Faut-il plus de moyens contre les feux ?

La saison administrative des feux de forêt, qui a démarré le 15 septembre, devrait être particulièrement intense. En deux mois, l’Observatoire de l’environnement a déjà recensé près de 200 départs de feux. Des incendies, le plus souvent d’origine humaine, qui ont des conséquences environnementales et économiques catastrophiques. Malgré l’urgence, les collectivités se refusent à engager des moyens supplémentaires

Les années passent et se ressemblent tristement. Chaque sécheresse un peu marquée est synonyme de multiplication des feux de forêt. Ces incendies, qui sont quasi systématiquement d’origine humaine, qu’ils soient accidentels ou volontaires, dévastent littéralement le pays. L’été 2017 a été une année particulièrement noire. L’Œil, grâce à un outil utilisant les images satellite, estime que près de 25 000 hectares sont partis en fumée, soit cinq fois la surface de la commune de Nouméa ou 1,3 % de la surface totale du pays.

Au 30 octobre 2019, l’Observatoire a recensé près de 11 000 hectares brûlés. Un chiffre nettement supérieur à 2018 puisqu’à la même date, 3 000 hectares de forêt avaient subi le passage des flammes. Depuis le début d’année, l’Œil a observé 457 incendies, dont 42 % ont été enregistrés pendant la saison administrative des feux de forêt. Comme l’avait souligné les experts en 2017, ce genre d’année « exceptionnelle » est amenée à devenir une norme.

Et les conséquences sont loin d’être anodines. Sur le plan environnemental, les scientifiques de l’Œil ont dressé la liste des zones à forts enjeux qui ont été concernées cette année. Le 28 octobre, un incendie s’est notamment déclaré en plein périmètre Ramsar, au niveau des lacs du Grand Sud. La réserve du pic Ningua, à Thio, a également été touchée, tout comme à Moindou, où un patch de forêt sèche pourrait avoir été détruit. Pour mémoire, la forêt sèche représente environ 2 % sa superficie originelle. Un incendie a également été relevé à Bélep, mi-octobre, au niveau d’une zone avec un fort micro-endémisme. Selon les relevés de l’association Endémia, pas moins de 24 espèces endémiques et 37 espèces micro voire nano endémiques étaient réunies dans la zone.

Conséquences environnementales et économiques

Les conséquences ne sont pas seulement environnementales. Le feu est un facteur particulièrement aggravant de l’érosion qui a lui même pour effet de dégrader la ressource en eau, sans même parler des risques de glissement de terrain et des risques pour les populations, comme on a tristement pu le voir à Houaïlou avec la mort de trois personnes en 2016. La dégradation de la ressource en eau pèse aussi lourdement sur le développement économique, l’agriculture et l’implantation des populations, avec des surcoûts d’adduction en eau potable. Enfin, le tourisme aime relativement peu les incendies qui, comme l’a illustré le sinistre de Deva, nécessite parfois la fermeture de sites voire leur évacuation, sans parler de la mise en péril d’infrastructures. Autant d’éléments qui devraient conduire les collectivités à prendre la mesure de la gravité de la situation.

Reste que les décisions d’intervention sont, pour l’instant, réservées à la préservation des vies humaines et des biens. La préservation de la ressource en eau et des zones riches en biodiversité ne fait pas partie des priorités des pompiers, qui ont déjà bien du mal à remplir leurs missions avec les moyens qui leurs sont alloués (le manque de formation du personnel est un élément tout aussi essentiel). Un manque de moyens criant, en dehors de quelques rares communes, qui met parfois les soldats du feu en danger. Un pompier volontaire, Bertrand Pime, est décédé en début d’année, lors d’un incendie à Koumac. Mais bien souvent, faute de pouvoir intervenir, les pompiers ne peuvent qu’assister, impuissants, au triste spectacle de la Calédonie qui se transforme en cendres.

Question de moyens, de formation et de cadre

S’il manque des moyens au sol, les pompiers réclament également depuis des années des moyens de lutte aériens plus importants que ceux actuellement à la disposition de la Sécurité civile. Comme le notait récemment un pompier connaissant bien le dossier, l’efficacité des hélicoptères bombardiers d’eau (HBE) est limitée, en particulier pour les plus petits appareils. Avec la déperdition, ils lâchent sur les flammes plus ou moins l’équivalent d’une baignoire à chaque rotation, sans compter qu’une étude métropolitaine semble indiquer que les pales des hélicoptères attiseraient le feu lors des largages.

L’Union des pompiers calédoniens, qui rassemble ceux des communes de tout le territoire, ne demande toutefois pas des moyens disproportionnés comme un Canadair, symbole de la lutte contre les incendies en Métropole. Elle propose plutôt de réfléchir à l’acquisition de guets aériens armés, qui permettraient d’assurer la surveillance du territoire tout en ayant la capacité de réaliser des largages d’eau, ou de retardateurs plus conséquents afin d’attaquer les feux naissant de manière massive. Une stratégie qui permettrait d’éviter la propagation des sinistres. En Métropole, après plusieurs années d’expérimentation, la Sécurité civile s’est dotée de DASH, avions aussi bien capables de lutter contre les incendies que d’assurer du transport de troupes et de matériel, à un coût nettement plus abordable qu’un Canadair. Ils ont d’ailleurs vocation à remplacer les Canadair.

La Direction de la Sécurité civile et de la gestion des risques (DSCGR) estime toutefois que le HBE est une solution souple et adaptée à la Nouvelle-Calédonie. Chaque année, le dispositif coûte près de 300 millions de francs. Elle pointe le coût de fonctionnement important de ces moyens plus lourds. Mais là encore, l’UPC milite pour des moyens plus modestes, notamment utilisés en Australie. Le WWF a récemment enfoncé le clou en réclamant qu’une expérimentation soit au moins réalisée. Mais en dehors des moyens, il existe des problèmes de communication entre la DSCGR et les pompiers communaux, qui ont pourtant désormais l’obligation de faire remonter l’information le plus rapidement possible. C’est sans compter sur l’absence de schéma directeur d’analyse et de couverture des risques, qui est pourtant également une obligation de la Nouvelle-Calédonie. Ce schéma doit précisément permettre de déterminer les moyens nécessaires à mettre en œuvre en lien avec les risques existants. Autant dire que le débat est loin d’être clos et que les forêts calédoniennes n’ont pas fini de brûler.

M.D.

 

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