Éliane et les jeunes de Table-Unio, « la capitaine et ses matelots »

Dans les hauteurs de Moindou, la petite tribu, aussi appelée Katricoin, vit du tourisme malgré son isolement. Cette réussite est celle d’Éliane Hoveureux, l’hyperactive présidente de l’association des femmes de Table-Unio, qui a su entraîner les jeunes dans son sillage.

À ces deux longues tables, sous les toits de tôles, sous les fumets des marmites, on voit du beau monde. Le haut-commissaire, les élus provinciaux, ceux du Congrès… Tour à tour, ils grimpent la longue piste qui ne mène qu’à Table-Unio pour vanter les mérites de cette toute petite tribu, lovée au creux de la rivière, où « tout marche comme sur des roulettes », comme dit Jo Peyronnet. Le maire de Moindou ne tarit pas d’éloges envers Éliane Hoveureux. « Elle a su réunir des jeunes, leur donner du boulot. Elle agit pour protéger l’environnement. Partout où je vais, je la cite en exemple. »

Éliane a fondé l’association des femmes de Table-Unio il y a près de 14 ans, décidée à faire de la tribu une impasse où l’on passe. « Même les gens qui habitent Bourail, c’est rare qu’ils connaissent, surtout les jeunes, chuchote la présidente. On voulait faire découvrir notre tribu, partager nos savoir-faire culinaires et traditionnels ».

Les jeunes dans son sillage

Depuis 2008, des centaines de personnes y ont fait halte. Elles ont goûté les croquettes de manioc, l’anguille fumée et le cochon sauvage qui jaillissent des marmites en quantité gargantuesque. Chrislaine et Gwen les ont guidées vers le trou d’eau. Ismaël leur a montré la pêche à la sagaie. Éliane est fière d’eux.

« Les jeunes veulent participer, ils veulent apprendre, ils sont toujours là. » Chacun a son champ et s’empresse d’apporter ses produits quand une voiture inconnue arrive. Quand il faut ramasser les déchets, les volontaires ne manquent pas. Quand il faut refaire le radier ou demander une subvention pour une maison commune, cette fois, c’est la patronne qui s’en charge. Elle toque à la porte du maire, qui écoute.

« Éliane et ses jeunes, c’est la capitaine et ses matelots. Les chantiers avancent et rien n’est jamais dégradé. », résume Jo Peyronnet. La métaphore est bien choisie. Katricoin, l’autre nom de la tribu, est « l’endroit où les bateaux accostent », un vaste trou d’eau en aval des maisons.

« L’exemple parfait d’un tourisme écoresponsable »
Table-Unio sait recevoir… et sait s’exporter. « Quand on a besoin de 150 repas, on sait qu’on peut compter sur elle. Elle descend avec toute la tribu. » Thomas Badon, ancien directeur de l’office de tourisme intercommunal, loue son professionnalisme. « Elle a une fiabilité et un dynamisme que beaucoup de prestataires n’ont pas. »

Une fois par an, Éliane se rend au centre culturel Tjibaou pour une journée consacrée aux savoir-faire culinaires. Elle trouve encore le temps de siéger au conseil d’administration de la zone côtière Ouest (ZCO) et reste membre de l’Union des femmes francophones d’Océanie (UFFO) aux côtés de son amie, Sonia Togna. D’où lui vient cette énergie ? « J’ai toujours eu la chance d’avoir le soutien de mon mari », répond simplement Éliane, qui s’appelait Thavoavianon et vivait à Ouérou-Pimet, à Kouaoua, avant de rencontrer le père de ses quatre enfants. Au début des années 1980, Mathias travaillait à la scierie voisine, fermée depuis longtemps, « et il n’a pas perdu la main ». Aujourd’hui, c’est son premier appui. « Quand je veux faire quelque chose, il ne dit jamais non. »

Modeste, Éliane ? « C’est elle qui fait vivre la tribu au quotidien », estime Manu Cormier, directeur du Fort Téremba. « Si Table-Unio a réussi à se faire connaître, à s’imposer comme l’exemple parfait d’un tourisme écoresponsable, c’est bien grâce à elle. C’est une femme remarquable. »

Gilles Caprais


En juillet, c’est la fête à la tribu

Les 16 et 17 juillet auront lieu les Journées des savoir-faire culturels. Table-Unio fêtera également l’anniversaire de la création de la zone côtière Ouest, classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 2008. Hébergement (tente ou dortoir) et repas compris, 12 000 francs du vendredi soir au dimanche midi, 6 000 francs pour une arrivée le samedi soir. Réservations au 92 84 99 ou au 46 98 56.

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