Élections provinciales : la double impression

Les prochaines élections provinciales se tiendront-elles avec un corps électoral gelé, partiellement ou totalement dégelé ? La question hante désormais chaque échange politique. (©Yann Mainguet)

Le rejet du projet de loi constitutionnelle a replacé au centre des discussions l’organisation des élections provinciales. Cet horizon majeur influence les décisions des partis politiques.

Une tendance prend de l’épaisseur. Celle des principaux partis politiques calédoniens d’être guidés par le seul enjeu des élections provinciales à venir. Puisque l’Assemblée nationale a rejeté, jeudi 2 avril, le projet de loi constitutionnelle dédié à la mise en œuvre de l’accord de Bougival, l’option de la tenue de ce scrutin avant la date limite du 28 juin se renforce réellement. Et le temps est court – moins de trois mois – pour élaborer des listes de candidats, travailler la stratégie, et mener une campagne électorale.

Les discours autour de la double réunion avec le Premier ministre, Sébastien Lecornu, mardi 7 avril, sont quelque part révélateurs de ce contexte particulier où il est demandé de construire une Nouvelle-Calédonie pour tous et, en même temps, où il est exigé en interne de batailler pour l’intérêt du parti. L’Union calédonienne avec le député Emmanuel Tjibaou et le FLNKS représenté par son président Christian Tein – une première au contact de l’État depuis son échange avec Emmanuel Macron au haut-commissariat le 23 mai 2024 – ont participé à la première séquence de la réunion.

« Les militants ont demandé de poursuivre le dialogue et la promesse a été faite à l’ensemble des députés qui ont voté le rejet (du projet de réforme constitutionnelle à l’Assemblée nationale) de continuer la discussion », a indiqué Arnaud Chollet-Léakava, membre du bureau politique du Front. Si l’invitation à un nouvel échange avec le Premier ministre est confirmée pour ce vendredi 10 avril, la coalition indépendantiste « y sera », posée sur les rails de sa revendication, à savoir accord de Kanaky et non au dégel du corps électoral provincial. Ce qui va faire grincer les dents face à la démarche jusqu’au-boutiste de ces indépendantistes.

Inscrits sur une ligne dure, l’UC et le FLNKS ne veulent pas baisser la garde à l’aube de probables élections afin de conforter leur électorat et sont, cette fois, engagés dans les pourparlers, l’isolement étant rarement payant dans la posture contraire.

EXÉCUTIF ET LÉGISLATIF

Les Loyalistes et le Rassemblement ont, quant à eux, fait volte-face. Après avoir annoncé haut et fort ne pas vouloir participer à la réunion convoquée mardi par le Premier ministre – en raison des intentions supposées du gouvernement parisien et de la présence du FLNKS –, ces mouvements se sont finalement assis autour de la table lors d’une seconde partie de rencontre, bien distincte de la première.

Au-delà du revirement, la dernière phrase de leur communiqué, publié une heure et demie avant le début des échanges dans la capitale, surprend par son autorité. « Dans un contexte où les députés ont fait le choix de céder à la menace et la violence », Les Loyalistes et le Rassemblement ne participeront « à aucune réunion avec le FLNKS tant que l’État n’aura pas obtenu des groupes parlementaires l’engagement du respect de la démocratie en Nouvelle-Calédonie ».

Ce qui peut signifier : Sonia Backès et Nicolas Metzdorf demandent à l’exécutif d’imposer une orientation au législatif. Très étonnant et surtout non conforme aux textes. L’axe de la fermeté, qui a rencontré un succès dans le Grand Nouméa aux dernières élections municipales, est maintenu coûte que coûte dans l’optique du prochain scrutin. Au risque, comme du côté de l’UC et du FLNKS, de laisser peu de marge de manœuvre à l’État pour tenter de bâtir un accord consensuel, quel qu’il soit.

MORATOIRE

Spectateur de ces échanges politiques cette semaine, le monde économique se dit ni rassuré, ni plus inquiet. Juste avant le vote de la motion de rejet sur le projet de loi constitutionnelle au Palais-Bourbon, les chambres consulaires, organisations et syndicats professionnels de Nouvelle-Calédonie avaient émis « un signal d’alerte massif venu du terrain » devant l’état jugé catastrophique de l’économie.

Le président du Medef NC, Bertrand Courte, a évoqué, sur les ondes de RRB vendredi 3 avril, le souhait d’« un moratoire fiscal et social » financé par une partie des 240 milliards de francs promis sur cinq ans au pacte de refondation soutenu par l’État.

Une annonce officielle, du côté des acteurs économiques locaux, pourrait intervenir en début de semaine prochaine. D’autant que le visage change à la direction de la mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie. Claire Durrieu, nommée directrice de cabinet du ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, cède la place à Amaury Decludt.

Yann Mainguet

« Donner une légitimité »

Pour Manuel Valls, ministre des Outre-mer du 13 décembre 2024 au 12 octobre 2025, et négociateur de l’accord de Bougival du 12 juillet 2025, il faut aujourd’hui « convoquer les élections provinciales ». Parce qu’« elles donneront une légitimité aux élus de la Nouvelle-Calédonie, permettant peut-être de reprendre, après l’été, des discussions comme le propose le socialiste Arthur Delaporte. Toutefois, le plus réaliste est qu’il faille attendre la prochaine élection présidentielle alors que la situation économique et sociale de la Nouvelle-Calédonie ne cesse de se dégrader, même si l’État a engagé des moyens financiers importants pour la soutenir », précise l’ancien ministre dans une interview accordée au journal L’Opinion du mardi 7 avril.