Du mieux dans les effectifs de santé de proximité

Le centre médico-social de Poindimié. Photo : P.Nord

Grâce à une situation sécuritaire plus stable et des efforts pour rendre le territoire plus attractif, les ressources médicales se reconstituent progressivement même si des tensions persistent et que le turn-over reste élevé. Zoom sur les centres médico-sociaux des provinces.

Les évènements de mai 2024 ony ébranlé un système de santé déjà mal en point : de nombreux professionnels sont partis ou ne sont jamais arrivés, découragés par les émeutes. La province Nord a été particulièrement touchée avec la fermeture de certains centres et services, qui rouvrent progressivement (soins externes à Koumac et Poindimié et consultation sage-femme à Koumac ; service de chirurgie du CHN de Koné à demi capacité). Les centres médico-sociaux ont limité leur activité à la consultation de jour avec parfois de la téléconsultation. Aujourd’hui, « les astreintes d’urgence reprennent doucement », précise Mylencka Oudare, directrice adjointe de la Direction des affaires sanitaires et sociales de la province Nord (DASSPS).

Trois nouveaux médecins sont arrivés, à Pouébo (il n’y en avait plus depuis août), Ponérihouen (en souffrance depuis plusieurs mois) et Voh. Ils sont en « immersion » à Hienghène, Kouaoua et Koné (lire par ailleurs). La province Nord a encore besoin d’un médecin par centre dans ses 17 communes ainsi que de quatre assistants sociaux. Les postes de sage-femme sont couverts et des dentistes retraités interviennent ponctuellement. Des professionnels libéraux se sont aussi installés.

Le CMS de Houaïlou. Photo Province Nord.

« COMPRÉHENSIFS »

En province Sud, les centres de Thio (fermé pendant près d’un an) et Yaté (deux mois) ont rouvert en septembre avec un médecin chacun. La quasi-disparition de l’offre libé- rale en Brousse, sur la côte Est à Thio, Yaté et à l’île des Pins a accru la pression sur les centres restés ouverts « La Foa et Bourail ont reçu de nombreux patients du Nord (30 % de notre patientèle), souvent dans une situation de santé dégradée. Donc le fait que la province Nord soit en meilleure posture nous soulage, explique Jean-Baptiste Friat, directeur de l’action sanitaire et sociale de la province Sud. Et même si ce n’est pas à la hauteur de ce que l’on a connu, nous sommes satisfaits de pouvoir offrir un service médical dans tous les centres. »

La province des Îles fonctionne toujours en mode « dégradé », avec seulement la moitié des médecins nécessaires (environ 9 sur 18) explique Marie-Rose Waïa, directrice de l’action communautaire et sanitaire (Dacas). Les urgences et les hospitalisations sont centralisées sur Wé à Lifou et Tadine à Maré tandis que les autres centres se limitent aux consultations de journée. On trouve aussi un médecin à Hulup (Ouvéa), un service infirmier à Saint Joseph et Tiga. Les effectifs de sage-femme sont stables, les dentistes arrivent en fin de contrats.

« AUX PETITS SOINS »

Le recrutement s’améliore. « On reçoit des candidatures spontanées », note Mylencka Oudare. « Il n’y a plus d’images d’émeutes et on est sortis des périodes estivales de l’hémisphère nord qui sont généralement plus compliquées pour nous », analyse Jean-Baptiste Friat. Les efforts de diffusion des offres auprès des écoles, universités et réseaux professionnels portent leurs fruits. Cependant, « les recrutements se font sur des durées plus courtes qu’avant », explique Marie-Rose Waïa, parfois même pour « 15 ou 20 jours ! » Une généralité. « La ressource est recherchée partout et les nouvelles géné- rations privilégient les expériences variées. Quand on les retient un an, c’est une réussite », indique Jean-Baptiste Friat.

La réactivité est essentielle ‒ « Il faut pouvoir répondre dans les 24-48 heures » selon Mylencka Oudare ‒ tout comme les avantages proposés (prise en charge du billet, hébergement, etc.). Les Îles misent sur la qualité de vie et l’accueil dans les tribus, un atout majeur qui inspire par ailleurs. À Thio et Yaté, « on a vraiment pris le temps d’aller voir les gens en disant : c’est une ressource rare et chère, appuie le directeur en province Sud. Et ils ont joué le jeu avec un bel accueil des médecins, c’était très touchant et ça participe aussi à leur expérience ». Même envie dans le Nord : « Le nouvel arrivant ne connaît pas forcément le territoire, il faut être aux petits soins et qu’il puisse être accompagné par les forces vives de la commune », estime Mylencka Oudare.

Le système d’immersion, avant la prise de poste, sensibilise les professionnels aux pratiques locales, aux pathologies chroniques, etc. Aux Îles, pas moins de quatre médecins étrangers exercent. Pour eux, encore plus que pour les médecins de métropole, un accompagnement spécifique aux milieux isolés et aux urgences est nécessaire, estime Marie-Rose Waïa.

