Dans les communes infestées par le scarabée rhinocéros, les habitants tentent de sauver tant bien que mal leurs palmiers et cocotiers. Beaucoup se sentent désarmés face au peu de moyens de lutte qui leur sont proposés. Témoignages.
Sur son terrain de 3 hectares situé à Dumbéa-rivière, Matthieu compte plusieurs palmiers et cocotiers, dont certains ont été plantés il y a plus de 30 ans. Depuis quelques mois, la quasi-totalité de ces arbres est attaquée par des scarabées rhinocéros. Les troncs sont parsemés de petits trous, et les palmes des cocotiers tombent sous l’effet du creusement opéré par ces insectes. Surtout, « nos palmiers royaux situés à l’entrée du terrain, habituellement magnifiques, sont complètement épluchés », décrit-il.
S’il a tenté d’installer un piège à phéromones, les résultats ont été très décevants. « Aucun spécimen n’a été capturé. » Se sentant démuni, il essaie de se renseigner et tente ci et là quelques solutions alternatives. « J’ai vu que certaines personnes utilisent du sel, et que ça marche plutôt bien. Encore faut-il pouvoir monter tout en haut d’un cocotier… »
« BEAUCOUP D’INVESTISSEMENTS »
À l’avenir, il espère que les institutions publiques « prendront les choses en main » et mettront en place des « mesures plus fortes ». « Aujourd’hui, raconte-t-il, il y a énormément de personnes touchées. Pour beaucoup, ces arbres font partie de l’histoire de leur terrain et de leur famille. C’est beaucoup d’investissements. Voir tout cela s’écrouler à cause d’un petit insecte sur lequel on ne peut pas agir, c’est un peu comme si on voyait une maison s’écrouler. »
Sur la commune voisine, au lotissement des 3 Vallées à Païta, Mireille vient tout récemment de constater la présence de ce nuisible chez elle. Avec une cinquantaine de palmiers et une trentaine de cocotiers plantés dans son jardin, elle s’inquiète. « C’est tout mon jardin qui risque d’être détruit. […] En plus, j’ai vu qu’il pouvait aussi s’attaquer aux taros, aux ananas, aux bananiers… Qu’est-ce que l’on va manger ? C’est terrible ! »
PROSPECTION
Pendant ce temps, à Lifou, la lutte contre le scarabée rhinocéros continue, depuis la détection d’un spécimen le 1er octobre. Dans les tribus de Wé et Mou, une centaine de pièges ont été posés par les agents de l’association Arbofruits. En parallèle, des prospections sont effectuées afin de trouver de potentiels gîtes larvaires, et des actions de sensibilisation sont menées auprès des habitants. Selon Patrick Hniminau, technicien de l’association Arbofruits, beaucoup d’entre eux sont inquiets. « Lorsque l’on fait nos réunions d’information, ils nous demandent : « Qu’est-ce qu’on va faire sans cocotiers ? » […] Car ils font tout avec, des feuilles jusqu’à la racine. Donc quand ils voient ce qu’il se passe sur la Grande Terre et au Vanuatu, ils ont peur. »
Par conséquent, de nombreux habitants sont investis dans la lutte contre le ravageur et secondent les agents de l’association dans leurs actions, en enlevant les tas de déchets verts autour de chez eux ou en brûlant les feuilles de cocotier qui tombent.
N.H.
Le marché se développe autour des pièges à phéromones
Avec la dispersion rapide des scarabées rhinocéros sur le territoire, plusieurs professionnels des métiers du jardin ont ajouté à leurs services la pose de pièges à phéromones. Une activité qui ne fait pas l’unanimité auprès de particuliers comme de professionnels. « Ils en profitent pour faire du business, mais malheureusement, en plus du fait que ce ne soit pas “donné” au niveau du prix, le résultat est très médiocre », déplore Matthieu, un habitant de Dumbéa-rivière.
Du côté de l’Agence néo-calédonienne de la biodiversité, Patrick Barrière s’inquiète de la communication faite sur ces pièges. « Certains présentent comme bénéfice le fait d’avoir “une protection durable des palmiers et cocotiers”. Ceci s’apparente à de la fausse publicité, puisque le premier objectif du piège, c’est simplement d’être disposé — comme le fait le Sivap — sur l’ensemble de la Grande Terre, afin de connaître la progression de l’invasion. En revanche, ils n’ont pas la vocation ni la capacité d’attraper un très grand nombre d’individus », rappelle-t-il.



