Émilie Ricaud : « Cette année a un goût d’inachevé »

De retour sur le Caillou pour les vacances, Émilie Ricaud, 18 ans, n’a pas pu terminer sa première année d’études de kinésithérapie aux États-Unis, à cause du coronavirus. Mais cela ne suffira pas à démotiver la golfeuse.

DNC : Comment s’est passé votre retour en Nouvelle-Calédonie ?

Émilie Ricaud : Pas facile. J’ai pris un avion depuis le Texas à la mi-mars avec une escale à Tahiti, mais je suis tombée juste au moment où les vols ont été suspendus en Nouvelle- Calédonie. Donc je suis restée coincée presque trois semaines à Papeete. Heureusement, on a des amis de la famille qui ont pu m’accueillir durant ce laps de temps. Mais j’ai mis presque un mois à faire le trajet entre les États-Unis et Nouméa ! J’aurais pu partir plus tôt si notre conférence avait annulé le championnat plus tôt. Mais on a été les derniers à arrêter.

Quel impact a eu la crise sanitaire sur la saison universitaire de golf ?

La saison s’est coupée net après un tournoi qu’on a gagné, dans l’Utah, début février. Une semaine après, on devait rejouer, mais le circuit a été mis en pause. Et puis mi-mars, on devait organiser notre tournoi, au Texas. Il y a forcément un goût d’inachevé, puisqu’on était dans une bonne dynamique et c’est dommage parce qu’on sentait qu’on pouvait gagner beaucoup de places au classement. L’objectif étant de faire un top 50 (son équipe pointe à la 53e place, NDLR). Sur sept joueuses de l’équipe, quatre, dont moi, viennent de l’étranger, donc on est toutes parties d’un coup chez nous. Cela ne servait à rien de rester. Les cours se déroulaient en ligne et on savait que les aéroports allaient fermer et les vols seraient suspendus.

Comment se passait votre première année ?

Durant la première partie de la saison, qu’on appelle le « Fall » aux États-Unis (littéralement l’automne, NDLR), j’ai eu du mal à m’adapter. Mes scores n’étaient pas très bons, avec des journées souvent autour des +7. Mais je ne me suis pas inquiétée, je me dis que si je suis là, c’est que j’ai le niveau. Et puis, plus la saison a avancé, plus mon jeu s’est amélioré. Mon coach me dit que plus je vais avancer dans le temps, plus je vais progresser. Il prend l’exemple de notre joueuse senior (en quatrième année, NDLR), Lauren Cox. Elle n’était pas très performante en première année et aujourd’hui, c’est clairement la meilleure joueuse de l’équipe.

Comment pensez-vous avoir évolué depuis votre départ de Nouvelle- Calédonie ?

Au niveau de la stratégie, je pense avoir beaucoup appris. La philosophie pour le coach, c’est d’être capable de scorer, peu importe comment est ton swing. On est beaucoup de filles sur le circuit et pour gagner, il faut jouer sous le par. Donc la stratégie sur un parcours a une grande importance. Ensuite d’un point de vue plus technique, j’ai beaucoup travaillé mon wedging (approche) et c’est très bien pour moi, puisque c’est mon point faible. En Nouvelle-Calédonie, je jouais plus à l’instinct, mais aujourd’hui, je réfléchis.

À quoi ressemble votre quotidien au Texas?

On n’a vraiment pas beaucoup de cours. Seulement une quinzaine d’heures par semaine, donc trois heures maximum par jour. Pour nous dans l’équipe, un coordinateur s’occupe de gérer nos emplois du temps pour faire en sorte que nous ayons toutes cours le matin, pour pouvoir jouer l’après-midi. Ensuite, une fois de retour à la maison, je travaille à nouveau mes cours, mais cette fois seule, jusqu’à environ 22 h. C’est tard, mais l’avantage, c’est qu’on ne commence pas avant 8 h le matin.

Comment voyez-vous la suite de votre parcours ?

C’est encore difficile de savoir comment va se dérouler la reprise en septembre. Mais à plus long terme, après mes quatre ans d’études, mon objectif est de passer les cartes pour devenir professionnelle. L’avantage aux États-Unis, c’est qu’il y a beaucoup de tournois pour le faire, notamment au Texas. Au départ, je ne voulais pas forcément prendre ce chemin, puisque je voulais être vétérinaire, mais je me suis rendu compte que ce n’était pas fait pour moi. Et le golf a commencé à prendre de l’ampleur dans ma vie. Désormais, ma carrière sportive a beaucoup d’importance.


De la finale des France à l’or samoan

Fille de Dominique Ricaud, golfeur professionnel bien connu sur le circuit local et coach de la sélection, c’est naturellement qu’Émilie tombe tôt dans le golf. Mais ce n’est qu’en 2017 que s’opère le déclic, avec une finale des championnats de France jeunes, après une victoire en demi-finale face à Mathilde Guépy, joueuse de la Ouenghi. Jusque-là dans l’ombre d’Ariane Klotz, également étudiante aux États-Unis, et au coude à coude avec Mathilde Guépy, elle commence alors une ascension qui la mène sur les plus hautes marches des podiums océaniens. D’abord en 2017, lors des Mini-Jeux au Vanuatu, où elle crée la surprise. En 2019, elle confirme avec une médaille d’or aux Samoa lors des derniers Jeux du Pacifique. L’année précédente, elle avait remporté le prestigieux Doral Publix Junior à Miami, l’équivalent des Mondiaux jeunes.

A.B.

©A.B. 

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