Chloé Maingourd


Dans le Nord, « j’ai été très bien accueilli »

Photo : province Nord

Le Dr Havyarimana, originaire du Burundi en Afrique, a exercé un an et demi en Métropole avant d’arriver en Nouvelle-Calédonie. Il exercera au centre médico-social de Ponérihouen à compter du 28 novembre, pour au moins trois mois. Sa venue est rendue possible par la dérogation à la réglementation par le gouvernement permettant aux médecins titulaires de diplômes délivrés hors UE d’exercer sur le territoire jusqu’au 31 décembre 2026. Âgé de 39 ans, le Dr Havyarimana est en immersion à Kouaoua, puis sera à Poindimié avant de rejoindre son affectation. « J’ai été très bien accueilli dès mon arrivée. La population est très agréable. J’accompagne le médecin de Kouaoua, on m’explique surtout le fonctionnement des CMS, l’orientation vers les spécialistes. Je connais bien les pathologies locales qui sont les mêmes chez moi. »

Il ira ce week-end à la rencontre d’un compatriote à Houaïlou. Plusieurs médecins sont issus de la “filière burundaise” (Médipôle, Koumac, Yaté, Maré, Ouvéa) avec des résultats hétérogènes, selon plusieurs professionnels. Ce sont les professionnels les plus susceptibles de rester sur des contrats longs. Si son titre de séjour est renouvelé et que l’expérience se passe bien, le Dr Havyarimana pourrait envisager un rapprochement familial, sa famille étant au Burundi. C’est une « opportunité de découvrir un territoire et de pratiquer la médecine dans un contexte humain ». Il juge les conditions de recrutement et de vie satisfaisantes.


Une situation « très fragile » selon l’Ordre des médecins, notamment pour les généralistes 

Les efforts fournis par les structures et les autorités ont permis de regonfler les effectifs de médecins un peu partout dans le salariat, au Médipôle, au CCSR, dans les CMS, confirme le Dr Bruno Calandreau, président de l’Ordre, avec des contrats effectivement plus courts.

L’Ordre s’inquiète en particulier de la situation de la médecine générale libérale. « Des professionnels sont partis sans successeur et une patientèle importante se retrouve sans médecin, explique le président. Un travail doit être effectué par les responsables de santé sur des mesures d’attractivité pour trouver des médecins et donner envie de rester à ceux qui sont là, faire en sorte qu’ils ne s’épuisent pas car ils n’ont pas de possibilité de se faire remplacer. »

Bruno Calandreau rappelle qu’ils sont « la porte d’entrée du système de santé », « ce sont eux qui orientent vers les spécialistes ». Il fait état de vrais « déserts médicaux jusque dans Nouméa » : il n’y a plus qu’un médecin à Rivière-Salée (cinq auparavant) et à la presqu’île de Ducos. De grosses difficultés sont aussi rencontrées à Dumbéa et au Mont-Dore Sud.

En mai 2024, 1 020 médecins exerçaient en Nouvelle-Calédonie, ils sont 887 en novembre 2025. L’Ordre précise que 285 médecins sont partis. Parmi les spécialités toujours en tension, la dermatologie, l’ophtalmologie en libéral (un cabinet n’a pas été repris), la gastroentérologie et la rhumatologie. La psychiatrie est aussi en grande difficulté en hospitalier, surtout en pédopsychiatrie. À noter néanmoins, 131 nouveaux arrivants et certaines installations de Calédoniens.

Au niveau des hôpitaux, les conventions avec les universités métropolitaines pourraient, selon l’Ordre des médecins, avoir des effets très positifs. Les humanitaires de l’Ordre de Malte pour les déserts médicaux dont l’engagement est financé par l’État sont aussi attendus, ils sont « en cours de recrutement » pour exercer dans les CMS. Une convention a été signée avec le gouvernement.


A savoir

Il existe un très fort déséquilibre dans la répartition des compétences médicales puisque 93 % des médecins généralistes libéraux et 99 % des médecins spécialistes libéraux se trouvent en province Sud, selon le gouvernement. 88 % des généralistes et 97 % des spécialistes exercent dans le Grand Nouméa.


Quelles mesures ?

Le 18e gouvernement a autorisé depuis son installation en début d’année l’exercice de 59 personnels soignants étrangers. Parmi ces médecins, des cardiologues, neurologues, néphrologues, généralistes, radiothérapeutes, neurochirurgiens, gynécologues, infirmiers, pédiatres, masseurs-kinésithéra- peutes… Le recrutement dépend ensuite des employeurs (CMS, CHT, CHN etc.) Il existe quasiment autant de mesures incitatives que d’employeurs. Les conditions de recrutement peuvent inclure le paiement du billet d’avion, le logement, le véhicule, la reprise d’ancienneté.

Le gouvernement a signé avec l’État, les forces de l’ordre et les représentants des professionnels de santé une convention pour sécuriser l’exercice du métier (formations, référents sureté, boutons d’urgence dans les cabinets). En parallèle, Claude Gambey, membre en charge de la Santé et également des Affaires coutumières est intervenu auprès des responsables coutumiers, qui se sont mobilisés pour assurer la sécurité des personnels. On peut noter également la constitution d’une réserve sanitaire d’une cinquantaine de praticiens, le travail sur la grille salariale des personnels hospitaliers, la feuille de route de la santé numérique, la refonte de la carte sanitaire, le développement de la télémédecine … Un travail de prévention sur l’activité physique et l’alimentation est mené par l’Agence sanitaire et sociale.

La province Sud a entre autres développé un « kit attractivité » à destination des infirmiers et le dispositif « Sud Santé » qui prévoit le financement de billets d’avion, une prime à l’installation pour les infirmiers.

C.M.