[DOSSIER] Un épisode meurtrier en 1875

Le temple de Mou, dont il ne reste aujourd’hui que des vestiges, a été construit en 1852, à l’initiative du missionnaire protestant Fao qtr (1800-1860). (© Paul Fizin, 2008)

Le dernier tsunami d’ampleur ayant affecté la Nouvelle-Calédonie eu lieu en mars 1875. Au sud de Lifou, la catastrophe fit 25 morts et plusieurs dizaines de blessés.

Dans la baie d’Ahmelewedr, les vestiges de l’ancien temple de Mou, construit au XIXe siècle, sont encore visibles aujourd’hui. Édifié avec des pierres de corail provenant de l’ensemble du district de Lössi¹, l’ouvrage fut balayé par un puissant tsunami, le 28 mars 1875, jour de Pâques. Dénommé « gejë madra » (mer rouge en langue drehu), le phénomène a été précédé d’un fort tremblement de terre, dont l’épicentre « devait se situer entre Tanna, au Vanuatu, et Lifou »². À 23 heures, une première secousse réveilla une partie des habitants des tribus de Mou, Luengöni et Joj, au sud de l’île.

DÉGÂTS MATÉRIELS ET HUMAINS

Puis, le drame. Les vagues rentrèrent jusqu’à 400 mètres à l’intérieur des terres, emportant les cases, la maison du grand chef Boula en construction depuis deux ans, ainsi qu’un commerce. Les chevrons des cases, dans leur chute, tuèrent un grand nombre de personnes. 25, au total. En parallèle, le tsunami fit 17 blessés et de nombreux sans-abris.

Dans leur article publié en 2016³, les universitaires Matthieu Le Duff, Catherine Sabinot, Pascal Dumas et Michel Allenbach expliquent pourquoi les tribus de Mou et de Joj ont été davantage impactées que leurs voisines. Selon eux, cela tient au fait qu’il existe deux types de structure corallienne à Lifou : un récif frangeant océanique et un complexe de massifs coralliens côtiers. Alors que les côtes de Luengoni bénéficient de structures coralliennes formant un double récif, limitant les impacts du tsunami, celles de Mou et Joj font face à un récif discontinu, bien moins protecteur.

POPULATIONS VULNÉRABLES

Ils relaient également le fait que les victimes étaient principalement « des malades, des vieillards, des infirmiers et beaucoup de petits enfants ». Une raison simple à cela : dans les années 1870, aux îles Loyauté, les premières routes étaient en train d’être construites et les travaux étaient effectués par les hommes de chaque district, sous la direction de la grande chefferie.

Le 28 mars 1875, les tribus du district de Lössi étaient vidées de leurs forces vives, les hommes en âge de travailler étant mobilisés pour ces grands travaux. Lorsque le tsunami frappa, le grand chef Boula et une partie de ses hommes étaient installés à Luengoni, où ils travaillaient à l’ouverture de l’axe reliant la tribu à Hunoj. Pas en mesure, donc, d’apporter leur aide à ces populations vulnérables, dont les corps ont été retrouvés dans les brousses ou emportés par les vagues.

Au petit matin, le 29 mars, d’autres secousses ont été répertoriées : à 3 h 30, 4 heures et 7 h 30. Les personnes assistant au culte à Wé à ce moment-là ont vu « les chandeliers s’agiter, les lampes, les croix d’autel et les vases de fleurs se mettre en mouvement »² .

Après cette catastrophe, les habitants ont évité de rebâtir trop près de la zone côtière exposée. La grande chefferie fut déplacée et installée sur les hauteurs. Tout comme le nouveau temple.

Vues schématiques de la tribu de Mu en 1875 : avant et après le tsunami.

Nikita Hoffmann

¹. Paul Fizin – Thèse de doctorat « Des sentiers coutumiers au chemin du ′′lotu′′ : le rôle des insulaires du Pacifique lors de la diffusion des protestantismes en Mélanésie 1830-1900 ».

². Frédéric Angleviel. 101 mots pour comprendre Lifou. Éditions Île de Lumière (2000).

³. Article « Le risque tsunami en Nouvelle-Calédonie : évolutions des facteurs de vulnérabilités et de résiliences à Lifou en territoire coutumier kanak » par Matthieu Le Duff, Catherine Sabinot, Pascal Dumas et Michel Allenbach.