Électricité : EEC garde le contrat de distribution à Nouméa

Alors que la concession de distribution d’électricité accordée à EEC arrivait à terme le 31 décembre, le conseil municipal a approuvé, fin octobre, la signature d’un contrat avec la société, basé sur une nouvelle feuille de route pour les quinze ans à venir à partir de janvier 2022. Le chiffre d’affaires est estimé à 172 milliards de francs sur la période.

 

D’aucuns parlent de « contrat de la décennie », en évoquant la distribution d’électricité à Nouméa. Entre les deux candidats Énercal et EEC, c’est le concessionnaire historique de la ville (lire par ailleurs) qui a été retenu. « C’est une bonne nouvelle et un soulagement. Pour nous, ce contrat est capital », réagit Philippe Mehrenberger, directeur général délégué d’EEC Engie. Il faut dire que ce dernier constitue 60 à 65 % des ressources de la société, avec un chiffre d’affaires estimé de 172 milliards sur quinze ans.

Cela fait plus de cinq ans que les équipes travaillent sur le dossier. « On a lancé une démarche en 2016 pour améliorer notre service, avec comme objectif le renouvellement de la concession. » Visiblement, la démarche a porté ses fruits et EEC a convaincu. « C’était le meilleur dossier au regard des critères définis, dont la performance clientèle, l’intégration esthétique et l’amélioration du service, affirme Philippe Jusiak, secrétaire général adjoint chargé de l’aménagement à la mairie de Nouméa. Mais, c’est vrai qu’on s’attendait à une concurrence plus serrée. »

Diminuer le temps de coupure et enfouir le réseau

Outre entretenir le réseau – qui appartient à la ville –, le renouveler, le développer et fournir de l’énergie aux usagers, le gestionnaire doit, cette fois, répondre à davantage d’exigences posées par la ville. C’est le cas concernant le temps de coupure moyen cumulé par an et par client. EEC s’engage à passer sous la barre des vingt minutes sous peine de pénalités, ce qui n’était pas le cas avant. « Le temps de coupure moyen à atteindre est ambitieux, ajoute Philippe Jusiak, à 17 minutes par an par abonné en 2026 contre 31 minutes en 2020. Il est de 60 minutes en Métropole. »

Le distributeur promet également d’œuvrer à une meilleure intégration du réseau dans le paysage urbain, notamment en poursuivant l’enfouissement des câbles aériens et en améliorant le visuel des postes de distribution et des transformateurs. « Sur les 725 km de réseau, constitué de 400 km de basse tension et 325 km de haute tension, il reste 35 km à enfouir, indique Philippe Mehrenberger. On imagine pouvoir le faire d’ici cinq ans. C’est une opération très lourde et longue. »

Mieux maîtriser l’énergie

Autre objectif, le renforcement de la maîtrise de l’énergie. La société doit davantage sensibiliser les clients aux économies d’énergie en leur donnant des outils, mais aussi améliorer le rendement du réseau. « Quand l’énergie transite, on estime qu’il y a une perte de l’ordre de 3,5 % environ. On compte diminuer ce chiffre, en intégrant davantage les énergies renouvelables et en choisissant des câbles de qualité supérieur et des transformateurs plus performants. »

Parmi les nouvelles obligations d’EEC, celle d’assurer un suivi personnalisé des clients précaires. « L’idée est de les accompagner et de les aider à faire des économies », affirme Philippe Mehrenberger.

Une meilleure prise en compte des clients sensibles, comme les seniors ou les malades – par exemple ceux sous assistance respiratoire qui ont besoin d’électricité –, est également prévue, avec la mise en place d’un système de prévention en cas de coupure.

EEC doit aussi réduire ses émissions de gaz à effets de serre de 30 % d’ici cinq ans en améliorant la gestion de son parc de véhicules et la consommation des bâtiments.

Enfin, l’entreprise va devoir s’attaquer au renouvellement des câbles souterrains posés dans les années 1970 et qui commencent à vieillir, « un chantier de plusieurs milliards de francs ».

La mairie a retenu le dossier d’EEC au détriment de celui d’Énercal, seul autre candidat. EEC est notamment chargé de l’entretien du réseau et de relever les compteurs des clients.

 


D’importantes sommes d’argent en jeu

 

♦ Un marché de 11 milliards de francs annuels

Le contrat représente un chiffre d’affaires estimé de 11,46 milliards de francs sur un an. « Cela correspond à l’argent qui va rentrer par le biais des redevances et des prestations de service, détaille Philippe Jusiak. C’est ce que va facturer EEC et ce que vont payer les usagers. » Ce montant explique l’attention particulière portée par la ville sur l’ensemble de la consultation. Sur « un sujet sensible », il fallait être le plus transparent possible, assure Philippe Jusiak.

 

♦ 1,5 milliard pour la ville

Sur les factures payées par les usagers, la ville perçoit plus de 1,5 milliard de francs chaque année. Une somme constituée de plusieurs redevances, dont celles d’occupation du domaine public et de mise à disposition des ouvrages, qui sont versées par le concessionnaire, ainsi que de la taxe communale sur l’électricité dont le taux est fixé à 9 % du montant des consommations d’énergie électrique. Ces recettes sont très importantes pour la ville parce qu’elles viennent abonder son budget.

 

♦ Comment est rémunéré le gestionnaire du réseau ?

La rémunération des distributeurs d’électricité est établie par arrêté du gouvernement, qui fixe les tarifs de l’électricité. Il existe un forfait annuel au titre de l’exploitation et une part couvrant l’amortissement des investissements réalisés. En revanche, les services que facture le concessionnaire lui reviennent directement.

 


46 000 clients à Nouméa

EEC, qui compte 260 employés, possède neuf concessions : Nouméa, Canala, Mont-Dore, une partie de Dumbéa, Bourail, Kaala-Gomen, Koumac, Thio et Lifou, ce qui représente environ 68 000 clients dont 46 000 sont des Nouméens. Il s’agit de la concession la plus importante au vu du nombre d’habitants et de la présence d’industries.

 


EEC et Nouméa : une vieille histoire

Il y a 92 ans, en 1929, la ville signait un contrat avec l’Unelco pour électrifier la commune. Des décennies plus tard, en 1985, l’Unelco est devenue EEC, concessionnaire historique du réseau nouméen. À souligner que c’est la première fois, en 2019, que l’attribution de la concession de la distribution d’énergie électrique de la commune a fait l’objet d’une mise en concurrence. La durée du contrat a également été réduite, passant de 20 à 15 ans, afin de diminuer le risque de mainmise sur le marché.

 


Pourquoi deux distributeurs ?

La situation est particulière en Nouvelle-Calédonie par rapport aux autres outre-mer et à la Métropole, qui ne compte qu’un seul distributeur. EEC était déjà présent à Nouméa quand Énercal a été créé en 1955 afin de s’occuper de production d’électricité, avant de développer son activité dans les domaines du transport et de la distribution. Pour Philippe Jusiak, il y a du pour et du contre. « On n’aurait peut-être pas ce niveau de performance sur le réseau sans cette concurrence, on est sur des performances meilleures qu’en Métropole en termes de qualité de distribution électrique. Après, c’est sûr que cela multiplie par deux le niveau d’encadrement. La CRE, Commission de régulation de l’énergie, a émis un avis là-dessus en disant qu’elle préconisait qu’on aille vers un opérateur unique. »

 

Anne-Claire Pophillat (© EEC)

 

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