Étiquette énergie, norme PEB, label BDCAL… « Ce n’est pas contraignant, mais c’est déjà ça »

Exactement comme les frigos, les bâtiments recevront une étiquette : « A » pour les constructions écologiques, « G » pour les passoires énergétiques. La DAPM* finalise la création de ce nouveau dispositif incitatif, bien accueilli par la filière, même si certains n’oublient pas la loi qui aurait dû voir le jour en 2016.

« A » pour les meilleurs, « G » pour les pires : le verdict sera donné par un logiciel « très puissant », capable de  traiter avec « fiabilité » les données techniques et géographiques d’un ouvrage. Préparées depuis plus d’un an par la DAPM*, les premières « étiquettes énergie » seront collées au mois de juin chez les lauréats d’un concours clos vendredi 27 mai. Les projets les plus écologiques seront même récompensés par une subvention apportée par l’Agence calédonienne de l’énergie.

« Les étiquettes vont tirer la filière vers le haut et elles offriront aux investisseurs, aux acheteurs et aux locataires une information précieuse sur le bâtiment », explique Wilfried Pillard, chargé de mission à la DAPM, qui espère délivrer 100 étiquettes par an au cours des cinq prochaines années.

« On commence par le volontariat et on aimerait que cette étiquette devienne obligatoire, à terme », poursuit-il. Le prix sera-t-il un problème ? « Quand vous achetez un logement qui vaut 20 ou 30 millions, je pense qu’une étiquette énergie à 50 000 francs maximum est un surcoût largement supportable. »

« Le secteur n’est pas franchement incité à mieux construire »

L’étiquette énergie est un nouveau dispositif élaboré en concertation avec les entreprises, qui s’ajoute au label Bâtiments durables (BDCAL) et à la norme Performance énergétique du bâtiment (PEB). Cette dernière, créée en 2020, réclame notamment une bonne isolation des murs et de la toiture ainsi que des protections face au rayonnement solaire, comme un bardage. Des architectes aux constructeurs en passant par les bureaux d’études, ces initiatives semblent bien accueillies par toute la filière. « Ce n’est pas contraignant, mais c’est déjà ça », estime Lionel Forno, vice-président du cluster Écoconstruction.
« On ne peut que saluer les efforts entrepris par nos professionnels, commente Caroline Rantien, directrice de l’Agence de la transition écologique (Ademe), qui émet tout de même quelques doutes. Sans réglementation contraignante, à part quelques maîtres d’ouvrage convaincus, les collectivités notamment, le secteur n’est pas franchement incité à construire mieux. »

Difficile pour elle d’oublier la Réglementation énergétique de Nouvelle-Calédonie. « On a loupé le coche qui aurait pu faire bondir la performance énergétique. » Les longs travaux préparatoires de cette loi avaient été cofinancés par l’Ademe, avant que le texte ne soit enterré en 2016 pour des questions de surcoût des constructions.

« Nous n’avons besoin de contrainte »

Faut-il réfléchir, d’ici quelques années, à rendre la norme PEB obligatoire ? À imposer une étiquette C ou meilleure ? « Non, nous n’avons pas besoin de contrainte, assure Silvio Pontoni, président de la Fédération calédonienne du BTP. Si les propriétaires se rendent compte que leurs consommations d’électricité et d’eau diminuent, ils iront naturellement vers des logements plus performants. » Si l’écoconstruction reste marginale, alors que ses techniques ne sont pas nouvelles, c’est « par méconnaissance » de leur existence.

 


L’écoconstruction « n’est pas un surcoût »

Pour les entreprises spécialisées dans la performance énergétique, les dépenses comme l’isolation doivent être vues comme des investissements, largement rentables compte tenu de la réduction des consommations d’électricité.

© Athanor. Livrée en 2012, la mairie de Hienghène a été classée « exemple à suivre » pour l’Agence de la transition écologique (Ademe).

 

Mi-2016, à quelques mois de la création de la TGC, l’inflation était — déjà ? encore ? — un sujet brûlant. Parmi les opposants à la réglementation énergétique, dont des promoteurs immobiliers et la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), certains estimaient que le coût des chantiers augmenterait de 10 %. Ils avaient eu gain de cause, au grand dam des professionnels de l’écoconstruction, qui promettaient une hausse de 2,5 % au maximum.

Pour l’architecte Gilles Stangalino, les arguments vainqueurs ne sont pas plus recevables qu’il y a six ans. « Si l’on considère toute la durée de vie du bâtiment, il est évident que l’écoconstruction n’est pas un surcoût. » Il va même plus loin, et invoque la mairie de Hienghène : largement faite de bois et de terre locale, dépourvue de climatiseurs, la structure n’était « pas plus chère qu’une autre » et générera des économies d’électricité pendant des décennies.

Et aussi les huit villas en bois de la SEM Agglo, fortement isolées, « au même prix » que des villas standard. « Le vrai problème, c’est que les constructeurs sont ancrés dans des pratiques anciennes ».

Besoin d’une « impulsion »

Pour sa consœur, Agnès Gabet-Jezequel, de l’agence Perspective, il existe bien un surcoût initial, d’ores et déjà surmontable, qui baissera avec le développement de l’écoconstruction. « Sur les gros projets, le volume des commandes fera baisser le prix des matériaux performants. » Il faudrait une « impulsion », qu’elle n’imagine pas venir d’ailleurs que du secteur public.

Quelques initiatives existent dans le privé : pour la construction du nouveau siège social de Cegelec, à Numbo, Philippe Morin a retenu, « par engagement sociétal », des options techniques conformes à norme PEB (performance énergétique des bâtiments) et au label BDCAL, qui promettent une très bonne étiquette énergie.

 

Gilles Caprais (© G.C.)

 

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