Roch Wamytan, grand chef du district de Pont-des-Français, qui comprend Saint-Louis, s’oppose à la construction d’un viaduc pour relier le Mont-Dore Sud. La raison principe avancée : la protection du littoral. Le coutumier a imaginé, en revanche, un projet de sécurité et de développement aux abords de la tribu à la réputation chaotique.
Les tribus sont méfiantes, sceptiques, voire davantage, à l’égard du projet. La grande chefferie Negrah du Mont- Dore veut disposer de réelles informations sur le dossier du viaduc avant de prendre position et exprime d’ores et déjà sa grande vigilance sur le plan environnemental.
Du côté de l’autorité du district de Pont-des-Français, « sur le principe, nous avons fait connaître notre opposition », claque Roch Wamytan. Un terme, utilisé au départ par des politiques, puis peu à peu mis de côté, a agacé au sein des tribus : le pont était envisagé comme une voie de contournement.
« UN PATRIMOINE HISTORIQUE »
L’opposition mentionnée par Roch Wamytan s’appuie surtout sur l’expérience jugée décevante de la voie de dégagement est, ou VDE, au Mont-Dore, lancée par tranches entre 1998 et 2002 pour fluidifier la circulation. L’expansion de la zone artisanale qui en a découlé a été saluée, à la suite de discussions entre la chefferie de La Conception et la province Sud à l’époque.
Toutefois, Saint-Louis n’était pas favorable à cette route afin de préserver la petite baie, « un patrimoine historique lié à l’évangélisation du Sud », avance le grand chef Wamytan, qui se souvient aussi de la contestation du tracé. Une préoccupation avait particulièrement émergé : le risque de pollution de l’environnement après la création de cette VDE, dénommée route express du Mont-Dore. Les opposants à cette chaussée décèlent aujourd’hui, selon eux, des perturbations dans la nature. « Nous partons maintenant de ce principe : il y en a assez de défigurer notre littoral, insiste l’ancien président du Congrès. Des gens de chez nous tirent leurs subsistances de ces endroits avec la pêche ».
« RECALIBRER » LES QUATRE KILOMÈTRES
Le projet de viaduc n’est ainsi pas le bienvenu, à entendre le grand chef du district de Pont-des-Français. Le coût d’une telle réalisation est conséquent : entre 40 et 60 milliards de francs. Ce qui pourrait susciter une réticence de l’État vu la situation de ses finances. Or Paris soutient des études à travers des contrats de développement. « Peut-être pour démontrer que ce n’est pas possible ! », ironise Roch Wamytan, qui a en tête un contre-projet à cette voie secondaire dans la baie.
Il y en a assez
de défigurer notre littoral (…)
Des gens de chez nous tirent leurs subsistances de ces endroits
avec la pêche.
L’idée : « recalibrer » les quatre kilomètres de route qui longent la tribu de Saint-Louis, c’est-à-dire les rehausser avec des aménagements d’évacuation en raison du terrain marécageux, et gérer la sécurité de cette artère à la réputation sulfureuse en relation avec la police municipale et la gendarmerie. Une société de surveillance a été mise en place « dans les règles », en début d’année, avec du personnel formé en Métropole « à nos frais ». Son nom : GDR, pour Gardiens du respect. Une dizaine d’agents, issus de la tribu de Saint-Louis, mais aussi des quartiers, ont été recrutés.
Cette entité a décroché, selon Roch Wamytan, des contrats de gardiennage auprès de magasins et locaux de la commune. La création d’autres entreprises est possiblement envisagée. L’autorité du district de Pont-des-Français imagine en outre du développement aux abords de ce tronçon de quatre kilomètres, du Thabor à la Coulée, avec, par exemple, l’installation d’une station-service ou encore d’un centre commercial. « On peut trouver des solutions » pour soutenir la tribu de Saint-Louis et s’occuper de la jeunesse délinquante, pose le coutumier. « Ces solutions ne coûteront pas 60 milliards de francs à la collectivité. »
Le dossier aurait été présenté oralement à l’ex-maire du Mont-Dore, Élizabeth Rivière. Selon le grand chef, « ce projet, nous pouvons le mener ensemble avec les gens du Mont-Dore ».
Yann Mainguet
L’idée de Rock Pidjot
Bien avant les Événements de 1984-1988 et les incidents réguliers aux abords de la tribu de Saint-Louis, l’Union calédonienne aurait pensé à une structure en faveur du développement du Mont-Dore Sud. « Ils avaient envisagé un pont sur des piliers posés sur le platier à partir de Tina jusqu’au Vallon-Dore », explique Roch Wamytan après avoir échangé, il y a longtemps, avec son grand-père, le député Rock Pidjot. « Techniquement, il était possible de le faire, en raison du platier. »
Le projet n’a pas vu le jour, non pas à cause du coût mais d’une autre ambition de taille, celle de déplacer l’aéroport international de Tontouta dans la baie de Tina avec un prolongement sur le platier, se souvient le coutumier, lui-même ancien président de l’UC. Après consultations, nous n’avons trouvé aucune trace de ces deux intentions.

