjà partis en fumée. Les soldats du feu sont mobilisés aux quatre coins du territoire, mais à chaque avancée, ils sont rattrapés par de nouveaux départs de feu criminels.

Certains en ont eu les larmes aux yeux. Quatorze ans après l’incendie de la montagne des Sources qui avait ravagé 5 000 hectares, le scénario se répète. Le 30 novembre, un incendie a rapidement dégénéré à proximité de la rivière de la Coulée, remontant dans la vallée. Il semblerait que l’origine du sinistre soit due à un barbecue mal maîtrisé et alors même que les feux à usage non domestique sont interdits en raison d’un risque extrême. En quatre jours, plus de 2 200 hectares ont brûlé et, mardi, la Direction de la Sécurité civile estimait qu’il faudrait encore une semaine pour maîtriser les flammes sans pour autant parvenir à éteindre l’incendie qui devrait mobiliser les pompiers plusieurs jours après l’arrêt de la progression des différents fronts.

Mais les perspectives restent encore incertaines, d’autant qu’en marge de la lutte des pompiers, des pyromanes pourraient avoir rallumé des foyers en arrière du front. Jusqu’à présent, les pompiers sont toutefois parvenus à protéger la montagne des Sources, point névralgique qui est le réservoir d’eau du Grand Nouméa. La répétition des incendies, sur un même site, est très destructrice et les conséquences d’un nouveau brasier sur cette zone dont la biodiversité est particulièrement riche seraient catastrophiques. Source de la quasi-totalité de l’approvisionnement en eau potable de Nouméa, la destruction des forêts va dégrader la qualité des eaux de la Dumbéa et imposer un recours à l’eau prélevé dans la Tontouta. Un changement qui aura des conséquences en termes de prix pour les usagers qui paieront leur eau bien plus chère.

Un triste bilan pour la biodiversité

Malgré la taille du sinistre, seule la destruction d’une habitation est pour le moment à déplorer. Les pertes en matière de faune et de flore sont en revanche catastrophiques. Un botaniste de l’IAC, qui avait découvert, en 2016, une espèce micro-endémique, le Pichonia munzingeri, n’a pu que retrouver l’ensemble des spécimens consumé. La population découverte comptait une dizaine de pieds. Reste l’espoir que quelques-uns survivent. Dans le cas contraire, une espèce se sera peut-être éteinte lors de cet incendie.

La progression des flammes a par ailleurs touché la forêt Desmazures, qui est une autre zone particulièrement riche. Au total, une soixantaine de personnes sont engagées sur ce feu de forêt, appuyés par les quatre hélicoptères. Des moyens relativement modestes pour un feu de cette dimension et qui masque le fait qu’il ne reste plus de moyens aériens pour le reste du territoire qui brûle tout autant voire davantage que le Sud.

Le 2 décembre, l’Observatoire de l’environnement produisait un bilan plutôt triste. Selon les observations satellite, près de 37 000 hectares ont brûlé sur l’année 2019, de quoi en faire la pire année, en termes de superficie depuis 2001, année du début du suivi. À titre de comparaison, l’année 2017, une année catastrophique, avait vu la destruction de 23 600 hectares. Des chiffres d’autant plus inquiétants que la saison est peut-être loin d’être terminée.

Un manque de réflexion

Si l’incendie de la Coulée est nettement plus médiatisé que les autres en raison de la nature de la montagne des Sources et la proximité avec l’agglomération, la situation est assez préoccupante ailleurs. C’est le cas de Thio où un incendie en cours a pénétré dans la forêt de la Saille qui affiche une biodiversité particulièrement riche en matière de flore. L’association Endemia y avait d’ailleurs récemment fait des relevés. Selon le communiqué de l’Œil, 37 périmètres abritant des espèces menacées ont été touchés par les incendies, 456 zones de forêt et 566 de maquis dense.

Le 29 novembre, l’association, qui contribue à la connaissance et la préservation de la biodiversité, organisait un atelier sur la flore en présence d’une cinquantaine d’experts et notamment de l’autorité « liste rouge » pour la flore endémique de Nouvelle- Calédonie. Un bilan de cinq ans de travail a été présenté et est relativement sans appel. Le groupe a examiné la situation de 1 700 espèces sur les 3 600 existantes et parmi elles, 40 % sont menacées d’extinction à court ou moyen terme et ce sont bien les incendies qui constituent la principale menace. Une ombre au tableau de la Calédonie qui doit accueillir l’atelier régional de l’IPBES « Biodiversité en Océanie », au mois d’avril 2020.

Les réponses des collectivités sont relativement limitées et suscitent la colère de certaines associations. C’est le cas du WWF ou encore de Dumbéa Rivière vivante qui dénoncent une inaction des pouvoirs publics malgré les alertes répétées des associations de défense de l’environnement. Si une grande partie de la population a clairement conscience de la gravité de la situation, certains mettent le feu délibérément ou de manière non intentionnelle faute de précautions.

Mais en matière de sensibilisation ou de prévention, on peut dire que les actions sont plutôt limitées. La dernière campagne de sensibilisation contre les feux remonte à 2015. Rien depuis… Une situation qui rappelle singulièrement celle de l’insécurité routière. Son coût global pour la société est estimé à près de 35 milliards de francs par an et les collectivités peinent à financer quelques affiches pour sensibiliser les plus jeunes. Si l’on ne peut pas parler d’inaction complète, on ne peut que constater l’absence de réflexion au plus haut niveau et surtout le manque d’écoute des propositions émanant du terrain. On peut d’ailleurs s’étonner qu’aucun arrêté interdisant les feux d’artifice qui commencent à fleurir dans les magasins n’ait été pris.


La saison cyclonique approche

Météo France et le service météo du gouvernement ont présenté leurs prévisions pour la saison cyclonique à venir. Selon ses observations, l’année serait plutôt neutre, c’est-à-dire ni marquée par le phénomène El Niño, ni par le phénomène La Niña. Si cette tendance plutôt neutre présente cependant autant de risques de formation de cyclones que d’habitude, le service de la météo du gouvernement s’attend à un déficit de pluie aussi bien en Australie qu’en Nouvelle-Calédonie. Il faut donc s’attendre à une sécheresse un peu plus marquée que d’habitude alors même que certains animaux commencent à mourir du manque d’eau. Sans parler de l’allongement de la période à risque pour les incendies.

M.D. ©D.R.

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