[Édito] Un sentiment d’abandon

Voilà dix jours que des émeutes sans précédent frappent Nouméa et son agglomération. Avec une temporalité qui n’est pas la même pour tous. Si le président de la République a salué les « nets progrès » dans le rétablissement de l’ordre avec l’arrivée des renforts, ce sentiment est loin de dominer pour une partie de la population dans les quartiers nord. Et l’on imagine mal ce sentiment disparaître avec la venue d’Emmanuel Macron ce jeudi.

On a encore des opérations de dissuasion à la Vallée-du-Tir où une bonne quinzaine de barrages sont disséminés. Les témoignages des habitants de Kaméré font froid dans le dos. Les tirs et les incendies continuent la nuit. Les habitants sont démunis et prisonniers, sans liberté de circuler. Plusieurs quartiers restent également aux mains des manifestants et émeutiers à Dumbéa et Païta.

Dans ces zones, comme sur les grands axes, les barrages qui sont levés sont bien souvent réinstallés. Et la population n’a de cesse de dire qu’elle ne voit pas de forces de l’ordre. « Le contrôle de certains quartiers n’est pas assuré », avait reconnu le haut-commissaire vendredi 14 mai. Quand le sera-t-il ?

On a aussi entendu les cris de détresse des représentants des entreprises sur le manque de protection de Ducos, « poumon économique » du territoire. Ducos, « abandonné à son sort », selon la CCI.

Le même sentiment prévaut au Médipôle dont l’accès reste très problématique.
L’intervention des militaires, occupés à « protéger les bâtiments publics » (port autonome, aéroport, appui logistique et opérationnel), sert à libérer les gendarmes et les policiers sur le terrain. Leur nombre dépasse les 2 800 désormais. Les Calédoniens s’interrogent sur la façon dont ils sont déployés et sur les priorités. À moins que ces moyens aient été sous-estimés.