Le risque requin a un impact direct sur la pratique des sports nautiques, l’image de la Nouvelle-Calédonie à l’extérieur ainsi que l’organisation de compétitions. Stéphane Bouquillard décrit une période sombre pour les pratiquants et le territoire, dont l’attractivité repose en grande partie sur l’accès à la mer.
DNC : Avez-vous observé une diminution du nombre de pratiquants de sports nautiques ?
Stéphane Bouquillard : Oui, absolument. Nous l’avions déjà remarquée après le décès de Cyril Chevalier [médecin hospitalier, décédé le 22 février dernier après une attaque de requin, NDLR]. Son wing a été attaqué à l’entrée de l’Anse Vata, notre terrain de jeu. Déjà, cela nous avait inquiétés. Mais les deux dernières attaques, faites sur des embarcations de kayak et de va’a, nous ont encore plus alertés.
Jusque-là, on pensait que c’était uniquement les petites planches ou les foils qui excitaient les requins. Maintenant, on se pose davantage de questions. Après, il y a toujours quelques irréductibles qui se rendent en mer, malgré le risque.
Y a-t-il un changement dans la fréquentation de certains endroits ?
Ce n’est pas flagrant. Quelques-uns tentent des escapades à Ouano et Poé, mais le risque est le même. Je le vois sur certains groupes Facebook : toutes les semaines, la présence d’un requin à Poé est signalée. Simplement, la fréquentation y est moindre, donc la probabilité qu’une attaque arrive est moins forte qu’à Nouméa. Ce qui est étonnant, c’est qu’il y a 20 ans, les gens avaient peur d’aller surfer au reef (récif), en raison de la présence de requins. Aujourd’hui, c’est le contraire, les gens nous disent : « Plus on s’éloigne de Nouméa, mieux c’est ».
Les pratiquants arrêtent-ils un sport nautique pour un autre, plus sûr ?
Oui, il y a eu un glissement des petites embarcations, comme le wing, vers de plus grandes embarcations. Malheureusement, avec les dernières attaques de kayak et de va’a, on a pu constater que cela n’est plus gage de sûreté. Même avec une grosse embarcation, nous ne sommes plus à l’abri de nous faire désarçonner par un requin. On risque réellement de ne plus pouvoir aller en mer.
Cela a-t-il un impact sur l’organisation de compétitions internationales ou locales ?
Oui. Localement, fin 2024, l’ASPTT Nouméa Glisse avait organisé un challenge de kite-surf, renouvelé en 2025. Cela nous a d’ailleurs permis d’être reconnus par la Fédération française de voile comme le premier club de kite de France. Malheureusement, nous avons dû tout arrêter, car le championnat a lieu à la plage du Méridien, devant l’îlot César, où les plus gros requins ont été pêchés. Tant que ce risque existe, nous n’allons pas organiser de nouveaux challenges.
Au niveau international, nous sommes le relais de la PWA, Professional Wind Surfing Association, et du Défi Wind. Actuelle- ment, avec le risque requin, ce n’est plus possible d’envisager quoi que ce soit avec eux. D’autres facteurs, comme la crise économique et l’augmentation des prix des billets, jouent aussi, mais de toute façon, ils n’ont pas envie de venir ici. C’est dramatique. Tout un écosystème est en train d’être rayé. Beaucoup de personnes venaient vivre à Nouméa pour cette qualité de vie : la possibilité, entre midi et deux, d’aller en mer, de profiter d’un cadre para- disiaque.
Les conséquences de ce risque n’affectent pas seulement les navigateurs de l’Anse Vata, elles vont bien plus loin qu’on ne le pense. Elles ont un impact sur le tourisme nautique et l’installation de nouvelles personnes.
Quel rôle joue l’association face à ces problématiques ?
Nous essayons de nous adapter. Nous réfléchissons à orienter nos pratiquants vers de nouvelles pratiques sécurisées, comme le pump foil. C’est un sport qui peut être pratiqué dans des petits bassins, voire dans une piscine.
Nous aimerions aussi organiser des « voyages glisse » pour nos adhérants, à Wallis, par exemple. J’aimerais aussi rappeler qu’il est très important d’appeler le 16 lorsque l’on voit un requin et que l’on suspecte un risque. Cela permet de protéger les personnes qui arriveront dans la zone par la suite.
Comment voyez-vous l’avenir des sports nautiques en Nouvelle-Calédonie ?
Dans un monde idéal, je dirais que dans l’avenir les institutions auront pris des mesures efficaces, voire innovantes, qui permettront de redorer la destination et de rassurer les usagers locaux et les touristes. Il n’est pas question de réduire le risque à zéro, cela n’est pas possible, mais de le limiter. Aujourd’hui, ce risque est démultiplié, ce n’est pas normal. Je pense notamment à de la surveillance par intelligence artificielle, à la mise en place de barrières anti-requins qui propulsent des ondes sans affecter le reste de la biodiversité, etc.
Propos recueillis par Nikita Hoffmann

