La Nouvelle-Calédonie, les provinces et les communes sont de plus en plus sollicitées pour des travaux de prévention ou de réparation sur le littoral. Une meilleure coordination est souhaitée face aux coûts croissants.
« Quand il y a des gros coups d’ouest la nuit, je ne dors pas. Je vais voir la côte. » Maurice Tillewa est le maire d’Ouvéa, l’île la plus touchée en Nouvelle-Calédonie par l’érosion du littoral. Si des aides techniques et financières existent, l’élu n’a qu’une devise : « Aide- toi et le ciel t’aidera ». Quand le phénomène de recul du trait de côte a commencé à se faire durement sentir sur l’atoll il y a quelques années, la mairie avait opté « pour la solution radicale de l’enrochement ».
Deux soucis sont toutefois apparus. La mer contournait et attaquait la terre en d’autres endroits. Et puis, la facture s’est avérée très lourde : 200 millions de francs pour moins de 300 mètres de linéaire, par exemple. La municipalité s’oriente aujourd’hui vers deux méthodes douces, notamment avec un système de pieux (lire par ailleurs). Programme multi- bailleurs qui vise à renforcer la résilience au changement climatique grâce aux solutions fondées sur la nature, l’Initiative Kiwa accompagne le projet. L’expérimentation est encourageante.
Néanmoins, au pont de Lekine, « nous sommes obligés de faire de l’enrochement », explique Maurice Tillewa. Un budget d’une trentaine de millions de francs pour 100 mètres à bâtir sera prélevé sur les fonds propres de la mairie Iaai. La solution dite en dur pour sa totalité ou une partie, a un certain coût. À la lecture du rapport, paru cette année de la Chambre territoriale des comptes sur « les mesures d’adaptation prises face au risque de recul du trait de côte », le réaménagement de la baie de l’Anse-Vata à Nouméa, après le passage du cyclone Lucas en 2021, a coûté, pour la première phase, 1,9 milliard de francs financés par le contrat d’agglomération : un milliard de francs pour l’État et la province Sud, 900 millions pour la ville.
« Une deuxième phase est attendue avec la pose de trois brise-lames (murs en cailloux) au large de la plage, précise la CTC. Selon la commune, ces ouvrages deviendront des récifs artificiels. » Environ 400 millions de francs sont prévus pour cette deuxième opération, aidée par l’Agence française de développement, ce qui portera le projet total à un montant de 2,3 milliards de francs.
« RELOCALISATION »
Cette érosion du littoral est « un sujet préoccupant pour les communes », constate Florentin Dedane, maire de Pouébo et président de l’association des maires de Nouvelle-Calé- donie qui regroupe 23 communes sur 33. Surtout que « nous observons une accélération depuis cinq ans. » Dans sa localité du nord de la Grande Terre, le premier édile privilégie « la relocalisation des populations, car face à un tel phénomène naturel, on ne pourra pas lutter, mais juste freiner ». Des démarches sont menées auprès de la tribu de Colnett composée d’une centaine d’habitants. La commune a reçu des financements de l’État à travers le Fonds vert. Le terrain d’accueil est en cours de viabilisation.
Le niveau de la mer monte, la terre est peu à peu grignotée, une mécanique implacable est en place. Dès lors, « à l’avenir, nous allons être obligés de réserver une part du budget à ces travaux », estime Maurice Tillewa, à Ouvéa, « pour sauver notre île coûte que coûte ». Cette réflexion rejoint une note de la Chambre territoriale des comptes dans son récent rapport. « Quelle que soit la collectivité, il n’existe pas de ligne de crédit prévue spécifiquement à la lutte contre l’érosion côtière, car ce sujet est souvent abordé au travers de celui du changement climatique. »
Les magistrats ont tenté de mesurer le niveau de l’effort financier consacré à la question du recul du trait de côte sur le territoire : en moyenne, 233 millions de francs par an pour la Nouvelle-Calédonie et les provinces Nord et Sud, entre 2019 et 2023. Insuffisant vu l’enjeu. L’Agence française de développement a financé, entre 2017 et 2022, à des taux très bonifiés, près de 17 milliards de francs de projets visant notamment la lutte contre le changement climatique. La Nouvelle-Calédonie a créé fin avril un « fonds de résilience calédonien » dédié. Comme l’indique le ministère de la Transition écologique, « prévenir coûtera toujours moins cher que réparer ».
Yann Mainguet

