Évidemment, tout le monde y pense. Le 13 mai a désormais une nature particulière en Nouvelle- Calédonie, teintée du souvenir des violences survenues il y a deux ans dans le Grand Nouméa. Des murs noircis, abîmés, en partie détruits, portent toujours la marque de l’insurrection. Tout le monde pense encore aujourd’hui à ces moments douloureux, non seulement parce que des êtres sont partis et des emplois sont perdus, mais aussi parce que le sujet qui avait mis le feu aux poudres revient.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a décidé de proposer, en ce mois de mai, au Parlement un dégel partiel du corps électoral provincial avec l’intégration des natifs et des conjoints d’électeurs, en vue du scrutin du dimanche 28 juin. Demain donc. Des médias métropolitains voient se croiser la date anniversaire et l’actualité politique et imaginent un mauvais scénario, à nouveau, sans l’avouer ou presque.
Pourtant le contexte est bien différent. La pression de la rue n’est plus aussi massive face à la volonté de dégel ou de maintien du gel. Les discours ne sont plus aussi violents à la tribune improvisée.
Des sénateurs et députés, conscients de l’ampleur de la déflagration de 2024, raisonnent différemment, davantage en prise avec le sentiment du moment dans l’archipel. Les forces de sécurité sont plus nombreuses sur le terrain. Le risque de nouvelles tensions existe, mais l’ampleur du chaos était telle qu’imaginer revivre cet épisode serait suicidaire. Beaucoup le pensent. Et se faire peur n’amène à rien. Parce que, durant ces deux années compliquées, foudroyées par une chute de l’économie et la détresse des familles, des signes encourageants sont apparus.
Pas assez certainement. La solidarité joue, les politiques se parlent – même si l’impression de tourner en rond est réelle –, des aides sont arrivées, des associations citoyennes agissent. Qui veut éteindre le peu de lumière ?

