Enfouir nos déchets, une fatalité ?

La Semaine européenne de la réduction des déchets, coordonnée par l’Ademe*, qui se déroule jusqu’au 28 novembre, est l’occasion d’aborder une problématique que l’on a souvent tendance à oublier : nous produisons trop de déchets et malgré les initiatives, il n’est pas toujours facile d’en réduire le volume.

L a plupart des déchets que nous produisons dans le Grand Nouméa terminent au centre d’enfouissement de Gadji, à Païta. À ce rythme, le site sera saturé dans 20 ou 30 ans. « Que ferons-nous après ? », s’interroge Mélissa Salleles, présidente de l’association Zéro déchet NC, créée il y a trois ans. « Nous produisons trop de déchets. Les mentalités évoluent, mais il y a encore du chemin », estime la jeune femme.

À titre d’exemple, il y a trois ans, un seul magasin proposait du vrac à Nouméa. Aujourd’hui, il y en a 19 sur tout le territoire. « Nous avons mis en place un programme nommé ‘Notre commerçant s’engage’, qui regroupe aujourd’hui une centaine de professionnels prêts à diminuer leurs déchets et à accepter les contenants de leurs clients. Nous sommes régulièrement sollicités par les acteurs de l’événementiel ou du sport qui souhaitent diminuer leurs déchets », explique la militante à l’origine de l’association. Selon elle, ces initiatives personnelles permettent d’agir plus rapidement que les mesures prises par les collectivités.

Le plastique, pas si fantastique

Difficile de lui donner tort lorsque l’on analyse la loi sur l’interdiction du plastique à usage unique votée par le Congrès en décembre 2018. Cette loi, dite progressive, a commencé à s’appliquer en août 2019 avec l’interdiction des pochons chez les commerçants dans le rayon et fruits et légumes et le déploiement de cabas réutilisables.

D’autres mesures ont été prises en 2019 et en 2020, mais la législation ne sera pleinement applicable qu’à partir de mai 2022, date à laquelle les barquettes de préemballage en plastique, comme pour le jambon, devront sortir de la circulation.

Deux ans après le début des hostilités, le constat est mitigé. Nos barquettes en carton sont volumineuses et étanchéifiées avec du plastique et les sacs en papier surchargés de légumes se déchirent d’un rien et engendre du gaspillage. « Cette loi est à saluer pour son caractère précurseur et pour les progrès qu’elle a apportés, affirme cependant Alizée Bonnet, chargée de mission environnement à l’Ademe. Par contre, il reste certains détails à réviser afin d’éviter des écueils. De plus, il y a nécessité de renforcer le contrôle de cette législation qui n’est pas toujours appliquée. » Il semble, en effet, difficile de faire changer les habitudes à l’échelle du pays.

Un exemple prometteur

En revanche, à l’échelle d’une commune, le Mont-Dore est en voie de réussir un nouveau pari. Depuis 2019, la municipalité organisait des opérations ponctuelles de broyat des déchets verts. Au lieu de les emmener à la déchetterie pour terminer au centre d’enfouissement de Gadji, les administrés pouvaient, en prenant rendez-vous avec le service communal concerné, faire venir une broyeuse afin de transformer leurs branches mortes en paillage.

« Ces opérations ont eu un tel succès qu’on nous appelait souvent. Il y avait un véritable besoin. Nous allons donc, à partir de décembre, mettre en place un test sur cinq quartiers de la commune. Les administrés sortiront leurs déchets verts selon un calendrier et nous passerons les broyer. Nous laisserons le broyat sur place et ils pourront l’utiliser comme paillage. S’ils n’en veulent pas, notre service viendra le récupérer la semaine suivante et nous nous en servirons pour nos espaces verts », explique Pierre-Olivier Castex, chef service environnement de la commune. Cette phase de test devrait durer deux ans afin d’affiner les besoins des administrés et étendre l’opération à l’ensemble de la commune. Un exemple qui pourrait bien inspirer la mairie de Païta qui organisait ce mercredi sa première opération de broyage de déchet vert au Dock socioculturel.

 

(*Ademe : Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie)

 


TROIS QUESTIONS À…

Alizée Bonnet, chargée de mission Environnement à l’Ademe en Nouvelle-Calédonie

DNC : L’Ademe coordonne la Semaine européenne de la réduction des déchets (Serd). Comment a évolué l’événement depuis sa création ?

Alizée Bonnet : On assiste depuis 2014 à une mobilisation de plus en plus importante des acteurs locaux. Cette année, malgré la crise sanitaire, environ 90 actions en interne et grand public sont proposées. L’enjeu de la Serd est d’initier des actions pour qu’elles deviennent pérennes, c’est le cas du service de broyage à domicile des déchets verts de la ville du Mont-Dore, l’objectif est donc atteint sur ce projet.

Le gouvernement a accueilli une table ronde océanienne pour un Pacifique propre. Cette problématique prend donc de l’importance au niveau régional ?

Oui, c’est une formidable opportunité de promouvoir et partager ses compétences en termes de valorisation des déchets. Cela permet d’aller chercher des solutions et d’instaurer des synergies afin de continuer à mieux gérer et valoriser nos déchets car on « pèche » encore à ce sujet. En Calédonie, nous produisons 400 kg de déchets par habitant en moyenne.

Comment ont évolué les chiffres ces dernières années ?

Les chiffres disponibles, notamment en province Sud, illustrent une petite diminution de la quantité de déchets produite par les ménages. Cette tendance, plutôt réjouissante, n’est pas non plus très significative, il est donc important de continuer nos efforts. Les provinces et l’Ademe accompagnent donc des projets en ce sens, comme la vente en vrac ou l’animation d’ateliers de sensibilisation à la réduction des déchets dans les communes.

 


La région Pacifique s’empare de la problématique

La Nouvelle-Calédonie a accueilli, du 16 au 25 novembre, la troisième table ronde océanienne pour un Pacifique propre, le plus grand événement dans la région sur la problématique de la gestion des déchets. L’objectif est de proposer des initiatives régionales et nationales afin de réduire les déchets dans chaque pays et territoire et de répondre aux objectifs établis dans le plan 2016-2025. Cette stratégie vise à réduire les menaces engendrées par les différents types de déchets et produits chimiques et promouvoir le développement durable de la région.

Cette année, la conférence a été organisée en Nouvelle-Calédonie en présentiel et en visioconférence à cause de la crise sanitaire. Joseph Manauté, chargé de l’environnement au gouvernement, a représenté le territoire parmi les 26 pays et territoires présents.

 

Virginie Grizon (© V.G.)

 

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