En rangs dispersés avant Paris

L’État n’entendra pas que deux sons de cloche lorsqu’il recevra les élus Calédoniens pour ouvrir les discussions sur l’avenir institutionnel. Les tentatives d’unité ont la vie dure côté non-indépendantiste comme indépendantiste en raison de positions qui demeurent somme toute assez différentes.

Jeudi 13 octobre, Thierry Santa (Rassemblement-LR), Pascal Vittori (Tous calédoniens), Alain Descombels (RN) et Pascal Lafleur ont annoncé partager « la même vision de l’avenir » et travailler sur un projet institutionnel, économique et social commun.

Les grandes lignes de leur approche, que nous avons présentées la semaine dernière, seront exposées à Paris les 27 et 28 octobre par « tous les canaux ».

« Changer de logiciel »

Sur le volet institutionnel, ils défendent comme d’autres le dégel du corps électoral, le maintien des compétences régaliennes à l’État, s’opposent au transfert de celles relevant de l’article 27, veulent une révision de la représentativité et n’écartent pas le droit à l’autodétermination mais souhaitent proposer des modalités pour son déclenchement.

Le système proposé ici est une Nouvelle- Calédonie unie et autonome dans la France, avec une auto-organisation, une solidification du gouvernement, plus de latitude et de finances pour les communes, un contrôle accru sur la manière dont l’argent public est utilisé. Une pleine reconnaissance de toutes les identités, la mise en valeur et la préservation de l’identité mélanésienne.

Sur le volet économique, ils s’opposent à une fiscalité « confiscatoire », veulent rendre le territoire attractif tant aux investisseurs qu’à ceux qui voudraient s’y installer, la consommation étant le moteur de l’économie, pour réduire les inégalités.

La porte est ouverte à ceux qui se reconnaissent dans leurs idées mais les tacles n’ont pas manqué contre les visions « floues », « trotskistes-léninistes », la politique « clientéliste », le « mimétisme imbécile » sur la Métropole, les années au pouvoir qui n’ont « rien changé », le clivage binaire indépendantiste / non-indépendantiste sur laquelle certains ont construit leur « fonds de commerce ».

C’est le moment de « changer de logiciel » disent-ils. Économiquement, ils disent voir « deux choix dans le monde non-indépendantiste ». « Nous sommes plutôt dans un esprit libéral et les autres collectivistes ».

« Il n’y a plus de camp non-indépendantiste depuis longtemps » expliquent ces personnalités qui affirment proposer une nouvelle vision. ©C.M. 

« Nuances »

Sonia Backes chef de file de la Confédération loyaliste Ensemble, a regretté la forme de cette annonce. « Quand on travaille à un projet que l’on veut commun, une conférence de presse n’est pas la meilleure solution ».

Elle s’est aussi demandé ce que le Rassemblement national venait faire dans cet « attelage ». Si Pascal Lafleur est nouveau dans ce groupe, ce dernier est représentatif de l’Avenir en confiance qu’elle avait lâché à l’occasion de la présidence du Congrès puis fait « voler en éclat » pour les législatives. On peut rappeler également sa position à la présidentielle de 2017 ou l’histoire de Brieuc Frogier, un temps porte-parole de Reconquête.

Sonia Backes tente aussi de minimiser leur poids : « De ce groupe, il n’y aura pas grand monde autour de la table en réalité » à Paris.

Sur le fonds, la toujours présidente de la Province Sud affirme qu’il y a « beaucoup de points d’accords » et simplement quelques « nuances ». Celles-ci étant le fait de « considérer les kanak au-dessus des autres » et le niveau de compétence des collectivités.

Sonia Backes avait proposé, au nom des Républicains Calédoniens, en novembre 2021, une « révision profonde des institutions », l’élargissement des compétences provinciales qui auraient une grande partie des compétences fiscales, une fédération de ces trois collectivités pour le traitement global.

« Garder un gouvernement qui ne marche pas, pour quoi faire ? Garder un Congrès à la proportionnelle qui ne marche pas, qui laisse le pouvoir à des mecs qui ont fait trois voix, ça ne marche pas...» dit-elle aujourd’hui.

De nouveaux partenaires veulent dépasser le clivage indépendantiste-non indépendantiste. « Je ne suis pas sûre que les indépendantistes aient abandonné l’idée de défendre l’indépendance ». rétorque Sonia Backes. ©C.M. 

La nuance avec Calédonie ensemble est aussi expliquée. « Il considère que l’éventuel prochain référendum d’autodétermination soit déclenché par 3/ 5e des élus du Congrès ». Elle veut « mettre cela dans la main du peuple ». Qu’en est-il de l’indépendance-association ?

