Exportations de nickel : épilogue ou monologue

 

À quoi s’attendre mercredi prochain ? Après quelques atermoiements, c’est donc le 14 octobre que les élus du Congrès se retrouveront dans les travées du boulevard Vauban,  à la demande du haut-commissaire,  pour « tenir un débat relatif à la stratégie de la Nouvelle-Calédonie en matière d’exportation de minerai », comme l’indique laconiquement la convocation adressée voici tout juste une semaine. Souhaité par la quasi-totalité de la classe politique,  ce débat ne devrait pourtant pas permettre de déboucher sur un avis unanime, encore moins d’élaborer une stratégie nickel à l’échelle du pays.

Que de temps perdu ! C’est incontestablement ce que pense la grande majorité des Calédoniens à l’évocation du dossier des demandes d’exportation de nickel à très basse teneur vers la Chine. Une opinion d’autant plus pertinente que le débat qui se  prépare à la demande du haut-commissaire aurait pu être évité sans l’acharnement du président du gouvernement et de son parti à refuser d’inscrire cette question à l’ordre du jour d’une séance hebdomadaire de l’exécutif. Cette posture, tenue dur comme fer par le Palika de Paul Néaoutyine, présage bien mal de la possibilité pour les élus du Congrès de s’entendre sur une position commune. Malgré l’importance des questions auxquelles devront répondre les conseillers de la Nouvelle-Calédonie, malgré la volatilité des cours des matières premières, malgré les risques avérés qui pèsent désormais sur la pérennité de l’emploi chez les petits mineurs et rouleurs calédoniens,  il va malheureusement falloir  ressortir les calculettes voire les bouliers pour tenter de se faire une idée de ce que sera les résultats du vote. La saisine de Vincent Bouvier est précise. Le représentant de l’état demande au Congrès de dire quelle est l’interprétation qui doit être donnée du schéma de mise en valeur des ressources minières sur le point particulier des exportations de minerais. Plus précisément encore, le haut-commissaire attend de ce débat qu’il dise une bonne fois pour toute si le schéma adopté en 2009 autorise ou interdit des exportations vers d’autres clients que ceux dits « traditionnels » et s’il peut être dérogé à une réponse négative à cette question. Il demande également que soit dit si le schéma permet ou non d’augmenter le niveau des exportations vers les clients traditionnels. Vincent Bouvier demande enfin qu’au terme des débats, à la lumière des interprétations adoptées, les élus fassent ou non inscrire les demandes d’exportations en séance du gouvernement en précisant l’échéance.

Incertitudes

à l’heure où nous mettons sous presse, le groupe les Républicains et les élus de l’UCF ont explicitement annoncé la couleur. Les uns comme les autres se positionneront en faveur des exportations et ce avec d’autant plus de  conviction, qu’ils considèrent que le schéma minier, dans sa version actuelle, permet d’être pragmatique, c’est-à-dire qu’il autorise des exportations ciblées, vers d’autres clients que l’Australie, la Corée ou le Japon pour peu que la situation l’exige (perte d’activité, défaut d’un client dit traditionnel, perte de marché, etc.) Républicains et élus de l’UCF vont même  plus loin puisqu’ils demandent également de profiter de l’occasion d’un débat pour mettre sur la table, devant la représentation calédonienne, les différentes stratégies qui ont cours aujourd’hui chez les trois opérateurs que sont Eramet-SLN, Vale et KNS. Et de voir ainsi, chiffres à l’appui, quel est ou quels sont les montages les plus vertueux et les plus bénéfiques au pays.

Calédonie ensemble s’est montré intransigeant et plutôt dogmatique sur ces questions depuis l’origine. Par la voix de son leader, le parti a même annoncé que des contremesures seraient prises (par qui ?) si ces exportations vers la Chine étaient finalement autorisées. Cette semaine, Calédonie ensemble a également proposé qu’un document puisse être préparé en vue de recueillir une large majorité en commission, mais cette option n’a que peu de chances d’être retenue dans la mesure où elle aurait pour conséquence de tuer le débat dans l’œuf et d’engager une nouvelle manœuvre pour le moins dilatoire. La tonalité est quasiment la même pour le groupe Uni-Palika, les menaces aussi. Et même si ces deux groupes n’ont pas fait connaître en détail le sens de leur vote du 14, il paraît probable qu’ils indiquent que le schéma minier actuel ne permet pas ces exportations, donnant ainsi raison au président du gouvernement et qu’il revient, le cas échéant, au Congrès d’en modifier les modalités pour les autoriser, si toutefois une majorité se dégage pour le dire.

C’est donc finalement le groupe UC-FLNKS et nationaliste qui fera pencher la balance en faveur de l’une ou l’autre des orientations. Sauf changement de stratégie,  la consigne du plus vieux parti calédonien sera de voter en faveur d’autorisations limitées dans le temps, en volume et en teneur vers des clients chinois. Ce n’est pas une surprise, c’est tout simplement ce que l’UC a validé au cours de la médiation de son président Daniel Goa avec les rouleurs en août. Reste à savoir si cette consigne sera suivie par tous les élus du groupe.

Enfin, chez les premiers intéressés par ce débat, les rouleurs et mineurs,  la pression monte de nouveau autour des autorisations dites « classiques » en cours d’instruction par le gouvernement. Les noms d’oiseau ont volé en milieu de semaine entre les partisans du Contrakmine et les soutiens du gouvernement sur les réseaux sociaux.

Un climat qui  présage bien mal de l’ambiance dans laquelle se déroulera le débat la semaine prochaine au Congrès.

C.V 

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