Le récent ouvrage Histoire(s) de Dumbéa consacre un chapitre à un épisode peu connu : au milieu du XXe siècle, c’est sur la piste de Nondoué qu’est née l’aviation calédonienne grâce à une poignée d’aventuriers réunis dans le premier aéro-club du territoire.
« L’histoire aérienne en Nouvelle-Calédonie est d’abord celle de passionnés », introduit ce chapitre intitulé Dumbéa Vue du ciel. En 1934, Henri Martinet, un pharmacien métropolitain et des fanas de voltige montent un aéro-club. Durant la Grande Guerre beaucoup d’hommes se sont familiarisés avec les avions. L’association compte à sa création en 1934, 120 adhérents.
Les habitants sont nombreux à souscrire à l’achat du premier avion calédonien, un Potez 60 nommé Le Cagou – on notera l’ironie – acheminé en 1936. Ses premiers vols sont effectués à partir de la plage de Magenta, mais « elle ne permet de manœuvrer qu’à marée basse », explique Célia Martin, l’une des rédactrices de cet ouvrage. L’aéro-club porte donc son dévolu sur la plaine de Nondoué, abritée du vent et située tout près d’une gare. Une piste de 700 mètres de long et 50 mètres de large est érigée ainsi qu’un hangar provisoire en paille.
L’inauguration rassemble 800 amateurs venus en train et en automobile. L’aérodrome prend le nom de l’aviateur français Charles de Verneilh qui avait réalisé l’exploit de relier Paris à la Nouvelle-Calédonie à bord du Biarritz, en 1932. « Le périple le plus long entre deux points français. »
EXPLOITS ET PÉRIPÉTIES
Des amateurs font leurs baptêmes de l’air au départ de Dumbéa à bord du Cagou, généralement dirigé par Gaston Constans, fils des propriétaires du Grand Hôtel Central, à Nouméa, formé pilote au sortir de la Grande Guerre, et bientôt à bord de L’Aiglon (Caudron-Renault type C.600) acquis par Henri Martinet et Michel Verges, qui arrive en pièces détachées dans une « caisse avion ».
L’aérodrome sera le théâtre des premières aventures aériennes, « des épopées à bord de simples avions de tourisme, parfois rocambolesques », souligne Célia Martin. En juin 1936, le conseil général fait appel à l’aéro-club pour repousser des pêcheurs illégaux japonais.

Les recherches sur ce chapitre ont été facilitées par l’ouvrage de Luc Chevalier, Les ailes calédoniennes. (©Louis-Georges Viale)
Lucien Baumont et Henri Martinet décollent de Nondoué vers le récif Mengalia, entre Hienghène et Touho, mettent la pression au navire, mais une grenade qu’ils transportent roule dans l’appareil et bloque la commande profondeur, l’avion plonge à 25 mètres de l’équipage japonais. Les pêcheurs finissent par leur venir en aide, mais l’avion disparaît.
Des exploits se réalisent, non sans difficulté, au service des populations. Fin 1936, Henri Martinet et Gaston Constans parviennent, après trois tentatives, à relier Dumbéa et La Roche, à Maré, en une heure de vol. Ils sont accueillis en grande pompe par les autorités de l’île, le moment est historique.
L’avion rejoindra le lendemain Lifou puis Dumbéa (1 h 13 minutes). « C’est révolutionnaire pour la Calédonie de l’époque : il faut alors trois jours pour gagner ces îles par la mer », replace Célia Martin.
En 1937, un nouveau Caudron C.510 triplace nommé Pélican doit assurer des missions sanitaires. Il s’écrase lors des premiers essais. Gaston Constans est sérieusement blessé.
En 1939, Henri Martinet et Paul Klein effectuent avec L’Aiglon le vol inverse réalisé par Charles de Verneilh sept ans plus tôt vers la Métropole. Au bout de 57 jours, l’avion se pose au Bourget, à Paris. « Cela restera pendant longtemps le plus long voyage effectué en ligne droite par un équipage français », précise le livre. Il inspirera bien plus tard Marc Perdu et Christian Tiriault pour leurs
aventures en ULM (Spirit of Nouméa). Célia Martin évoque des « héros du quotidien ».
NOM DE CODE : PARADISE
La Seconde Guerre mondiale touche grandement la commune et l’activité de l’aéro-club. Les Américains débarquent en 1943.
La Nouvelle-Calédonie devient une base aérienne et sanitaire avec une nouvelle piste à Tontouta, édifiée par leurs soins, Dumbéa devient un important centre hospitalier (lire par ailleurs). Idéalement située, la piste de Nondoué est exploitée comme piste auxiliaire.
Son nom de code est Paradise, « certainement un clin d’œil à ses excellentes conditions d’utilisation ». La vallée accueillera une dizaine de chasseurs de la United Air Force, protégés par des défenses anti-aériennes disposées sur la ligne de crête.
L’aérodrome est une base arrière sous le commandement de James Jarman. L’exploitation de ces différentes pistes vise à « désengorger Tontouta et surtout disperser les appareils pour éviter de revivre Pearl Harbour ». Après la guerre, le centre de l’activité aérienne se déplace sur Magenta et Tontouta, la nature reprend ses droits sur la piste de Nondoué. Mais Dumbéa est devenue un centre de loisirs aéronautiques.
Chloé Maingourd

