La Nouvelle-Calédonie est en situation épidémique de dengue. Le virus circule dans 25 communes. L’épidémie est néanmoins freinée par la protection de l’agglomération de Nouméa, qui a eu la chance de bénéficier du programme World Mosquito (Wolbachia).
La dengue est de retour en Nouvelle- Calédonie. Depuis le début de l’année, 394 cas ont été recensés au 25 mars, dont 86 nouveaux cas en une semaine (entre le 18 et le 25 mars). 12 personnes ont dû être hospitalisées, selon la Dass-NC, Direction des affaires sanitaires et sociales, mais toutes sont désormais rétablies.
La maladie virale, transmise par le moustique Aedes aegypti, est recensée dans 25 communes. Les taux d’incidence les plus élevés concernent Poya, Thio, Ouégoa, Pouébo, Hienghène et Canala. « Dans ces communes du Nord, les déclarations sont quotidiennes », indique Florie Cheilan, cheffe du bureau santé-environnement de la Dass-NC. Deux cas ont également été identifiés à Lifou. « Les classes d’âge les plus touchées sont les 10-14 ans, suivies des 15-19 ans », est-il précisé.
DENGUE DE TYPE 1
Seul le virus de type 1 circule (la dengue compte quatre sérotypes). « Les analyses de séquençage réalisées par l’Institut Pasteur montrent qu’il s’agit du même virus qu’en Polynésie française, où une épidémie a eu lieu », précise Florie Cheilan. « On a vu beaucoup de personnes qui arrivaient de ce territoire et qui allaient, par exemple, à Poya ou Ouégoa. Le virus avait déjà été identifié, ici, en 2025, mais sur toute l’année, nous n’avions eu que 22 cas », poursuit la spécialiste.
Le sérotype 2, souvent associé à des formes plus sévères, a été identifié sur une personne revenant de voyage fin janvier. Mais depuis, aucun cas n’a été observé avec ce même sérotype. Si la situation est moins alarmante qu’en 2016-2017, avec 4 000 cas et dix décès, le nombre de cas et la multiplication des foyers ont conduit le gouvernement à déclarer l’épidémie.
La présence d’eau stagnante après les pluies, combinée aux fortes chaleurs, a très probablement favorisé la prolifération des moustiques et accéléré la transmission, comme pour la leptospirose qui touche les mêmes zones.
La situation aurait pu être bien plus grave dans le Grand Nouméa, qui concentre près de 70 % de la population. Or la circulation du virus y est faible et stable. « Le contraste est frappant entre Nouméa, Dumbéa, Païta, Mont-Dore, où le World Mosquito Program (WMP) a été déployé, et les autres communes, où la transmission est exponentielle », analyse Ludovic Floury, chef du bureau épidémiologie à la Dass-NC.
LA CRISE DE 2024 A MIS UN TERME AU PROGRAMME
Ce programme, porté par l’université australienne Monash, à Melbourne, en partenariat avec les autorités locales et l’Institut Pasteur repose sur le lâcher de moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia, qui bloque la transmission des arboviroses (dengue, zika, chikungunya, fièvre jaune).
Près de 24 millions de moustiques ont ainsi été relâchés entre 2019 et 2024 dans les quatre communes du Grand Nouméa. Le dispositif, d’un coût de plus de 835 millions de francs, aurait permis d’éviter des dépenses de santé estimées à 1,7 milliard par épidémie, selon une étude de la Dass-NC. Aujourd’hui, plus de 80 % des moustiques de ces zones sont porteurs de Wolbachia, selon le suivi annuel réalisé par le gouvernement et l’Institut Pasteur. Et la Nouvelle-Calédonie n’a pas connu d’épidémie depuis 2020.
En Australie, où le recul est de dix ans, on trouve la même couverture et aucune dengue autochtone n’a été recensée dans les zones couvertes (Cairns, Townsville). Malheureusement ici, les émeutes de 2024 et la crise économique consécutive ont mis un terme au déploiement du WMP « Nous devions poursuivre avec la zone VKP et Poindimié, mais nous avons dû tout arrêter », regrette Florie Cheilan.
La Dass-NC rappelle que les gestes de prévention restent indispensables partout sur le territoire, y compris dans l’agglomération puisque le virus y circule toujours (20 % de moustiques Aedes aegypti ne sont pas porteurs de la bactérie et peuvent encore transmettre le virus).
Les communes concernées réalisent nettoyages et épandages, et en complément de ces dispositifs municipaux, la Direction de l’enseignement (Denc) et le vice-rectorat ont été sollicités pour une action conjointe de lutte antivectorielle en raison de la forte incidence de la maladie parmi les jeunes scolarisés. La circulation pourrait encore s’intensifier, avec les déplacements liés aux vacances. Il est à noter que la dengue est parfois asymptomatique et peut donc circuler « à bas bruit ».
Chloé Maingourd
PRÉCONISATIONS
Il faut détruire les gites larvaires, se protéger avec des répulsifs, des moustiquaires, des vêtements longs et aller consulter rapidement en cas de symptômes (forte fièvre, maux de tête, douleurs musculaires et/ou aux articulations, grande fatigue). La dengue peut être une maladie grave et la leptospirose, qui circule actuellement avec des symptômes similaires, également.
Les médecins prescrivent une prise de sang (prise en charge à 100 %) analysée au Médipôle. La dengue fait partie des maladies à déclaration obligatoire. La connaissance du nombre de cas est importante pour le suivi de la Dass-NC.


