[DOSSIER] Viaduc du Mont-Dore : gros projet, vrai débat

Le projet de viaduc partirait de ce point aux abords de la route du Vallon-Dore pour traverser la baie en direction de Boulari. © Yann Mainguet - Illustration David Mollard

Nina Julié l’a porté lors de la campagne des élections municipales de mars dernier, au Mont-Dore, en a même constitué un des axes de son discours. Avec un certain succès, puisque la candidate Générations NC a décroché la mairie avec plus de 47 % des voix au second tour. La pétition ayant recueilli au moins 400 signatures, le Conseil économique, social et environnemental de la Nouvelle-Calédonie a mené en outre, mardi 25 août, les premières auditions sur le thème de « l’accès sûr et permanent pour le Sud du Mont-Dore et Yaté ». Le projet s’est placé au cœur des échanges.

Deux jours plus tard, ce jeudi 27 août, « l’instance de dialogue pour le viaduc » doit connaitre sa première rencontre dans la commune intéressée, le Mont-Dore, avec un large panel d’intervenants issus de la municipalité et du haut-commissariat, mais aussi de la province Sud et des associations environnementales ou encore des autorités coutumières et fédérations économiques. Le dossier est donc ouvert. Des études sont en cours.

TROIS POINTS SENSIBLES

L’ambition de construire un pont au-dessus de la baie de Morari, défendue bec et ongles par l’association Citoyen mondorien, n’est en fait pas récente. L’idée étant, bien avant les Événements et les incidents autour de la tribu de Saint-Louis, de « rejoindre directement le Sud et éviter le grand détour par la côte », se souvient un ancien élu. Des réflexions techniques, plus ou moins abouties, ont germé durant des décennies. Au point où une habitante parle avec le sourire d’« arlésienne ».

Aujourd’hui, le projet de viaduc est sensible pour au moins trois raisons. Le coût, tout d’abord, qui s’élèverait entre 40 et 60 milliards de francs. Pas une mince affaire, vu l’état des finances locales et nationales. Où trouver l’argent ? Ensuite, l’impact environnemental d’une telle réalisation soulève légitimement des questions. Mangroves, platiers, fonds marins… Des expertises seront bien entendu menées, présentées et détaillées, toutefois des associations voient déjà la potentielle construction d’un mauvais œil.

Enfin, il ne faut pas le nier, le dossier a pris des reflets politiques, depuis plusieurs années. Cette voie secondaire s’est souvent vu attribuer la mention complémentaire, dans le langage courant, « contournement de Saint-Louis », fief indépendantiste très chaud. Dont le grand chef, Roch Wamytan, est une figure de l’Union calédonienne. Sur l’autre rive, l’ancien président de l’association Citoyen mondorien, Florent Perrin, promoteur du projet de viaduc, vient d’être élu à l’assemblée de la province Sud dans les rangs Les loyalistes. En clair, ce chantier envisagé n’est pas ordinaire.

« MARRE DES BLOCAGES »

Différents échos circulent parmi les habitants. Thierry est favorable à ce projet de pont, parce que, l’expérience est amère, « en 2024 je suis resté coincé neuf mois dans le Sud à cause des problèmes à Saint-Louis. J’ai pris par le passé des cailloux. J’aimerais une autre route, même avec un péage ! Mais au moins, on serait rassuré ! » Alors les politiques, « qu’ils se débrouillent à trouver les milliards ! » Paul, retraité, est du même avis. « On veut vivre comme tout le monde : circuler sans blocage, ni caillassage. On en a marre ! »

L’idée est « absurde », rétorque Éric. « Il est si facile de bloquer un pont. Cela revient au même. » Cet employé dans la communication penche plutôt vers une solution maritime, avec des navettes, qui embarqueraient passagers et voitures. Une piste « simple et beaucoup moins coûteuse ». Et puis, « ça arrangerait peut-être Saint-Louis de voir moins de trafic devant la tribu ». Petelo soutient cette option d’un déplacement par la mer, « avec des connexions de transport en commun à l’arrivée ». Car un pont à plusieurs dizaines de milliards de francs, « est-ce aujourd’hui la priorité des priorités ? »

La question va alimenter les débats des prochains mois. Et tout devra être posé sur la table.

Yann Mainguet