[ÉDITO] Un long chemin

La Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes est une occasion de faire le point sur ce sujet. La Nouvelle-Calédonie présente des chiffres qui restent catastrophiques – les plus importants au niveau national – avec déjà pour 2025, 2 339 faits de violences intrafamiliales, un record, et plus de huit faits pour 1 000 habitants. Il est vrai aussi que la parole se libère avec davantage de plaintes déposées. Pour autant, et il faut le saluer, c’est un domaine où les autorités du gouvernement, de l’État et de la justice sont proactives. Contrairement à de nombreux rendez-vous de ce type (assises, forums, etc.), le Grenelle organisé il y a six ans a vu plusieurs objectifs se concrétiser : formation de professionnels, loi de pays sur l’égalité professionnelle, congés du second parent, protection des victimes au travail, téléphones grave danger, unité médico-judicaire de proximité,
centre de prise en charge des auteurs de violence, etc.

Les efforts doivent se poursuivre. On s’inquiète surtout des disparités territoriales avec une offre de services concentrée en province Sud, de
la diminution de l’offre d’hébergement avec notamment la fermeture du foyer Béthanie en 2024. Par ailleurs, « le contexte budgétaire freine la pérennisation des actions expérimentées », écrit le gouvernement. Le collectif pour les droits humains en Kanaky a exprimé sa vive inquiétude. « La violence demeure systémique, banalisée, enracinée dans notre société. Un travail de mobilisation politique et citoyenne de grande ampleur est nécessaire pour transformer les mentalités. » Il salue les démarches notamment l’unité médico-judiciaire de proximité au Médipôle, mais juge que « ces outils ne seront efficaces que s’ils sont accessibles, financés durablement […] et connus de la population ».

Le Sénat coutumier souligne que la coutume condamne toute forme de violence faite aux femmes et aux filles, soutient les démarches engagées, et s’engage à renforcer les liens avec les associations, participer à la mise en place de lieux sécurisés, encourager la création de relais coutumiers pour la veille et l’orientation des victimes.
Le changement ne passera que par une mobilisation générale et surtout une évolution radicale de la vision de la femme, dans absolument toutes les cultures, car aucune n’est épargnée. Il en va de même malheureusement pour les enfants, avec des chiffres également effrayants.