[DOSSIER] Une année aux urnes

Les Calédoniens de trois corps électoraux pourraient être appelés à se prononcer trois fois cette année sur des enjeux très divers.

Aux urgences financières, économiques ou sociales, s’ajoutent en cette année 2026 des rendez-vous cruciaux devant les électeurs. Non pas un, mais trois visites de l’isoloir, potentiellement. La première interviendra dans cinq semaines, avec les élections municipales programmées les 15 et 22 mars. Au delà des enjeux communaux, réhaussés aujourd’hui par les défis de la reconstruction post-émeutes de mai 2024, le scrutin appuyé sur une liste électorale générale donnera une photographie de la coloration politique du territoire. Autrement dit, l’Union calédonienne conservera-t-elle près de 40 % des mairies ? Les Loyalistes transformeront-ils l’essai dans le Grand Nouméa ? Que pèsent les pro et les anti-Bougival Élysée-Oudinot ?…

Nouvelle donne majeure, des dissidents du Palika et de l’UPM, formations indépendantistes signataires des récents accords à Paris, ont décidé de se regrouper au sein de l’Unité du peuple en Kanaky (UPK) en opposition à la ligne choisie par les délégations de leur parti avec le président de la République. Ces militants, qui se présenteront à la salle Au Pitiri de Koné samedi 7 février au matin, pourraient venir s’immiscer dans la campagne électorale. Ou, davantage, dans les campagnes électorales. Puisque le tout frais accord complémentaire Élysée-Oudinot prévoit dans son « calendrier indicatif de mise en œuvre » une soumission de ces orientations politiques à l’approbation des Calédoniens en juin ou juillet. Le corps électoral appelé à se prononcer sur l’accord sera le corps électoral spécial pour la consultation (LESC). C’est-à-dire les électeurs convoqués aux référendums de 2018, 2020 et 2021.

MANDAT XXL

Troisième passage devant l’urne, toujours selon le planning arrêté mi-janvier à Paris, les élections provinciales se tiendraient avant le 31 décembre, au terme donc d’un quatrième report du vote. Les élus, désignés le 12 mai 2019, effectueraient ainsi une mandature et demie. Une durée inédite, source de polémiques. Le projet de loi constitutionnelle organise le dégel progressif du corps électoral à ces provinciales. Néanmoins, si le processus échoue, si la réunion des parlementaires en congrès à Versailles ne parvient pas à atteindre les 3/5es des suffrages, ce qui est possible, ces élections devront avoir lieu avant le 28 juin au plus tard avec un corps électoral gelé.

Les cartes sont sur la table : trois votes probables dans l’année, avec autant de corps électoraux, pour une recomposition du paysage politique calédonien et un éventuel virage institutionnel. Les partis affûtent leur stratégie, travaillent d’ores et déjà leurs alliances. Une question se pose : le territoire parviendra-t-il à sortir d’un mode binaire « indépendantistes/non-indépendantistes » et
porter un bloc central partagé ?

Y.M.