[ÉDITO] Les grands travaux de la mission

La question est simple : est-ce possible ? Dans quelques jours, Claire Durrieu, inspectrice des finances, arrivera sur le territoire avec son savoir reconnu et un immense courage. Parce que la tâche est tellement vaste que ses contours sont difficilement perceptibles, vu de l’extérieur. Le ministre des Outre-Mer Manuel Valls avait défini le cap, à Paris jeudi 3 juillet, juste avant la grande réflexion sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie à Bougival.
« À moyen terme, une restructuration de la dette publique calédonienne devra être engagée afin de restaurer une trajectoire soutenable et crédible des finances publiques » avait lancé l’ancien Premier ministre à ses auditeurs
du Caillou. Les réformes nécessaires devront porter sur « le fonctionnement des administrations, la maîtrise de la dépense, l’efficacité de la dépense publique et une meilleure mobilisation des ressources propres ». Et l’État, financeur du territoire, a souhaité être partenaire du gouvernement local dans la lourde démarche. « Pour accompagner cet effort », selon Manuel Valls, une mission interministérielle dédiée, placée sous l’autorité du Premier ministre et rattachée au ministère des Outre-mer, a été créée. À sa tête, Claire Durrieu, qui s’était rendue à Nouméa l’an dernier pour superviser les programmes de soutien. L’intention de l’État, à travers cette mission, est autant louable qu’indispensable. Mais l’ambition renvoie indéniablement aux échecs et inactions passés des élus calédoniens.

Certes, la paralysie du Covid et la déflagration des émeutes ont mis à terre l’économie. Un lot conséquent de réformes aurait pu néanmoins être mis en œuvre avant, si la volonté avait été là, pour les finances publiques, le Ruamm, le secteur du nickel, l’administration… Si les tactiques politiciennes et les appétits électoraux avaient été mis en sourdine, la tâche de Claire Durrieu aurait été assurément moins lourde, et le redressement économique aurait été plus rapide. Le monde ne se refait pas avec des « si ». Il faut tout de même parfois soulever le tapis.