[DOSSIER] Travail dissimulé : « On essaie de s’en sortir comme on peut »

Pêche, vente de barquettes alimentaires, services de ménage... certains Calédoniens ne déclarent pas leur activité. (© Ivan McGregor / Anadolu via AFP)

Parce qu’elles ne retrouvent pas d’emploi depuis les émeutes ou que leur activité ne rapporte pas suffisamment d’argent, certaines personnes décident de ne pas se déclarer et optent pour le travail au noir. Témoignages.

Licenciée à la suite des émeutes, Kathleen*, habitante de la zone VKP (Voh-Koné-Pouembout), s’est lancée récemment dans le transport de personnes. Elle réalise des trajets sur tout le territoire, aussi bien à destination de Nouméa que vers l’extrême-nord. Une façon pour elle de rester active – « Je ne suis pas habituée à rester sans rien faire », souligne-t-elle –, mais aussi de pouvoir « donner un coup de main » aux personnes dans le besoin.

Le fait de travailler « au black » et de ne pas verser de cotisations lui permet de fixer des prix attractifs à sa clientèle. Ainsi, pour un trajet de Koné jusqu’à Poindimié, son tarif est de 3 500 francs, peu importe le nombre de personnes à transporter. Une somme qui lui permet tout juste de payer son carburant, et de se rémunérer un peu. « Les temps sont durs pour tout le monde en ce moment. On connaît tous quelqu’un autour de nous qui galère […] Je ne fais pas cela pour l’argent, mais bien pour dépanner. Si on peut tendre la main vers l’autre, il faut le faire », estime-t-elle.

Dans le futur, elle aimerait pouvoir déclarer son entreprise, tout en gardant ses « petits prix ». « Pour cela, il faudrait que je puisse avoir un fonds financier de départ. Je réfléchis là-dessus. »

« PLUS D’ARGENT »

Anne-Marie* a elle aussi perdu son travail consécutivement aux événements de 2024. Ses enfants l’aident financièrement « comme ils peuvent », mais le temps passe et aucune embauche ne se profile à l’horizon. Elle n’a pas pu payer ses deux précédents loyers et est obligée de faire appel à des bons alimentaires. Chose qu’elle « ne faisait jamais auparavant ».

En attente de son allocation chômage qui doit tomber en décembre, elle a tenté de proposer ses services de lavage et repassage de vêtements, au noir. Malheureusement, « pour le moment, personne ne m’a contactée ». Rien d’étonnant pour elle : « Les gens n’ont plus d’argent ». N’étant pas sûre d’avoir des revenus avec cette activité, elle a préféré ne pas la déclarer.

Elle a également essayé de réaliser des services de débroussaillage, « à droite, à gauche ». Une solution qui a duré un temps. Mais maintenant, « il n’y a plus de travail. Les personnes le font elles-mêmes ». Si bien qu’aujourd’hui, elle ne « sait plus vers quoi se tourner ». « Pourtant, j’ai une voiture et mon permis, mais je ne trouve rien. Ce n’est vraiment pas facile. »
Autour d’elle, Anne-Marie connaît quelques personnes dans sa situation. L’une de ses amies, retraitée, est obligée depuis peu de proposer un service de taxi 1000, afin « d’arrondir les fins de mois ». « On essaie de s’en sortir comme on peut », glisse-t-elle.

De son côté, Charly*, père de famille, a toujours travaillé ainsi. Depuis une vingtaine d’années, il vend le produit de sa pêche (poissons et langoustes) à l’île des Pins et régulièrement à Nouméa. Au vu des revenus qu’il en tire, déclarer son activité ne serait, selon lui, pas rentable. « Parfois, je ne vais à la pêche qu’une fois par semaine, lorsque j’ai besoin d’argent. Ceux qui sont patentés doivent y aller tous les jours, car ils ont des charges à payer. Moi, je m’en sors très bien comme cela », indique-t-il.

Depuis 2024, il a constaté une augmentation du nombre de personnes non déclarées dans son domaine. Beaucoup « ont perdu leur boulot », donc la concurrence a augmenté. « Ce n’est plus comme avant. Non seulement parce qu’il y a de plus en plus de personnes qui font la même chose que moi, mais aussi parce que les clients achètent moins », explique-t-il.

Nikita Hoffmann

*Prénoms d’emprunt