Edgard Pisani, souvent honni en Nouvelle-Calédonie

La Tribune – Edgard Pisani s’est éteint lundi, à l’âge de 97 ans. Il aura été une figure importante de l’État qu’il a servi pendant plus d’un demi- siècle. En Nouvelle-Calédonie, où il a exercé en tant que haut- commissaire entre 1984 et 1985 sous Mitterrand, qui en a fait ensuite un éphémère ministre chargé de la Nouvelle-Calédonie de mai à novembre 1985, son personnage rappelle néanmoins la période sombre des Événements et son implication.

« L’indépendance avec la France »,c’est en ces termes qu’Edgar Pisani tentait de vendre à la une des Nouvelles Calédoniennes du 8 janvier 1985 son projet d’indépendance – association. « Un projet qu’il avait eu l’imprudence de dévoiler à Simon Loueckhote, qu’il prenait pour un indépendantiste, à l’occasion d’un déplacement à Ouvéa. Jacques Lafleur, informé par Simon, n’aura eu de cesse de combattre ce projet », raconte aujourd’hui Sonia Backes sur son compte Facebook.
À l’origine du statut Fabius-Pisani, qui découpait la Nouvelle-Calédonie en circonscriptions et prévoyait déjà un référendum d’autodétermination, Edgard Pisani incarnait pour beaucoup de Calédoniens, le lâchage du territoire par les socialistes d’alors… dont nombre sont encore aux affaires.

35 000 personnes dans les rues de Nouméa

Edgard Pisani est nommé, en décembre 1984, haut-commissaire de la Nouvelle-Calédonie, au plus fort des Événements. Il présente son projet d’indépendance-association et propose à l’échéance du mois de juillet un référendum d’auto-détermination portant sur le maintien dans la République – ou une indépendance- association. Sa proposition – contestée à la fois par le RPCR et le FLNKS – aggrave encore les tensions.

Après le décès du jeune Yves Tual, puis celui d’Éloi Machoro en janvier 1985, un couvre-feu est imposé dans le cadre d’un état d’urgence, qui durera jusqu’en juin. En février, une manifestation contre Edgard Pisani rassemble plus de 35 000 personnes à Nouméa. En mars à Thio, le haut-commissaire prononce un hommage à Éloi Machoro. Puis en mai 1985, Edgard Pisani est nommé ministre délégué en charge de la Nouvelle-Calédonie dans le Gouvernement Fabius. Sur place, il est remplacé par le haut-commissaire Fernand Wibaux.

À l’origine d’une régression statutaire

En Nouvelle-Calédonie, l’Assemblée territoriale repousse, par deux fois lors d’un vote, le statut Fabius-Pisani ; celui-ci entre malgré tout en vigueur en août 1985. L’Assemblée territoriale s’efface alors et cède la place au Congrès du territoire. Le statut Fabius-Pisani signe une régression statutaire pour la Nouvelle- Calédonie : l’exécutif retourne entre les mains du haut-commissaire, tandis que le Gouvernement français est habilité à prendre des ordonnances dont les projets ne sont soumis au Congrès que pour avis… La fonction d’Edgard Pisani au sein du Gouvernement cesse en novembre 1985. La cohabitation fera prendre à la Nouvelle- Calédonie un virage pro-loyaliste, jusqu’au drame d’Ouvéa et son dénouement politique : la signature des accords de Matignon-Oudinot…

Dans l’hommage qu’elle lui rend, George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer, « salue l’engagement de ce grand serviteur de l’État, sa contribution à la Nouvelle-Calédonie à un moment où les tensions étaient vives ». Pour bien des Calédoniens encore, il avait surtout contribué à les attiser…

Cette analyse d’Hervé Mariton, ancien ministre de l’Outre-mer, entendue sur RRB est sûrement plus appropriée. « Il était, comme souvent les gens à gauche, très enfermé dans une analyse de repentance postcoloniale. Ça n’a jamais, ce n’est pas et ce ne sera jamais la bonne entrée dans le débat et l’avenir de la Nouvelle-Calédonie (…) Et de toute évidence, Edgard Pisani, au nom d’a priori idéologiques et d’erreurs d’analyse locale, avait une vision très conflictuelle de la Nouvelle- Calédonie. Et cela, quel que soit le respect que l’on a pour lui au moment de sa disparition, on ne peut pas l’oublier. »

Photo : AFP

Archives de la Nouvelle-Calédonie

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