« Environ 26 000 personnes ont été vaccinées grâce aux actions de proximité »

Le gouvernement multiplie les initiatives pour vacciner les personnes isolées dans les squats, les quartiers populaires de l’agglomération et les tribus. Comment s’organisent ces actions, comment sont-elles perçues et avec quels résultats ? Réponses avec Louis Waia, directeur de la DGRAC, Direction de la gestion de la réglementation des affaires coutumières, l’un des coordonnateurs.

 

DNC : Vaccitour, Proxi Vax et maintenant Vaccimobile, quel est le point commun de toutes ces opérations ?

Louis Waia : En réalité, la dénomination n’a pas d’importance, car il s’agit, avant tout, d’opérations de vaccination de proximité connues sous le nom de « Aller vers ». Bien avant l’arrivée du variant Delta en Nouvelle-Calédonie, on m’a demandé de travailler avec la Dass, Direction des affaires sanitaires et sociales, pour élaborer une stratégie de vaccination en milieu tribal, dans les quartiers isolés de l’agglomération et les squats. Nous avions commencé notre campagne d’information un peu partout dans le courant de l’année et nous devions lancer officiellement la stratégie le 6 septembre lorsque le virus est arrivé. Nous avons donc dû réadapter l’ensemble du dispositif tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Quel est l’objectif global de cette stratégie ?

L’objectif est vraiment d’amener la vaccination au plus près des gens qui ne se rendraient pas d’eux-mêmes dans les centres. Que ce soit dans les quartiers de l’agglomération, dans les squats et, évidemment, dans les tribus. On s’aperçoit que des réticences à la vaccination sont levées lorsque l’on facilite les démarches. C’est notamment ce qui s’est passé lors de l’opération aux tours de Magenta.

Combien de personnes ont pu être vaccinées grâce à ces opérations ?

Au total, nous avons vacciné environ 26 000 personnes depuis fin juillet. Dans le Grand Nouméa, cela représente 16 256 personnes dont 895 entre Saint-Louis, Tindu et Magenta. En dehors de Nouméa, les quatre vaccinodromes en soutien des communes Koumac, Hienghène, Poya et Houaïlou ont permis de vacciner 7 562 personnes. Quant aux trois opérations Vaccimobile menées à Pouébo, Touho et Thio, nous avons donné une première injection à 254 personnes. Cela peut sembler faible, mais je distingue le nombre et la qualité de la vaccination. Car nous touchons un public que nous n’aurions jamais atteint autrement que par ce dispositif qui va se poursuivre dans les semaines à venir.

Le Vaccimobile s’est arrêté à la tribu de Saint-Gabriel et à la mairie de Pouébo. Il dispose d’une équipe allégée d’infirmiers et d’agents administratifs qui se déplacent dans les quartiers du Grand Nouméa, les squats et les tribus.

 

Avez-vous été confrontés au mouvement antivax ?

Le mouvement antivax nous a sans doute freinés et nous avons effectivement quelques anecdotes à ce sujet. À Maré, notre réunion d’information a été décalée car deux personnes de Reinfo Covid NC étaient venues proférer leur doctrine. Nous avons aussi vécu une scène assez cocasse, fin août, lors d’un vaccinodrome à Païta où le docteur Chazal tentait de dissuader les personnes à l’entrée pendant qu’elles remplissaient leur formulaire avant la vaccination. Ce jour-là, nous avons quand même vacciné 88 personnes. Globalement il y a eu un impact du mouvement antivax, mais il n’est pas mesurable.

Comment réagissent les gens lorsque vous arrivez en tribu ?

Nous avons collaboré avec les provinces et les conseils coutumiers qui ont fait un travail d’information remarquable en tribu. Les communes se sont également investies pour prévenir les gens de notre passage comme à Thio, où nous avons organisé un Vaccimobile avec les Fanc, les forces armées de Nouvelle-Calédonie, lundi 19 octobre. Donc finalement, lorsque l’on vient en tribu, les gens ne sont pas surpris et tout se fait de manière assez naturelle.

Nous touchons un public que nous n’aurions jamais atteint autrement.

Et dans les squats ?

C’est très mitigé. Nous savons que les personnes contre le vaccin ont tenté de convaincre certains habitants. Parallèlement, les gens regardent beaucoup les réseaux sociaux et diffusent beaucoup de fausses informations, donc ce n’est pas évident. Pour les squats, nous avons travaillé avec les médecins océaniens pour lancer une campagne d’information massive qui n’a jamais vu le jour à cause du confinement. Finalement, les opérations menées à proximité des squats comme sur la plaine du Kuendu Beach ou à l’école Amélie-Cosnier ont plutôt bien fonctionné avec respectivement 177 et 216 vaccinations. Évidemment, il ne s’agit pas que des gens des squats, mais en partie. En revanche, il nous est impossible de connaître le taux de vaccination dans les squats.

Comment s’organisent ces opérations de proximité ?

Pour les tribus, nous intervenons à la demande des communes, toujours en lien avec le conseil coutumier. À Nouméa et Dumbéa, nous avons fait une réunion d’information avec les représentants des squats. Enfin, dans les quartiers, ce sont souvent les bailleurs sociaux et les associations de quartier qui nous interpellent. Ce qui est important, c’est de ne pas s’imposer mais de travailler en collaboration.

Lorsque la demande est formulée auprès de ma Direction, la direction des ressources humaines et la Dass sont saisies pour coordonner l’action d’un point de vue logistique et médical. Il nous faut environ une semaine pour déployer une équipe sur place, comme c’est le cas à Pouébo, cette semaine, ou à Hienghène, prochainement. À Thio, les Fanc avec lesquelles nous avons collaborés, ont été particulièrement réactives. Elles ont mobilisé une équipe de quatre personnes avec des médecins et infirmiers militaires et c’est la province Sud qui nous a fourni les vaccins.

À combien estime-t-on le coût de ces opérations et qui va payer ?

On estime le coût des opérations ponctuelles de proximité à 25 millions de francs. À titre de comparaison, celui des vaccinodromes est estimé à 300 millions de francs. Cette somme est payée par le Fonds autonome de compensation des dépenses en santé publique alimenté pour 75 % par le Ruamm et 25 % par le budget de la Nouvelle-Calédonie. Pour optimiser les coûts, nous partageons les frais avec les communes ou les provinces sur chaque opération. Lors d’un déplacement, le gouvernement assure les frais de restauration tandis que le logement est à la charge des mairies, par exemple. Nous faisons aussi notre maximum pour faire fonctionner le tissu associatif local. Le principe est de partager les coûts.

 

Propos recueillis par Virginie Grizon (© DGRAC)

 

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