« Faire prendre conscience aux jeunes que l’école, c’est une chance »

Éphraïm Chamoinri met un point d’honneur à proposer des tarifs « solidaires » afin de « permettre à des familles défavorisées d’obtenir un suivi de qualité pour leurs enfants ». (© N.H)

Éphraïm Chamoinri a fondé son entreprise de coaching scolaire en début d’année 2024. Passionné par l’enseignement, ce professeur d’histoire-géographie a fait de la réussite scolaire des jeunes Calédoniens son cheval de bataille.

Il est de ces personnes qui pourraient parler des heures de ce qui les anime. Avec Éphraïm Chamoinri, le temps s’écoule vite lorsque le sujet de l’école arrive sur la table.

À 34 ans, le jeune homme originaire de Thio a créé sa propre entreprise, « La Relève ». Une entreprise de coaching scolaire visant à accompagner, « un peu à la manière d’un entraîneur », les collégiens, lycéens et étudiants dans l’obtention de leur diplôme ou la réussite de leurs examens. Un projet qu’il ficelait depuis « deux-trois ans » et qui a vu le jour en janvier 2024. Auparavant, celui qui est titulaire d’une licence d’histoire- géographie et d’un master 1 en métiers de l’enseignement a multiplié les remplacements aux quatre coins de la Nouvelle-Calédonie. Des expériences qui lui ont transmis « la flamme de l’enseignement » et permis de mettre le doigt sur un certain nombre de difficultés rencontrées par les élèves calédoniens. Comme « le fait de confondre le langage parlé et le langage écrit », de « mal construire ses phrases » ou de « ne pas comprendre certains mots de vocabulaire ». « Ce sont des choses qui les pénalisent dans leur rédaction […] Généralement, à l’école, on est obligé de faire une marche forcée sur la compréhension de certains mots alors que parfois, ça nécessiterait de prendre plus le temps. Car s’ils ne comprennent pas, ils abandonnent vite », a-t-il constaté.

DÉTERMINATION

Dès lors, ce n’est plus qu’une question de temps avant que « La Relève » ne se mette en place. Pourtant, Éphraïm doute de lui. « J’avais peur de l’entrepreneuriat. C’était un monde que je ne connaissais pas », confie-t-il. Puis arrive mai 2024. À Boulari, où il réside, des installations sportives sont brûlées, des commerces dégradés. C’est un déclic. « Voir notre jeunesse s’affronter, se violenter, s’insulter… Ça m’a conforté dans mon choix. Je me suis dit : il faut qu’on s’occupe d’eux. On peut comprendre la colère, mais il faut savoir le dire avec des mots. Ça m’a donné encore plus de détermination. »

L’objectif porté par son entreprise est clair : « l’idée, explique-t-il, ce n’est pas de remplacer le professeur, mais d’être un complément en apportant des outils de compréhension à l’élève […] Je prends souvent l’image d’un chantier : le professeur, c’est celui qui explique le chantier. Moi, je ne vais pas réexpliquer le chantier. En revanche, je viens doter l’élève d’outils. Je lui donne la brouette, la barre à mine, tout ce qu’il faut ».

« ÉLIMINER TOUS LES OBSTACLES »

Pour chaque élève qu’il accompagne, Éphraïm se rend à domicile, à raison de deux heures par semaine. Le soutien scolaire est appliqué essentiellement dans les matières des sciences humaines (français, histoire- géographie, anglais et espagnol). Chaque séance débute par 10 à 15 minutes d’échange. Orientation scolaire, actualités, bien-être au sein de son cursus… Les thématiques abordées peuvent être vastes. « Le but, c’est de s’assurer qu’il soit vraiment bien dans ses bottes sur le chemin qu’il veut emprunter. » Devant la difficulté que rencontrent certains étudiants à trouver des lieux de stage, Éphraïm a également ajouté cette corde à son arc en proposant une aide à la recherche. « L’objectif, c’est d’éliminer tous les obstacles qui pourraient mener l’enfant à l’échec scolaire. »

Mais le jeune chef d’entreprise ne s’arrête pas là, puisqu’il envisage de mettre en place des suivis groupés au Vill’Âge Jeunes – un espace créé récemment et animé par l’association CDJ Territorial – ainsi qu’à la médiathèque de Boulari. Toujours avec le même état d’esprit : faire « prendre conscience aux jeunes que l’école, c’est une chance. Ils voient ça comme une difficulté, mon idée, c’est que ça devienne une opportunité pour eux ».

Nikita Hoffmann