Économie : « Il y a un frémissement »

Amaury Decludt a été nommé, en avril, directeur de la mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie. L’ancien élève de l’ÉNA doit mettre en œuvre les mesures issues du pacte de refondation économique et sociale, dans la continuité du travail mené par Claire Durrieu. © Y.M.

Financé par l’État, le pacte de refondation économique et sociale doit permettre la relance de l’économie locale. Amaury Decludt, directeur de la mission interministérielle, entrevoit de bons signaux.

Présenté officiellement fin mars par le haut-commissaire Jacques Billant, le pacte de refondation économique et sociale est doté de deux milliards d’euros sur cinq ans, soit près de 240 milliards de francs. La volonté exprimée par l’État est d’activer les projets rapidement, afin d’impulser une reprise, puis instaurer un redressement durable du territoire. Ce plan de relance prévoit une somme de 24 milliards de francs à attribuer cette année à l’économie calédonienne. Dans ce montant, 17 milliards ont été alloués : sept lors d’une vague 1, en mars, et dix lors d’une vague 2, en juillet.

Une procédure est en place : l’annonce, puis l’engagement de crédits, enfin le paiement au fur et à mesure de la réalisation des travaux. Sur les 17 milliards de francs, 4,7 ont été engagés, d’après un relevé de début du mois. « Il y a donc encore une marge de progression », pointe Amaury Decludt, directeur de la mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie. Pourquoi ? Les collectivités adressent des pièces du dossier, au fil des jours, pour démontrer que le projet est suffisamment mûr. Une fois tous les justificatifs réunis, les crédits sont débloqués. Le but de cette méthode est de s’assurer que le projet est prêt à être lancé avec les entreprises, que l’argent ne sera pas perdu à la fin d’année.

« Nous avons une accélération », observe Amaury Decludt, qui estime les engagements passés de 4,7 à 6 ou 7 milliards de francs à la moitié de ce mois. « Nous avons une forte mobilisation des collectivités pour aller dans le même sens. »

DISCUSSIONS AVEC LES COLLECTIVITÉS

L’État veut, une nouvelle fois, aller vite, « c’est l’objectif de ce plan de relance. Parce que les entreprises du BTP n’avaient pas de travail ». Aujourd’hui, selon l’inspecteur des finances, « tout le monde converge sur le fait qu’il y a un frémissement ». C’est-à-dire : les sociétés commencent à voir arriver les appels d’offres, des bureaux d’études à être sollicités, d’après des échos… L’ambition, à court terme, étant de redonner confiance, d’apporter du chiffre d’affaires, de réenclencher le processus d’embauche… « On peut aller encore plus vite, admet Amaury Decludt. Nous discutons avec les collectivités. L’État opère un suivi très régulier. »

Paris leur offre des services d’ingénierie, avec l’intervention de la Société d’équipement de la Nouvelle-Calédonie (Sécal), pour boucler les dossiers. Pascal Vittori, président de l’Association française des maires et premier édile de Boulouparis, confirme la bonne avancée du plan, même si les petites communes, qui disposent par définition d’effectifs plus restreints, ont pu rencontrer des difficultés à bâtir des projets. Généralement, « les programmes de route sont plus faciles et plus rapides à monter que ceux de construction de bâtiments ».

Le secteur du BTP s’est néanmoins énormément contracté, en raison d’une perte considérable de son chiffre d’affaires par rapport à la période pré-émeutes. Cette réduction des équipes poserait un souci dans la bonne marche du plan de relance. L’idée est donc, dans un deuxième temps, après avoir pleinement enclenché la mécanique avec les collectivités, d’aller vers les entreprises avec un encouragement fort : passer du mode survie à celui du recrutement pour accomplir les travaux.

UNE PLAQUE

Reste une question : le contrôle de la dépense. L’État finance le plan pour, à la fois, la remise en activité des entreprises et l’apport de services à la population. Matignon avait fixé quatre objectifs : le désenclavement, la garantie de l’accès aux services essentiels, la lutte contre les effets du dérèglement climatique et la diversification de l’économie. Tout détournement, en cas de vigilance insuffisante, peut constituer une infraction pénale.

« Il y a un contrôle des services de l’État », assure Amaury Decludt. Tout d’abord, sur pièces, autrement dit le paiement ne peut s’effectuer que sur facture des entreprises. Ensuite, sur place, en l’occurrence les commissaires délégués dans les différentes provinces peuvent se déplacer sur site. « Pour le versement du solde de la subvention, nous demandons la pose d’une plaque sur l’équipement au titre du pacte de refondation. Ce qui permet de vérifier la conformité entre ce qui a été financé et ce qui a été réalisé », souligne le haut-fonctionnaire.

Contrairement à l’avis de quelques élus, ce plan de relance ne peut pas être considéré comme du saupoudrage, affirme Pascal Vittori. « Le pacte va soutenir les entreprises, donner de l’emploi, réinjecter de l’argent dans l’économie. »

Yann Mainguet

104

La vague 1 du plan de relance a comporté 54 projets à financer. La deuxième, 50. Soit 104 dossiers cette année.