Plus largement, Sonia Backes estime qu’il y a à Calédonie ensemble et au Rassemblement « une volonté de montrer qu’on est les plus capables de parler avec les indépendantistes or c’est ce qui a posé problème depuis toutes ces années. » Et alors que certains ont passé leur temps « à diviser la famille loyaliste (…) J’ai fait le choix inverse ce qui me demande parfois des sacrifices ».

Le rapprochement avec Calédonie ensemble, qui a permis leur positionnement sur l’échiquier national, ne pouvait effectivement être sans conséquences. Même si elle met en avant Philippe Dunoyer, plus consensuel, et réserve à Philippe Gomes des missiles du type « Il a annoncé sa retraite, il serait bien qu’il respecte sa parole » vu dans le quotidien.

Sonia Backes a sollicité une réunion de travail des non-indépendantistes le 26 octobre à Paris pour se caler et « présenter un front uni ». Elle défend une ligne « dure » forte des trois référendums et veut fédérer autour de cette position.

De toute façon dit-elle, vu de Paris, « il n’y a qu’un seul partenaire loyaliste » ce dont on peut quand même douter, ou bien c’est constater que le président Macron et son gouvernement n’ont rien compris à la Nouvelle Calédonie.

À cela s’ajoutent plusieurs positions au sein de l’État comme l’a souligné le fameux attelage. Une « tendance Carenco/ Borne » et une « tendance Darmanin » et feu Lecornu, plus à droite. Tout cela aura aussi sa petite importance dans les prochains mois.

 


Le Palika seul aux discussions

Côté indépendantiste, les divergences sont aussi éclatantes. On trouvera aux bilatérales à Paris uniquement le Palika. L’Union progressiste en Mélanésie (UPM), l’Union Calédonienne, et le FLNKS seront absents.

La décision a été prise lors du bureau politique élargi, tribu de Wagap, Poindimié, le 13 octobre. Le FLNKS n’enverra pas de délégation officielle à Paris. Deux tendances se sont opposées, le Palika et l’UPM souhaitaient y participer, pas l’Union calédonienne.

« Instrumentalisation »

Le Palika, défenseur de l’indépendance avec partenariat, a confirmé qu’il participerait aux bilatérales avec l’État, demandées par les indépendantistes, sur « les compétences régaliennes, le statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité ».

Il déplore la position de certaines composantes du FLNKS qui « se déjugent des engagements » pris lors des discussions avec Jean-François Carenco, ministre délégué aux Outre- mer, en déclinant l’invitation de Gérald Darmanin.

Le Palika « met en garde contre toute instrumentalisation du FLNKS visant à mettre à mal sa crédibilité en tant que partenaire ».

Pour la suite, il regrette en revanche que le format trilatéral ait « cédé la place à une réunion multilatérale dont l’ordre du jour n’est pas connu à quelques jours de la tenue de cette réunion ». Et se réserve donc la possibilité ou non d’y participer.

Pour le Palika, c’est la crédibilité du Front qui est en jeu. ©archives DNC/ B.B. 

« Méconnaissance du dossier Calédonien »

Au terme de sa Commission exécutive élargie lundi 17 octobre à Païta, l’Union calédonienne a confirmé par la voix de son secrétaire général Pierre-Chanel Tutugoro, sa non-participation. Pour lui, le Palika fait preuve d’immaturité.

L’UC dont la position est que les dernières compétences soient transférées d’ici 2025, en reste toujours à son programme. « Le président de la République démontre une nouvelle fois, sa méconnaissance du dossier Calédonien en insistant et voulant encore imposer un calendrier vers un référendum de projet dont personne ne connaît les tenants et les aboutissants ».

Calendrier qui selon l’UC « n’a pour but que d’accélérer la sortie de l’Accord de Nouméa afin de continuer à dérouler le plan d’implantation géostratégique de la France dans le Pacifique ».

Elle ne « s’oppose pas à la discussion » mais explique que la première bilatérale devait être déconnectée de la trilatérale, que l’ordre du jour de cette dernière devait faire l’objet d’échanges avec le haut-commissaire et que seuls les représentants élus étaient légitimes à participer aux discussions sur l’avenir du pays.

L’UPM de Victor Tutugoro, à l’animation du FLNKS, a finalement aussi décidé de décliner l’invitation « par devoir moral pour préserver l’unité du mouvement ».

En mai 2021, c’est l’inverse qui s’était produit. L’UC s’était déplacée contre l’avis du FLNKS et le Palika était resté à la maison, ce qui avait « perturbé fortement la cohésion du Front ». Ils préfèrent attendre l’audit sur la décolonisation et le bilan de l’accord de Nouméa.

Le manque de cohérence dans les prises de positions commence à devenir grotesque…

C.M.

© Andrea Savorani Neri / NurPhoto / NurPhoto via AFP

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