Faute de moyens, Scal’Air ne peut plus assurer toutes ses missions

Les subventions du gouvernement baissent depuis trois ans. Après avoir largement pioché dans ses ressources propres, l’association de surveillance de la qualité de l’air n’a plus d’argent. Conséquence, elle annonce la suspension de certaines de ses activités.

« Nous sommes obligés de prendre des mesures drastiques parce que nous n’avons plus les moyens d’assurer un certain nombre de nos missions » annonce Nina Julié présidente de Scal’Air, lors d’une conférence de presse le vendredi 1er avril. En cause ? La baisse des subventions octroyées par le gouvernement depuis trois ans. « La réglementation prévue par la loi sur l’air ne peut donc pas être mise en œuvre comme elle le devrait. » Un plan « douloureux » qui se fait au détriment de la surveillance de la qualité de l’air.

Arrêt de l’Anse-Vata 

La mesure la plus symbolique est l’arrêt de la station de l’Anse-Vata. La seule de Nouméa qui n’était pas liée à l’activité industrielle mais urbaine. « Elle représentait une référence pour la mesure de la pollution de fond sur la commune au niveau du dioxyde de soufre, du dioxyde d’azote, de l’ozone et des poussières fines », explique Alexandra Malaval-Cheval, directrice de Scal’Air. Ses analyses servaient de point de comparaison en cas de période inhabituelle. « Nous n’aurons plus que des stations industrielles ou proches des industries pour se référer, et il n’y aura plus d’indication de la qualité de l’air sur le sud de la ville. »

Faire payer les « pollueurs»

Les campagnes assurées par le laboratoire mobile depuis 2010 connaissent, elles aussi, un coup d’arrêt. Or, ce dernier servait à opérer des suivis dans des quartiers non surveillés, par exemple pour mesurer le trafic routier le long de la VDO ou sur l’avenue Gallieni. Cette année, c’était le long de la Savexpress qu’il devait se positionner. Finalement, il restera « rangé au placard ». « C’est comme un retour en arrière », glisse Alexandra Malaval-Cheval, alors que Scal’Air devait développer son champ d’intervention et suivre, entre autres, les poussières fines PM 2,5 dans le Grand Sud et le monoxyde de carbone dans le Grand Nouméa.

« Conscients » de la situation budgétaire compliquée de la Nouvelle-Calédonie, les équipes avaient anticipé, assure Nina Julié, en proposant au gouvernement de faire porter la charge des financements sur les pollueurs. Sans résultat pour l’instant. « Le suivi doit être effectué par ceux qui émettent les polluants. Par exemple, pour les BTEX (qui émanent des carburants), il s’agit de demander aux pétroliers de s’en charger. »

Conséquences sur la santé 

L’enjeu est important parce que la pollution de l’air est la troisième cause de décès prématurés dans le monde, souligne Nina Julié. « La mauvaise qualité de l’air a des effets sur la santé et est responsable de 40 000 décès en France chaque année. » En Nouvelle- Calédonie, les études épidémiologiques sur le sujet sont rares. Deux ont été réalisées en 2012. « Elles montrent qu’il y a un lien entre la santé et les polluants. » Or, la prévision permet de mieux préserver la santé des gens. « Moins on mesure, moins on connaît la qualité de l’air et moins on peut prévoir les épisodes de pollution et anticiper les problèmes de santé. » La pollution de l’air, un sujet technique, invisible et… tabou ? « Oui, parce qu’on a un problème au milieu d’une capitale, donc commencer à dire que ça pollue et que ça entraîne des problèmes de santé… La solution, c’est qu’il faut travailler sur une nouvelle centrale dont émane principalement la pollution. »

 

Avec l’arrêt de l’Anse-Vata, il reste quatre stations : Logicoop, Montravel, Vallée- du-Tir et Faubourg-Blanchot. En plus du dioxyde de soufre, des oxydes d’azote, des poussières fines et des métaux lourds, celle de l’Anse-Vata, et c’était une de ses particularités, mesurait l’ozone.

 


Poussières fines, métaux lourds et benzène

Cette année, Scal’air poursuivra les prélèvements de poussières et de métaux lourds contenus. « C’est un polluant majoritaire, surtout sur Nouméa. Il dépasse régulièrement la valeur cible en nickel, donc c’était important pour nous de continuer et d’élargir les analyses, on va essayer d’en faire sur la zone du Mont-Dore », indique Alexandra Malaval-Cheval, directrice.

Autre priorité, la campagne BTEX, autour du benzène notamment. Ce sont des composés organiques volatils très toxiques qui émanent des carburants. « C’est important de continuer cette observation et de l’étendre au Grand Nouméa, en particulier autour des axes routiers. »

 


Retard dans l’agrément

Alors qu’elle l’a déposée il y a six mois, l’association n’a pas de réponse concernant sa demande d’agrément. Un label qui lui est indispensable pour nouer des partenariats avec des entreprises comme Koniambo Nickel SAS, précise Nina Julié, présidente de Scal’Air. « Cela nous prive de financements. »

Avec les deux autres métallurgistes, la SLN et Prony Resources, les relations sont bonnes. « Chacun met en œuvre son arrêté ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement, NDLR). »

 


Subventions

Après trois années de stagnation (16,5 millions de francs en 2017, 2018 et 2019), les subventions octroyées par le gouvernement ont diminué en 2020 (9,4 millions de francs) puis de façon plus draconienne l’an dernier (trois millions qui n’ont toujours pas été versés à ce jour, mentionne Nina Julié). En 2022, sur les 17 millions demandés par l’association, le gouvernement a inscrit 9,4 millions au budget. Pour s’en sortir, Scal’Air a puisé dans son fonds de roulement. « Aujourd’hui, on n’a plus de trésorerie. »

 

Anne-Claire Pophillat (© Archives A.-C.P. et A.-C.P.)

 

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